Blackout Index du Forum
 
 
 
Blackout Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ]

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Blackout Index du Forum -> HORS-JEU -> Archives -> Archives RP
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Jolän Icks
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mar 29 Sep 2009 - 21:40    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

« Monsieur Ventaja, c’est un plaisir de vous voir aussi attentif ! »

Je crois qu'il est ironique. Johan Ventaja, c'est moi.

La joue plaquée contre une grille d’exercices, je papillonne des paupières, m’extirpant à regret de mes songes.
Cette voix, c’est celle de mon professeur de musicologie, un grand roux dégingandé qui, une main sur ma table, m’adresse un funeste regard. Quelques mots d’excuses, bafouillés à la diable, montent à mes lèvres tandis que je frotte mes lourdes paupières du revers de ma main. Si mes cernes s’avèrent discrètes, j’ai bien la tronche d’un vieil ours réveillé en plein hiver. Mes camarades m’adressent un regard amusé, non moins compatissant, partageant pour la plupart mon irrépressible besoin de sommeil.

Je vous vois venir. Non, je n’ai pas passé la nuit à contrecarrer les plans de petits vampirounets assoiffés de sang et non, je n’ai pas perdu mon temps à remettre quelques déchets humanoïdes sur le droit chemin. C’est bien pire. Je suis sorti en boîte, au Cachot, et les décibels agressives martèlent encore mon crâne en ce beau matin studieux. Ma mémoire me fait défaut, mes souvenirs quant à cet épisode sont tels les bribes à peine croyables d’un rêve à la matrice complexe.
Le prof s’en retourne honorer son analyse quand mon front retombe lourdement sur ma liasse frugale de cours. On va supposer que j’ai tout compris.

A mon coté, Casey me flanque un coup de coude gentillet dans l’idée de s’attirer un regard. Echec. Je demeure immobile, le visage enfoui dans les manches ultra larges de mon sweat-shirt. En guise de réponse, je ne lui offre qu’un grognement ensommeillé.
Elle insiste malgré tout : « Hey … Jojo, qu’est ce que tu as amené pour le repas d’intégration ? »
Gné, de quoi elle me cause celle là ?
Lentement, j’arrache mon visage au berceau de mes bras pour poser mon menton sur le croisement de mes coudes. D’une voix trahissant mon humeur moyenne, je rétorque en un chuchotement.
« Le quoi ?
- Le repas d’intégration, tu sais bien, ça fait six mois qu’on en parle.
- Ah bon
, que j’ajoute, faisant mine de fouiller mes souvenirs.
J’oriente ma tête à ma gauche, attirant l’attention de Joshua qui, tout comme moi, lutte contre le sommeil tel un grand et noble chevalier. Quelle remarquable et poignante bataille.
- C’est quoi cette histoire de bouffe ?
- Hein ? »

Ok, il en sait autant que moi.

La journée s’écoule et le soleil vient tirer sa révérence, plongeant entre les monts de lointaines rocailles. Le ciel bleuté accueille une timide bise qui vient bruisser entre le couvert des arbres comme un esprit joueur et vaporeux. Ma bande et moi marchons en direction de l’amphithéâtre, illustre bâtisse se dressant au cœur de l’université comme garante d’un savoir millénaire.
De longues tables rectangulaires ont été disposées sur la place, accueillant quelques mets bas de gamme à la limite du comestible. Une tripotée d’étudiants grouillent et s’affairent à la mise en œuvre du décor sous l’œil vigilant d’un enseignant, venu s’enquérir de l’identité des visiteurs.

Que je vous explique : notre université ouvre ses portes à des jeunes gens venant d’horizons différents, afin que nous nous rallions pour partager un projet commun, que nous édifieront les uns à coté des autres, forts de nos savoirs nuancés et de nos facultés respectives. Bref, j’ai pas tout compris mais la trame conductrice est bien là. Un projet construit sur les jolies valeurs que sont le partage et la collaboration. Je kiffe grave.

L’ironie de l’histoire, c’est que les groupes d’associations sont prédéfinis, sans doute pour permettre aux plus coincés de faire leur nid. Ce soir, au lieu d’aller zoner dans les quartiers mal famés, au lieu de faire la bringue, au lieu de me visionner un navet cinématographique pelotonné dans mes couvertures chaudes, je vais jouer le jeune homme avenant et plein d’ambitions. MDR n’est ce pas.
Mes collègues ont l’air de partager ma détresse, mais contrairement à eux, j’arrive à paraître enthousiaste. Sourire plaqué aux lèvres, démarche du petit chaperon rouge partant vérifier l’Alzheimer de mère grand, j’optimise : Si ça se trouve, je vais tomber avec un petit canon de beauté.

Enfin, nous arrivons. Très vite mêlé à la foule, j’échange poignées de main et bise tout en chipant quelques parts de gâteau ainsi qu’un ou deux verres de champagne. Le nom de mon binôme ne m’est pas inconnu, mais de sa figure, de son galbe et de ses mensurations je n’ai la moindre idée. Il va falloir y remédier !

Où tu te caches, chérie ? Viens là, qu’on s’entraide !
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Mar 29 Sep 2009 - 21:40    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Laodicé Capella
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 5 Oct 2009 - 13:48    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

Lorsque la solitude offre un répit à l’âme, celle-ci s’envole dans l’espace et le temps, libre et sans attaches, sans qu’aucun lien ne puisse la retenir. Debout devant la haute cheminée de marbre, Laodicé à la chevelure sombre observait les flammes lécher les buches et virevolter en crépitements légers. Ses yeux ocres voguaient sur cette danse et reflétaient ces mêmes arabesques que celles du feu, des volutes sinueuses s’y peignant en des tons dorés. Et ses lèvres prononçaient ces mots qui s’élevaient avec justesse au-delà des flammes, s’échappant par la cheminée en même temps que cette fumée pour rejoindre les nuages et le ciel. Ce n’était qu’un chant, une supplique, un appel. Et celui-ci aurait pu se confondre avec une formule de vieille magie oubliée, provenant de l’aube des temps. Au milieu de ces phrases étranges, le même mot revenait régulièrement, prononcé d’un ton si bas qu’il en vibrait d’émotion. ~Erichton…

Derrière elle, une haute silhouette se rapprochait de l'âtre, faisant craquer le plancher du grand salon. C’était un homme aux joues creuses et livides, ses épaules voutées lui donnant l’air d’un vautour prêt à fondre sur sa proie. Entre deux longs doigts osseux, il tenait une enveloppe marquée du sceau de la Faculté des Arts. Il toussota légèrement sans que Laodicé ne tressaille ni ne fasse preuve de la moindre réaction. Ces différents bruits faisaient autant partie de l’invisible que de la réalité, ils étaient là, comme tant d’autres choses, comme ces ombres qui s’étendaient autour d’elle, ondulantes et insaisissables, murmurant des bribes de mots avant de s’éteindre et de disparaître… Ses chants avaient cessé et son visage pâle se détourna vers la source du bruit, sans curiosité apparente, s’attendant presque à voir entrer les ménestrels de son ancienne vie…


~ "Anthony? C’est vous, mon ami…" Murmura-t-elle comme sortant d’un songe, son regard s‘égarant sur la missive qu‘il tenait du bout des doigts. "Qu’est-ce donc?"

~ "Vous venez vous-même de m’envoyer vous la chercher." Dit il en haussant un sourcil broussailleux. Il s’agit de votre droit d’entrée dans le monde pitoyable des humains. Répondit-il d’une voix pincée. "Quelle sottise, Laodicé, croyez vous vraiment qu’il soit utile de…"

~ "Oui." Le coupa-t-elle en recueillant la lettre d’un geste délicat. "Et c’est ce soir que tout commence. Préparez la voiture, je vous prie, je vous rejoins dans quelques instants."

Ayant ainsi parlé, elle se détourna, sans plus un regard vers l’homme au visage de cire, traversant la pièce d’une démarche fluide. Quelques temps plus tard, une longue voiture noire aux vitres teintées pénétrait dans le campus de l’université. Il s’agissait d’un modèle ancien qui devait dater de la fin du vingtième siècle et pourtant sa carrosserie était lisse et brillante et son moteur silencieux. Une jeune fille en sortit, ses longs cheveux relevés en arrière en un chignon serré. Elle était revêtue d’une jupe plissée qui lui arrivait jusqu’aux chevilles ainsi que d’un gilet bleu marine, de la même couleur que ses yeux sombres. Auprès du grand amphithéâtre, la soirée d’intégration avait déjà débuté. Monsieur Barlow, professeur de Phonétique et doyen de la fac, avait entamé un discours de bienvenue qui n’en finissait plus et le terminait en ces mots, relevant enfin le nez de ses notes pour sourire à la foule.

" … sommes très heureux de pouvoir vous ouvrir au monde par ces associations. Et nous sommes fiers de recevoir ces brillants étudiants provenant d’autres Etats mais également de l’étranger qui nous illumineront des beautés de leur culture. Nous ferons tout pour qu’ils se sentent comme chez eux dans notre belle Université! Bienvenue à vous!"

S’ensuivit une salve d’applaudissements, tandis qu’un étudiant zélé apportait une coupe de champagne à Monsieur Barlow. Le comité des étudiants de la faculté des Arts avait tout organisé et ses membres les plus actifs s’occupaient de servir les autres, les encourageant à gouter les plats hétéroclites qui s’éparpillaient sur les tables. Le président des étudiants de la faculté des Arts était un jeune homme barbu au sourire commercial. Revêtu d’un costume-cravate, il semblait déjà penser à sa campagne pour les prochaines élections et s’approcha de Jolän, lui offrant une tape amicale sur l’épaule. Lui fourrant sous le nez la feuille des présences ainsi qu’un stylo à bille, il s’exclama avec enthousiasme.

"Salut Johan! Dis donc ça fait un bail qu’on ne t’a plus vu à l’AGE, je me demandais si tu suivais toujours les cours. Si tu es largué, n‘hésite pas à demander." Poursuivit-il avec condescendance.

Tapotant le document du doigt à l’emplacement adéquat, il encouragea ainsi son condisciple à signer. Ah, ces gamins de première année, il fallait toujours tout leur dire… Il lança un regard circulaire autour de lui, constatant que la plupart des étudiants faisait déjà connaissance avec leur binôme. Sa lèvre supérieure frétilla dans un nouveau rictus alors qu’il reprenait.


"Tu as de la chance, tu vas faire équipe avec une surdouée. Il parait qu’elle est la plus jeune étudiante de toute l’université, c’est même une première dans notre Etat. Tu as vu comme le regard de Barlow brillait? C’est un fameux coup de pub. Et toi, mon Jojo, tu seras dans l’ombre, mais t’as l’habitude hein?" Poursuivit-il dans un éclat de rire. "Allez, cherche la un peu, elle doit s’être paumée ici. On compte tous sur toi pour bien s’occuper du petit génie!"

C’est à ce moment que le regard de Monsieur Barlow se posa sur Jolän, et sous ses verres de lunettes, on pouvait lire un mélange de sévérité et d’espoir candide… Le président de l’AGE délaissa enfin l’étudiant pour repartir, muni de sa feuille de présences, se jeter sur une nouvelle proie, en l’occurrence l’un des compagnons de ce petit Johan. Alentours, quelques nouvelles têtes se tenaient encore à l’écart, leurs noms et prénoms inscrits sur une étiquette qu’ils avaient reçu à l’entrée et épinglées sur leur vêtement. Un peu gauche, une fille blonde, revêtue du costume national de l’étudiant (jeans-baskets) demeurait encore seule. Sursautant tout à coup, elle écarta les lèvres en un sourire béat, offrant la vue sur son appareil dentaire argenté, et se dirigea vers Jolän d’une démarche sautillante, sa coupe de champagne en main, son cartable dans l‘autre.

"Héééééééé!! T’es tout seul? Ça doit être toi mon associé! Punaise, j’suis trop nerveuse de me retrouver ici, j’connais rien du tout puis c’est trop grand! C’est dit, j’te lâche plus! Haha! Fait gaffe, je suis très collante comme fille! Héhéhé!"
*Trop canon ce mec, waaah*


Tout en riant très fort pour extérioriser sa nervosité, elle offrit un coup de coude maladroit à Jolän, qui eut pour conséquence de renverser intégralement le contenu de sa coupe sur lui. Consternée, elle se confondit en excuse, sautillant autour du garçon et l’abreuvant d’un flot de paroles. Il était tellement beau ce type, pourquoi avait-il fallu qu’elle soit si godiche dès le départ! Les autres étudiants étaient tous trop occupés pour avoir aperçu la scène mais elle n’avait pas échappé à la vue d’une nouvelle arrivante, dont le pas silencieux la rendait plus discrète qu’une ombre… Lorsqu’elle apparu soudainement à coté d’eux, Natacha, la blonde, ne pu réprimer un léger sursaut et laissa tomber son cartable de surprise, fixant l’inconnue de ses yeux ronds. Cette dernière croisa distraitement le regard du jeune homme, prétendant ne pas remarquer ses vêtements souillés, son visage demeurant impassible tandis qu’elle sondait leurs esprits…


"Bonsoir. J’ai malencontreusement manqué l’introduction de cette soirée... Si vous aviez l’extrême obligeance de me renseigner, je vous en serai gré. Je recherche Johan Ventaja, il s’agit d’un jeune étudiant de première année."

En dépit d‘une certaine froideur, la diction de la jeune fille était impeccable. Elle avait appris l’anglais il y avait fort longtemps et ses tournures de phrases ne convenaient probablement pas aux jeunes humains, qu’elle n’avait guère l’habitude de fréquenter… Quelles créatures étranges… Mais peu importait. Poursuivant d’une voix neutre, elle se présenta à eux.

"Je me nomme Laodicé Capella."
Revenir en haut
Jolän Icks
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 10 Oct 2009 - 20:32    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

Blablabla et blablabla, les palabres de bienvenue n’en finissent plus.
J’ai envie d’une clope.

Il m’est douloureux que d’écouter les bons conseils outrecuidants de cet insupportable délégué. Les bras croisés, lui rendant un sourire à la naïveté sur jouée, je fais semblant de l’entendre et signe son document à l’aveuglette. Petit con.
Dès lors qu’il s’en retourne, partant en quête d’autres camarades à descendre en flammes par son humour bas de gamme, je fixe mes yeux sur la boucle de sa ceinture. Le mécanisme d’accroche s’érode et son pantalon tombe à ses pieds, lui valant les sourires attendris de la cantonade.
Oui, j’avoue, c’est petit, c’est gamin, c’est digne de l’école maternelle. Mais je le vis plutôt bien, et ma petite vengeance assouvie, je décide d’aller m’occuper de mes oignons.

Une espèce animalière inconnue vient entraver ma route. Le sourire qu’elle me tend me rappelle la voie ferrée et j’ai presque pitié des feuilles de salades qui, coincées entre les rails, attendent d’être digérées. Un sourire automatique, standard, pas très esthétique se glisse entre mes lèvres tendues.
Elle me cause, et son haleine m’emmène aux portes de l’enfer. Gauchement, je dévie la tête, faisant mine de contempler les festivités alors que je reprends mon souffle. Aucune insulte n’a encore filtré de mes lèvres, et si mère serait fière de ma bonne éducation, mes potes me nargueront à vie s’ils me voient en si délicate posture. Hé oui, c’est ça d’être un homme, entre la courtoisie et l’honneur, il faut choisir.

« Non mais en fait que je t’explique … »
Je ne lui expliquerai rien du tout, car déjà elle me fait du coude, percutant ma coupe dont le fond de champagne vient éclabousser ma chemise blanche de chez Armani.
Putain …
Oh Putain.
Elle sautille autour de moi comme le lapin de Pâques alors que, tous gestes en suspension, je constate les dégâts.
« OWWW, ESPECE DE GOURDASSE ! TU PEUX PAS FAIRE ATTENTION AVEC TES GROSSES PATTES ?!! CONNASSE !! Que je hurle dans un élan incontrôlé avant de retrouver lentement, une pâle maîtrise de moi-même. Rageusement, à voix basse, j’ajoute dans un sifflement : Putain, un bon conseil, dégage. Dégage. C’est pour ton bien. Dégage vite. VITE. Viiiite ! »

Voilà que de lourdes larmes salées viennent perler à ses paupières. Ses flopées d’excuses se voient entrecoupées d’inélégants reniflements tandis que je secoue les pans de ma chemise, expulsant les gouttes qui n’ont pas encore imprégné le tissu. Une bonne partie de la promotion s’est immobilisée, à l’écoute de notre échange houleux et malgré cela, aucune compassion ne daigne m’attendrir. Ma chemise Armani quoi, faut pas déconner.

Une accalmie s’empare alors de nous et la bécasse fige son regard sur l’une de nos innombrables spectatrices. Tout affairé que je suis à arranger ma tenue, je lance un grognement acariâtre à la jeune étudiante qui doit se régaler du spectacle.
« Quoi ?! Tu veux ma phot … »
Ma langue cesse de claquer lorsque j’entends mon patronyme humain résonner par une voix terriblement sereine.

Lentement, je relève le menton pour rencontrer deux billes bleues pigmentées d’argent, me faisant la proie d’un énigmatique silence. Une jeune fille à l’inquiétante beauté me fait face, passant outre tous les conflits miteux et les règlements de compte stériles qui font rage autour de nous. Elle vogue dans une autre sphère, elle est comme au-dessus de tout ça.
Je reconnais instinctivement son prénom exotique. Laodicé semble vulnérable et inoffensive pourtant, une drôle de force sommeille derrière le visage épuré qu’elle veut bien nous révéler. Le monde miroite et vacille au fond de ses yeux, les mots ploient et chantent au bout de sa langue.

Je me reprends, battant deux fois des paupières.
« Euh … c’est moi … » Articule-je maladroitement, semblant me réveiller d’un profond sommeil.
La blonde nous regarde à tour de rôle de ses yeux globuleux sans plus savoir où se situer. De ses doigts boudinés, elle tente d’essuyer sa figure baignée de sanglots et retrouve contenance pour mieux étudier le charisme éthéré de Laodicé, dont elle admire l’aura délicate. Mais celle là, je ne la regarde même pas.

Natacha me rappelle sa présence en tirant gauchement la manche de ma chemise. Irrité, mon regard abandonne Laodicé pour fusiller cette mocheté.
« Johan, ça veut dire qu’on est pas ensemble ? Hasarde t-elle, pieuse à souhaits.
Elle commet deux erreurs. Non seulement elle s’approprie mon prénom comme si nous avions gardé les cochons ensembles, mais ce faisant, elle m’adresse la parole alors que je l’avais sommé de débarrasser le plancher. Je lui réponds d’une voix glaciale.
« Non. Belle déduction. »
Et je n’userai pas davantage ma salive.

Penaude, elle se détourne enfin de moi et lègue un sourire maladroit et métallique à Laodicé, se voulant incarnation de la solidarité féminine. Soit elles se connaissent, soit Natacha gratte l’amitié. Qu’en sais-je.
« Bon ben à plus tard hein ! Chalut ! » Gazouille t-elle, postillonnant à la figure de l’étudiante avant de se tirer, et j’espère à jamais.

Maladroitement, je dépose ma coupe dernièrement vidée sur un buffet à proximité et tente de redresser un peu les épaules.
Si je dois la guider à travers ce projet minable, il n’est pas question de passer pour le garçonnet un peu bêta et irritable comme un chaton effarouché. D’autant plus que, d’après ce que j’ai cru comprendre, les hautes instances comptent sur moi pour que le séjour de mademoiselle lui soit agréable au possible. Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je me démarque du reste des étudiants par mes étranges facultés dans la peinture, certainement pas pour mon comportement émérite.

« Tu n’as rien raté, lui confie-je avec un haussement d’épaule. Ce n’est qu’une petite soirée d’introduction, on a eu droits à tous les discours redondants et assommants que peuvent nous fournir des organisateurs dignes de ce nom. Ne t’inquiète pas, ils radoteront jusqu’au levé du jour si tu veux les entendre ! »

C’était inévitable. Il fallait bien que j’honore mon statu de gamin détestable en rabaissant le dirlo de l’université. Rapidement, je rattrape mon instinct primaire.

« Tu veux boire quelque chose peut-être ? »

Comme je suis gentil et attentionné. Non pas que je me conforme à mon devoir (et puis quoi encore ?) mais cette fillette, en plus de n’avoir pas relevé la bourde de l’autre idiote, est diablement séduisante quoiqu’étrangement inaccessible. Je lui offre un sourire naturel, lui indiquant d’un signe de tête le buffet en question. Je sais me montrer d’agréable compagnie quand on ne m’emmerde pas, c’est aussi simple que ça.

Au loin, je distingue Andy, Aaron et quelqu’autres copains de ma bande en train d’étudier minutieusement le spectacle. Ils échangent quelques accolades viriles tout en détaillant la nouvelle arrivante, un sourire prédateur aux lèvres.
Je leur adresse un regard complice, hochant la tête en signe de désespoir. Pourvu qu’ils se tiennent à carreaux, j’ai l’impression que Laodicé n’est pas prompte à la drague ou aux taquineries adolescentes et qui plus est, je n’ai pas spécialement envie de partager. J’ajoute, paisiblement :

« J’ai pas l’impression que tu sois du coin … Tu viens de loin ? Et sans indiscrétion ... Tu es bien jeune pour l’université, t’as quel âge ? »

Je l’assomme de mes questions indiscrètes. En même temps, j’ai l’impression qu’elle est gardienne d’un mystère enfoui, que je passe à coté d'un détail inévitable, et je compte bien mettre la main dessus.
Revenir en haut
Laodicé Capella
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Jeu 15 Oct 2009 - 18:46    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

« Enchanté, Johan. » Répondit-elle d’une voix égale.

C’était donc lui… Et le regard de Laodicé s’affuta pour examiner avec attention ce visage qui lui faisait face, comme si elle venait à peine de réellement le voir. Aucun élément de la scène n’avait ébranlé sa neutralité, ni les manières grossières du jeune homme, ni les pleurs de l’inconnue à ses cotés. Se seraient-ils roulés à terre en hurlant devant elle qu’elle n’aurait même pas sourcillé, se contentant d’attendre que la crise passe pour poser sa question. Tout était curieux dans les réactions des humains, donc rien ne l’était. Et tandis que les deux étudiants échangeaient quelques paroles, Laodicé tentait de percer l’esprit de Johan qui lui résistait obstinément. Un mur invisible semblait avoir été érigé entre eux, comme une barrière surnaturelle qui empêchait toute intrusion télépathique. Et c’est cette étrange résistance qui la poussait à insister, ses yeux se durcissant d’une manière infime au cours de l’exercice. N’avait-elle pas devant elle l’une de ces créatures maudites, ses ennemis mortels…Toutefois un souffle disgracieux vint perturber sa concentration et elle se tourna vers l’inélégante postillonneuse, sans répondre à son sourire.


« Mademoiselle, je vous salue, au plaisir. »

Devant la froideur de sa consœur, Natacha rentra sa tête dans ses épaules, visiblement peinée devant tant d’indifférence à son émoi. Laodicé la vit s’éloigner en trainant lamentablement son cartable par la bride, et s’asseoir sur un banc en regardant le sol. Il n’avait pourtant pas été dans ses intentions de vexer cette jeune âme et, bien qu’elle n’en ressente pas la moindre trace de culpabilité, elle nota qu’elle avait bien du progrès à faire si elle désirait se fondre dans la masse de ces étudiants. Mais Laodicé reporta bien vite son attention sur Johan qui semblait avoir retrouvé sa voix. Il possédait un visage au sourire agréable et semblait investi des meilleures intentions. Pourtant ces traits avenants et encore teintés de l’innocence de la jeunesse cachaient probablement un scélérat, un traître, un imposteur. Un immonde Djinn! L’enquête démarrerait peut-être plus tôt que prévu… Mais elle devait tout d’abord en être sûre.

Niant superbement les œillades des étudiants un peu plus loin, Laodicé ne leur fit même pas l’honneur d’un simple regard. Elle hocha la tête suite aux propos de Johan, et accueillit sa proposition d’un sourire léger. Sa quête étant des plus importante, elle comptait mettre toutes les chances de son coté, aussi décida-t-elle de faire honneur au thème de la soirée et de soigner son intégration.


« Oh, je suis rassurée dans ce cas. Si ces discours ne nous apportent rien d’intéressant, je préfère que nous mettions cette soirée à profit pour faire connaissance. C’est bien volontiers que j’accepte un verre, ces boissons ont l‘air très rafraichissantes.» Dit-elle sans aucune trace d’hésitation.

Il s’agissait de se montrer prudent et elle feignit ainsi donc de trouver cette proposition fort alléchante, avisant le buffet que lui désignait son compagnon. S’y trouvaient plusieurs bol à punch, où des pancartes prévenaient de leurs contenus, avec ou sans alcool, pour les étudiants de moins de 21 ans. Mais déjà, Johan la bombardait de questions et Laodicé les reçu sans en paraître offusquée ni désarçonnée. Elle n’avait que trop malheureusement l’habitude que l’on remarque la jeunesse de son apparence et bien que ce sujet lui soit désagréable, elle n’en montra rien. Elle tenta même de s’accorder à la manière dont Johan s’exprimait, et lui accorda le tutoiement dont elle n’avait guère l’habitude, dans un effort appréciable.


« Tu as vu juste, je viens de très loin. De Grèce plus exactement. Mon père appréciait la mythologie et l’histoire des constellations, aussi m’a-t-il fait la grâce de m’offrir ce prénom. Et en ce qui concerne, mon âge, oui tu es indiscret.»
Poursuivit-elle en haussant légèrement un sourcil, d’un air vaguement mutin. « Allons-y… »

A ces mots, elle détacha l’une de ses mains de la serviette de cuir qu’elle tenait contre elle et la posa contre le poignet de Johan, dans une invitation à s’approcher du buffet, situé juste à coté. L’un des amis de Jolän siffla entre ses doigts mais Laodicé n’eut pas l’air de l’entendre. Toucher une personne permettait de mieux saisir ses pensées et le regard de l’immortelle rencontra à nouveau celui du jeune homme, dans une nouvelle tentative d’étude. Pourtant elle ne s’y attarda pas car la chose lui était devenue évidente. La peau de Johan était chaude, tout comme l’était celle d’Hunéric… Une lueur intriguée s’alluma fugacement dans son regard avant de rapidement disparaître. Elle relâcha son emprise sur la main du garçon et le laissa commander, après avoir reprit d’un ton dégagé.

« Je suppose que tu reprendra du champagne comme tout à l’heure. De mon coté, je dois me contenter du cocktail sans alcool, je ne t’apprendrai rien en te disant que j’ai moins de 21 ans. Tu es bien plus âgé, j’imagine…»

Il n’avait lui-même pas l’air d’être tellement plus vieux qu’elle, oserait-il le nier? Toutefois Laodicé se contenta de laisser planer une prétendue ingénuité dans sa voix. Voler quelques coupes de champagne sur les plateaux était une chose, mais passer commande de boisson exigeait de montrer sa carte d’étudiant. Et tandis que le serveur, en l’occurrence l’un des étudiants de l’AG, s’approchait d’eux, elle poursuivit sur le même ton léger.

« Je t’ai parlé de mes origines, à ton tour de me parler des tiennes. Es tu né à Seattle, Johan Ventaja? »
*Est-ce seulement ton véritable nom…*
Revenir en haut
Jolän Icks
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 31 Oct 2009 - 00:32    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

La froideur de Laodicé fait d’elle une entité imprenable, un coffret de satin dans lequel sont scellés des sentiments dont le monde ignore jusqu’à l’existence. Je l’observe à la dérobée, tentant de saisir un fragment de son âme mais rien ne perce son visage à la pureté impitoyable. J’ai envie de la peindre dans des nuances vagues, au centre d’une toile au lin délicat et souple. J’ai envie de voir naître sous mes doigts la ligne immobile de ses lèvres, l’amande précieuse de son œil et l’angle délicat de sa mâchoire.
Par deux fois, je cligne des paupières afin de balayer le trouble qui m’habite. Il semblerait que le sommeil me fait défaut et qu’une partie de mon esprit voyage encore dans les mondes inexplorés des rêves. Pourtant, il n’en est rien. C’est elle. Sans doute suis-je trop réceptif à l’attrait des mystères qui dorment au fond de son regard.

Elle accepte ma proposition. Mes lèvres laissent filtrer l’expression d’un sourire espiègle.
Lorsque nous abordons le buffet, une midinette extravertie est sollicitée de toute part et s’épuise à servir toutes les mains tendues vers elle. Il s’agit de Julia, une fervente amie de Baylee qui passe souvent boire un coup à la maison, passée la tombée de la nuit.
Alors que j’ouvre la bouche, prompt à commander, le contact d’une peau glaciale me coupe net dans mon élan. Le feu contre la glace. La vie contre la mort. Le soleil contre la lune. Subitement, je plante un regard sur Laodicé, ébranlé par une évidence que j’aurais du détecter. Je ne pouvais pas passer à coté. C’était impossible.
Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Un peu plus et je me faisais piéger comme un débutant ! Son charme millénaire ne pouvait venir que d’une longue existence, porteuse de voyages, d’histoires, de tourments et d’épreuves.

Devant un tel constat, difficile pour moi de rester de marbre. Laodicé recouvre vite toute maîtrise de la situation et m’adresse quelques paroles au naturel déconcertant.
Pour ma part, je reste pantois le temps d’interminables secondes, le souffle coupé et les yeux rivés sur elle. Plus que jamais, je remarque sa peau de craie, je devine la froideur hivernale de son aura.

Je souffle à mi-voix, dans un murmure proche du silence total :
« Mais qu’est ce que … tu es une v … »
Julia me coupe la parole, et claque des doigts pour attirer mon attention vers elle.
« Johan ? Alô la terre ?! Alors, vous prenez quoi ? »
Trois secondes me sont nécessaires pour faire le vide, durant lesquelles j’ai l’air d’un grand paumé de la vie.
Furtivement, je réclame une nouvelle coupe de champagne sous couvert d’un sourire maladroit.

« Je me demande si c’est raisonnable … me lance t’elle avec une pointe d’insolence.
- Tu veux voir ma carte, peut-être, chou ? que je réponds, rentrant dans son jeu.
- Olà, c’est pas à moi de jouer les flics ce soir ! Y’en a qui sont là pour ça ! »
A ses mots, un troisième année s’approche de nous, un autocollant d’organisateur fiché sur la poitrine.
« Carte ? Me balance t-il, visiblement pressé par son bon devoir.
- Bien sûr, que je rétorque la bouche en cœur, avant de dégainer la carte magique des confins d’une poche.
Je la lui tends de bonne grâce dans une délicatesse révérencieuse dont il ne détecte pas la subtilité ironique. Il l’inspecte avec gravité, prenant son rôle au sérieux, avant de lever un œil perplexe sur moi.
- Tu fais très jeune pour 23 ans, je t’en aurais donné 14 !
Je grince des dents et choisis de prendre la remarque à la rigolade. Ce n’est pas encore l’heure de chercher des crosses aux autres promotions, sans doute l’occasion se présentera t-elle quand j’aurais un peu picolé. Et ce sera alors plus marrant.
- Merci … tout le monde n’a pas une hygiène de vie aussi saine et équilibrée que la mienne. »

Derrière moi, Julia éclate de rire sans grande discrétion alors que le référant hausse mollement les épaules et se détourne de nous, convoqué par d’autres horizons. A l’instant où la barmaid improvisée s’écarte de nous, partant chercher nos commandes, je profite de cet infime temps mort pour planter un regard significatif dans celui de Laodicé.
Que faire ? Dois-je établir clairement les choses entre nous deux, entre nos rôles contraires ? Dois-je faire comme si de rien n’était et suivre le fil conducteur de la conversation ? Dois-je rester là, planté comme un con à l’admirer, à moitié hypnotisé ?

« Si je suis né à Seattle … à ton avis ? Je suis intimement persuadé que tu connais la réponse.
Un éclair orangé passe dans mes yeux, rappelant l’invincible soleil de Shadukiam qui surplombe les collines infinies de grès rouge.
Je me rapproche d’elle, optant pour une franchise subtile qui se mêle au brouhaha ambiant. Personne d’autre qu’elle ne peut saisir la portée de mes mots.
- Tout comme toi et malgré les apparences, je suis assez vieux pour prétendre consommer une boisson alcoolisée ! J’ai quoi … au moins soixante fois vingt-quatre ans ? Marrant comme on peut être crédule à cet âge là … Ici, j’étudie les arts, plus particulièrement la peinture où je ne m’en sors pas trop mal. J’aime à redécouvrir une figure en la peignant, ça me permet de percer tous les mystères de toutes les forteresses. Dis-moi, depuis combien de siècles n’as-tu pas contemplé ton visage, Laodicé ? »

Mon sourire ne disparaît que partiellement, devenant aussi flou que la silhouette d’un navire fantôme au large de brumes salées. Un petit silence succède à mes paroles. Je ne cille pas, ne bouge pas le temps d’une minute.
Dans un mouvement souple et agile, je me penche à son oreille, me faisant plus direct.

« Es-tu venue à l’université pour approfondir tes connaissances ? Ou alors …
- Arrête de draguer, Johan et dépêche toi de filer avec les boissons, y’en a d’autres qui attendent ! »

Julia m’a interrompu sans l’ombre d’un remords. Je me redresse immédiatement, pris en flagrant délit et me retourne vers elle pour lui faire front. J’éclate littéralement de rire. Julia me tend à bout de bras deux bocks translucides dans lesquels feuilles de menthes et rondelles de citron vert baignent dans un liquide aux nuances acides. Cette fille est géniale.

« Cadeau de la maison ! nous lance t’elle, s’attardant sur Laodicé : Et bienvenue à la faculté des Arts !
- T’es géniale Chérie ! Y’en a pas deux comme toi ! je lui réponds d’une voix enthousiaste, attrapant les deux mojitos avec une précaution rarissime au bout de mes doigts.
- Pas un mot à Baylee, si je l’écoutais, tu ne devrais boire que de la grenadine.
- Motus et bouche cousue ! J’suis une tombe, tu sais bien. »

Je l’abandonne à sa corvée de serveuse et présente le verre à la mystérieuse Immortelle.
Un sourire mystique hante mon visage.

« Viens, on va aller s’asseoir là-bas, c’est plus calme, et on ne risquera pas de se faire bousculer par un troisième année péteux ! »
D’une main noble, je lui indique un petit espace réservé à la consommation, où quelques tables circulaires ont été disposées autour d’un bassin dans lequel barbotent de grosses carpes aux écailles blanches. Nous prenons place à la lumière de la lune montante, au sein d’une ambiance plus modérée, parfois broyée par les éclats de rires conquis des tablées voisines. Une musique enjouée étouffe la mélodie timide du vent qui agitent les plus hauts ramages des arbres, au-dessus de nos têtes.
Une fois assis, je lève mon verre du bout des doigts.

« A notre … projet scolaire ? »

Bien sûr, what else ?
Revenir en haut
Laodicé Capella
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 4 Nov 2009 - 17:50    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

La vérité éclata aux yeux du jeune homme comme un grand flash de lumière et l’effarement s’inscrivit sur ses traits sans qu’il ne cherche à le masquer. La spontanéité de ses réactions était déroutante et Laodicé l’examina avec une certaine curiosité, elle n’avait guère l’habitude d’être confrontée à tant de candeur. Jouait-il un rôle ou était-il sincère, elle n’aurait su le déterminer, mais cette innocence qu‘il dégageait possédait un parfum bien singulier. Un éclat métallique passa subrepticement dans ses prunelles alors que les lèvres de Johan articulaient des mots interdits, mais rien ne se produisit. L’immortelle conserva une aisance des plus stoïque, accueillant l’intervention de l’étudiante par un sourire réservé. Aucune expression particulière ne vint souiller ses traits au cours des démêlés de Johan avec le règlement. A peine une lueur d’amusement égaya son regard lorsque la majorité de son partenaire fut remise en cause. Sa maturité physique ne correspondait surement pas à un homme de 23 ans, quoiqu’il en dise, et en cela, elle en conçu un étrange réconfort. Lorsque la serveuse l’interrogea du regard, Laodicé lui désigna le bol translucide où des fruits frais baignaient dans un liquide orangé, dévoilant ainsi sa commande d’une voix égale.

« Je ne prendrai pas la peine de vous montrer ma carte, servez moi donc une coupe de cet… élixir… »
. Les boissons des mortels méritaient bien une telle terminologie.

L’immortelle sentit alors le regard du jeune Johan fixé sur elle et se tourna lentement vers lui, dans un mouvement serein. Nulle agressivité ne logeait dans ses yeux et pourtant, elle concevait une profonde rancœur envers le peuple des ombres, ainsi qu’elle le surnommait. Ces créatures sournoises n’étaient capables que de félonies et de malversations, aussi chacune de ses paroles ne serait pour elle que sifflement de serpent. Elle lui consentit cependant une écoute placide tandis qu’il retrouvait sa verve, choisissant de balayer les faux semblants. Laodicé analysa silencieusement son discours, y décelant les traces d’une vantardise infantile en dépit de ses affirmations. Loin d’en éprouver du mépris, elle n’en conçu à nouveau qu’un sentiment mitigé entre la méfiance et la curiosité. Elle acquiesça d’un mouvement léger de la tête et le silence s’appesantit un instant entre eux alors qu’ils se toisaient, plus immobiles que deux rochers dans la tempête, noyés dans l’ambiance chaotique de la réception. Sans que leurs regards ne se détachent l’un de l’autre, il s’approcha pour la gratifier de son souffle tiède et l’aube d’une accusation se profila.

Laodicé ne tenta nullement de se dégager, elle possédait suffisamment de maîtrise pour réprimer ce désir qui vacilla dans son âme. Celui de saisir la gorge de l’outrageux d’un geste rapide de sa main glacée, de le soulever de terre et l’envoyer valser trois mètres plus loin. Toutefois, la confrontation fut à nouveau interrompue et l’immortelle se composa instantanément une expression amène, remerciant poliment la serveuse de ses largesses et ses mots de bienvenue. Sa main se leva pour accueillir le verre que Johan lui tendait et leurs doigts s’effleurèrent à nouveau dans un échange thermique opposé. Elle suivit des yeux l’endroit qu’il évoquait et s’y dirigea d’une démarche fluide, sans un mot. Sa serviette fut posée délicatement a ses cotés avant qu’elle ne prenne place, le dos droit, dans une pose mêlant le naturel à la distinction dans une symbiose parfaite. Johan porta un toast et Laodicé haussa un sourcil, un vague sourire se profilant sur ses lèvres nacrées.


«Pourquoi pas. Je gage que notre association ne manquera pas d’intérêt. Mais laisse moi te proposer un autre thème pour lequel trinquer. »

Elle marqua un silence. Contre ses longs doigts fins, le verre conservait sa fraicheur et les glaçons tintèrent doucement alors qu’elle le levait à son tour.


« A la loyauté de notre confrontation. J’ose espérer que ce terme ne t’est pas étranger, Johan, quel que soit ton nom véritable.»


Bien que son visage conservait sa douceur originelle, le regard de Laodicé se durcit, les ténèbres obscurcissant ses iris dans des tourbillons évanescents. Sans attendre la réponse du jeune démon, elle porta la coupe à sa bouche dans un mouvement gracieux et une gorgée du cocktail coula doucement dans sa gorge. Elle y décela distraitement les ingrédients, le goût du rhum se mariant avec celui du citron vert, mais ce breuvage n’eut pas le moindre effet sur elle. Elle aurait pu gouter une flasque de poison avec la même aisance, sans que ni plaisir ni ivresse ne fut à craindre. Ainsi le breuvage disparu dans les méandres obscurs de son être, tandis qu’elle fixait le djinn avec intensité.


« Tu semble apprécier la franchise, jeune homme de soixante fois vingt-quatre ans, alors faisons connaissance sans plus nous cacher. » Poursuivit-elle de sa voix claire, tout en reposant son verre sur la table. « J’ai vu passer vingt siècles depuis ma venue au monde. Et contrairement à toi, j’ai gouté chacune de leurs secondes, les une après les autres, dans la lenteur de cette dimension. Crois-tu seulement parvenir à retranscrire un atome de ma mémoire par l’intermédiaire de ton art? »

Le timbre de voix de Laodicé demeurait doux et léger, teinté de cette fraicheur qui faisait partie d’elle. Son ton n’était nullement provocateur car elle n’en avait guère besoin. Elle contemplait le jeune homme sans malveillance, bien qu’elle se sentait capable de le détruire sans l’ombre d’un remord s’il s’opposait à elle. Et de cela, elle comptait bien l’avertir, non pas en tant que menace mais comme la simple énonciation d’un fait. Le chant du vent effleura les branches des arbres et quelques feuilles vinrent échouer sur la surface polie de l'onde. Les carpes paisibles laissaient apparaître de temps à autre leurs dos argentés, comme si elles tentaient de capter cette conversation taboue, entre deux êtres que tout opposait. Laodicé inclina légèrement la tête, et reprit du même ton modéré, tout en suivant les arabesques dorées qui valsaient dans les prunelles de l'Autre.


« Sois sans crainte, je ne suis pas partisane de la violence. Aussi, si tu ne te place pas en travers de mon chemin, aucun mal ne te sera fait.»

Les iris de l’immortelle s’attachèrent aux opales bleutées de son ennemi héréditaire et plongèrent en elles, alors que son aura chatoyait autour d’elle comme un voile soyeux…
Revenir en haut
Jolän Icks
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 11 Nov 2009 - 21:58    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

Elle m’offre le spectre d’un sourire.
Tiens, c’est que je n’y croyais plus.

Laodicé détourne mon toast, n’éveillant que curiosité au fond de mes yeux indiscrets. Mes lèvres s’affinent doucement pour tendre une expression de finauderie. Coudes croisés, menton échoué au creux de ma paume, je sirote le cocktail, l’air d’un pendard en train de rêver sa révolution.

Les quelques piques glissées dans ses paroles ne détrônent pas mon vieux sourire. Il en faudra plus que ça. Être pris pour un crétin, jouer les pitres, c’est là tout le brio de mon répertoire.
La loyauté ? Allons, parles-tu de cette valeur stupide, née pour précipiter les hommes au casse-pipe ? Et ces ténèbres qui engourdissent tes yeux, sont-ils le présage d’une menace glissée à la dérobée, crois-tu seulement que dans les inextricables stratégies d’une confrontation, il y ait place pour l’honneur, pour la loyauté, pour la grandeur d’âme ? Foutaise.
Je me sais un peu salopard sur les bords, et je le vis bien. Ce monde appartient aux requins, et moi aussi, à mes heures les plus sombres, je sais me servir de mes grandes dents.

Je ne réponds rien. Mon silence évocateur et mon faciès avenant laissent présager d’un long degré d’incrédulité. Autant je suis plutôt spontané et franc, autant la philosophie du guerrier m’échappe complètement.
Prêtant oreille aux paroles de Laodicé, je savoure la quintessence de son existence comme si elle eût été mienne. Je me projette avec une facilité déconcertante dans une longue vie parcourue de rebondissements, de défaites et de victoires, saisissant les émotions qui s’y mêlent. Lorsqu’elle se permet de mépriser mon Art, seul univers qui m’appartient, une lueur bravache passe dans mes yeux.
Si tu savais ce que je suis capable de faire avec trois tubes de gouaches.

« Non seulement je me pense capable de reproduire un atome de ta mémoire, mais je prétendrais également pouvoir mettre des formes et des couleurs sur la narration de ta vie. Je prétends être capable de résumer beaucoup de chose à travers une seule image, une seule image dont l’immobilité apparente n’en est pas une. Les plus grands artistes savent insuffler, à travers leurs travaux, des sentiments qu’on ignore exister en soi. Ils éveillent des peurs. Ils éveillent des phantasmes. Ils savent offrir un visage à la haine, à la jalousie, à la passion, à l’obstination, et même à l’amour pour les plus déments.
Je ne me suis jamais trop penché sur l’amour. La haine me parle plus.
- Jamais je ne prétendrais être capable d’une telle magie. Mais je souffre d’un petit ego très tenace, qui me dit que les gens qui renient l’Art, que ces personnes indifférentes à l’expression brute des choses manquent cruellement de subtilité. De substance. »

Lentement, je quitte ma posture recroquevillée pour me rencogner dans le siège squelettique de la place. La peinture, c’est mon unique et grand amour. La peinture me permet de m’exprimer, transforme mes douleurs en merveilles.
Elle me fait dormir. Elle me fait rêver.
Alors lorsque j’en parle, et lorsque je défends mes menus talents, j’ai parfois l’air d’un psychotique tout juste bon à enfermer. Rien à foutre.
Les hommes qui méprisent l’immense portée des arts, qu’il s’agisse de musique, de sculpture, d’écriture, sont autant d’animaux dont je plains la pitoyable existence désincarnée. On me traitera alors de petit con égocentrique, on me demandera qui je suis pour juger autrui, on supposera que je traverse une crise aiguë de l’adolescence dirigée vers le narcissisme, on me pointera comme un marginal vivant dans sa bulle, on voudra d’ailleurs que j’y reste. Et j’en ai franchement rien à carrer.
J’aime la provocation, j’aime les scandales. Qu’à cela ne tienne.

Sur ces bonnes paroles, j’agrippe mon verre d’une main gaillarde et descends trois gorgées à ma boisson – soit presque l’intégralité. L’alcool court dans mon organisme, se l’approprie.
Une douce nébuleuse vient froisser mes claires pensées. L’acidité enivrante du rhum m’affûte doucement les sens.
Balançant un instant la tête en arrière, je scrute la voûte parsemée de ses constellations. Mon regard s’empresse de retrouver celui de la Vampire, gorgé d’étoiles bien différentes. Tranquillement, je repose mon bock devant moi, laissant mes doigts jouer avec la buée froide générée par les glaçons.

« Aucun mal ne me sera fait ? Mais que je suis rassuré d’entendre ces propos, je sens que je vais dormir comme un gros bébé ce soir ! que je lance, arrogant.
- Sache que je ne comptais pas m’engager dans un combat sans merci contre toi, sous prétexte que nos natures respectives nous conduisent naturellement au mépris. Ce que tu honores de ton coté, et de bien brillante manière.
Non, même si je le voulais, je ne pourrais pas te mépriser. Tu as ton histoire, je suis sûr qu’elle est riche et passionnante à écouter. Mais tu ne m’en livreras pas un traître mot, je suppose. »


Mon sourire persiste. Mes yeux ne quittent pas les siens, dans lesquels semblent danser des nuits orientales et des légendes à rendre nostalgique le monde en personne. Sa beauté est hypnotique. Ses charmes ne sont pas accessibles au premier abord, aussi beaucoup de mes collègues ne s’attardent pas longtemps sur son visage d’ingénue.
Mais moi je la vois, ta lueur. Je la devine, ta lumière. Et je finirais par la capturer.

« En fait, il y a quelque chose qui me passionne chez toi. Vampire ou pas vampire, on s’en fout à ce stade là !
Croisant mes bras sur mon torse, l’expression de mon visage se teinte de complicité.
- C’est peut-être ton histoire. C’est peut-être la façon que tu as d’évoluer dans un monde sans en faire partie. C’est peut-être autre chose.
Un instant, un silence paralyse mes lèvres, un rire désinvolte filtrant par la suite.
- Hum. A la réflexion, si je me mets en travers de ta route et si je cherche à contrarier tous tes projets, ça laisse à supposer que tu useras de violence comme tu l'as laissé sous-entendre ? Toi, violente. Ca doit valoir le détour … en es-tu seulement capable ? »

Evidemment, je la nargue. J'ai peut-être envie de la voir quitter cette carapace infaillible.
Suicidaire ? Mais non. Juste chiant.
Revenir en haut
Laodicé Capella
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 25 Nov 2009 - 19:59    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

*Tu parais si sûr de toi, sais tu que je pourrais te tuer à l’instant même…*

Une expression moqueuse voguait sur le visage juvénile du démon, renforçant le rôle de matamore dans lequel il se complaisait. Comment aurait-il pu nier le manque cruel d’honneur de son peuple? Le serpent ne peut que sourire face à l’évocation de sa perfidie, nul doute qu’il n’en tire même un certain orgueil. Au pays des traîtres, l’hypocrite est roi et il ose ainsi tirer vantardise de son don pour le mensonge. Consciente de ces vérités, aucune surprise ne s’inscrivit dans le regard de Laodicé alors que Johan conservait un silence hâbleur. Qu’il méprise la loyauté autant qu’il veule, elle n’avait jamais eu l’intention de lui offrir un gramme de confiance.

Une vieille haine à la voix usée murmurait d’un ton monocorde et lointain. Perdue derrière cette musique insouciante et ces bavardages frivoles des humains, elle se mêlait au bruissement du vent dans les branches. Et elle troublait les eaux placides de son indifférence. Qu’il était malaisé de demeurer impassible face à ces appels séducteurs… ce n’était qu’un sentiment enfoui qui ressurgissait du néant et le regard de Laodicé perdit tout de sa neutralité. Durant un faible instant, elle eut envie de laisser choir son projet universitaire et de laisser libre cours à son envie de mort. Car il courrait en elle avec férocité, comme un vent sauvage. Mais sa volonté n’admettait aucune faille, aussi l'immortelle se mura dans une blancheur sans vie, s‘arrachant tout sentiment du cœur.

Johan s’engouffra cependant dans une brèche totalement inattendue. Loin de s’appesantir sur la différence qui les opposait, il s’emportait avec une passion qui l'étonna par son apparente sincérité. Laodicé l’écouta en silence, troublée par la fougue qu‘engendrait ce thème si personnel. La tempête au fond de ses yeux se calma aussitôt, disparaissant comme elle était venue pour laisser place à la curiosité. Sa voix conservait sa position sereine en dépit de la profonde méfiance qui l’habitait.


« Si je reniais l’Art, ma présence dans cette faculté serait paradoxale, ne crois tu pas? Je suis ici pour étudier l’Histoire des anciennes civilisations et c’est en effet bien souvent par l’intermédiaire de l’Art que nous pouvons les connaître. » Elle resta songeuse un vague instant, ses yeux errant par delà le visible. Si on pouvait toucher des souvenirs, les caresser d‘un regard, elle n‘aurait voulu en embrasser qu‘un seul… Elle reprit d'une voix douce, nullement insultante. « Nombreux sont ceux qui se prétendent artiste et qui pensent réussir à percer les secrets du monde. Rares sont ceux qui y parviennent réellement. » Son regard revint alors se planter dans celui de son partenaire, sondant sa sincérité. « Peut-être es-tu un artiste, peut-être pas. Je te mettrai bien au défi une nuit prochaine, puisque nous sommes amené à travailler ensemble. Du moins, si tu survis.»

Sous l’apparence d’une boutade, ces mots n’en conservaient pas moins leur sens premier. Le jeune djinn réagit avec ironie aux avertissements et Laodicé contempla sa gestuelle assurée et son attitude provocante sans réagir. Son insolence ne l’indisposait pas plus que sa témérité infantile ne la heurtait. Non. Elle analysa silencieusement ses paroles, l’observant avec attention comme une spectatrice extérieure. Quels que soient les indices qu’elle recherchait en lui, elle ne les décelait pas. Ce garçon était étrange. Il ne réagissait pas comme Hunéric mais ce n’en était pas moins un djinn. Elle bougeait à peine, conservant l’immobilité propre aux immortels, seuls ses iris brillant sous la lueurs des étoiles. C’est avec une assurance naturelle qu’elle lui répondit, un léger sourire ourlant ses lèvres.


« En effet, je suis le plus grand danger que tu puisse courir dans tout le continent. Tant que notre partenariat se déroule sans anicroche, tu n’auras rien à craindre. Ma présence éloignera même tes autres ennemis, tu ne pourrais pas être mieux protégé. Ton ironie n’est donc pas si éloignée de la réalité »


Autour d’eux, les humains attablés consommaient leur boissons et Laodicé percevaient de temps à autres des bribes de pensées et de conversations. Une intuition la poussa à poursuivre son rôle de mortelle et elle s’empara distraitement de son verre afin d’en boire une nouvelle gorgée. Son regard se perdit un peu plus loin, et elle rencontra celui de la blonde Natacha, assise en solitaire, abandonnée par son associé. L’appel de détresse résonna silencieusement dans son esprit sans y rencontrer le moindre écho de compassion. Aurait-elle dû en ressentir si elle avait été humaine? Mais tous ces anonymes ne lui inspiraient malheureusement qu’indifférence. Elle aurait aimé en ce moment qu’il en fut autrement. Car la seule émotion que ce paysage lui inspirait n’était dédiée qu’à Johan. La tonalité de sa voix n'était pas sèche en dépit de la rudesse du contenu.


« Soit, je ne te cache rien de la haine que te voue, et si par miracle tu pouvais la peindre, je serais curieuse de voir le rendu. Mais je suis capable de la mettre de coté car je tiens à la réussite de ce projet qui nous lie. Et si je devais t‘exposer un passage de mon histoire, je te dirai juste que je n‘ai pas toujours méprisé ton peuple. Mais j‘ai de très bonnes raisons pour en être arrivée à cela, et bien plus personnelles que celles qui découlent de l’héritage de nos races.»


Les paroles des humains alentours affluaient sans discontinuer et les sens affutés de l’immortelle ne la privaient d’aucune information. Les commentaires des étudiants se développaient sur le physique de certaines nouvelles, mais leurs propos licencieux et leurs attentes libidineuses la laissaient froide. Par contre ils peinaient Natacha qui se sentait exclue et esseulée, Laodicé entendait son âme pleurer. Son désarroi était-elle une ode à la mort… l’appel du calice… Mais la vampire haussa un sourcil aux affirmations de Johan, que voulait-il dire? Il semblait désireux de s’éloigner des oppositions entre leurs races et oublier son statut. Elle ne comprenait pas. Mais de toute évidence, il recherchait l’affrontement, dans une nouvelle provocation.


« Voudrais tu tenter l’expérience? Tu témoigne d'une étrange façon de ton rôle de gardien en m'encourageant de la sorte. Toutefois, heureusement pour toi, je ne fais pas partie de cette nouvelle vague de vampires délateurs du secret. Je vais donc me passer d‘une démonstration publique. Sache que je pourrais détruire tous les humains présent dans cette cour en quelques instants. Pourtant, je n’ai pas le gout des massacres inutiles, aussi je m’en contenterai d’un seul. A moins que tu ne te mette en travers de ma route, Johan? Regarde ton amie de toute à l’heure… elle attend la mort avec tant d‘impatience…»


Appréciait-il ses talents de provocatrice, lui aussi? Peut-être avait-elle envie de se prêter à ce jeu. Avec célérité elle s’empara de la main brulante, posée sur le grand verre et emprisonna ses doigts dans sa poigne. L’étreinte n’était pas douloureuse mais assez ferme pour qu’il ne puisse s’en libérer aisément.


« Tes amis nous épient et commentent tes prouesses à l’instant. Je les entend. Pourrais tu maîtriser ta souffrance si je te brise tes doigts? Tu tiens au secret n’est-ce pas… et à ta fierté sans doute. Alors, Johan, me laisseras-tu m’abreuver jusqu’à la lie sans t’y opposer? A moins que tu ne te décide à un sacrifice, je n’ai jamais gouté de sang de djinn... »


Ses prunelles conservaient à présent l'aspect de lacs placides que rien ne troublait. Un sourire s'affichait sur ses lèvres et vu de l'extérieur, ce geste prenait presque des allures de tendresse.
Revenir en haut
Jolän Icks
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mar 8 Déc 2009 - 17:56    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ] Répondre en citant

Le thème artistique nous éloigne pour un temps de la tension, propre à cette confrontation vieille de plusieurs millénaires. Malgré la perfection de ses airs détachés, je lis dans les yeux de Laodicé, dans l’expression sibérienne de ses traits l’ire ancestrale qu’elle porte à mon peuple. Si j’éprouve une aversion acide pour la plupart de mes pairs, lesquels font litière de mes actes et de ma personne toute entière, je reste néanmoins fier comme Artaban de mes terres d’origines, du soleil invincible et des vastes territoires de sable chaud qui érigent Shadukiam.
Mon sourire se creuse lentement, accueillant les pointes de la Vampire avec une tempérance dont j’ignorais posséder le dixième. Elle remet délibérément en question mes compétences, et je vois ça comme un défi. Littéralement kiffant.

« Je dirais qu’une bonne moitié des étudiants de cette université est ici car il y avait de la lumière, et parce que les équations, les langues étrangères et les textes de lois, ben … ça pue, je réponds dans un haussement d’épaules débonnaire. Mon regard se fend d’arrogance lorsque je poursuis :
- Et puis contrairement à ce que tu penses, l’Art ne souffre aucun critère d’évaluation à proprement parler. Certains génies ont crevé sans jamais être reconnu. Ce n’est pas à toi, ni à moi, ni à quiconque de juger qui est artiste et qui ne l’est pas. Chacun voit midi à sa porte, on a tous une sensibilité différente, mais on en a une. Tu serais étonnée de voir comme les styles contemporains peuvent être parlants … pas besoin d’une statue grecque se promenant dans les vignes pour en foutre plein la vue ! »

Je m’arrête là, ne préférant pas m’aventurer dans le listing des différents talents au risque de ne plus jamais en sortir. L’art est partout, aussi bien au musée que sur les parapets tagués du Central District, au beau milieu d’un terrain vague ou se baladent canettes cabossées et bouteilles brisées.
Un éclat de rire perce mes lèvres à ses provocations. Si je survis, ah bon ? Je sais la vie imprévisible, mais tout de même, j’espère bien finir mon paquet de clopes avant de partir ad patres. Simple question de rentabilité.

Le halo astral joue avec l’aura de Laodicé, transformant ses yeux en deux lagunes miroitantes qui m’invitent à sauter tête la première. Mon regard ne se décroche pas du sien, hypnotisé, et ce malgré l’impacte puissante de ses paroles. Certes, comme gardien de l’équilibre, on a vu mieux. Je suis probablement le plus incompétent djinn que la terre aie connu, le plus kamikaze, celui dont les probabilités de survie à long terme tendent vers le zéro absolu. Mais c’est mépriser mon esprit débrouillard. Qui est-elle pour gager d’une telle supériorité sur un ennemi dont elle ne connaît que l’identité de surface ? Est-elle si ancienne ?

L’Eternelle fait aveu de sa haine à mon égard, portée par une sérénité qui me désarçonne. Ne laissant rien paraître, j’offre un visage avenant, bien que mon sourire m’ait quitté. Son existence m’apparaît comme une énigme dont elle garde précieusement les clefs après m’avoir offert une carte vaguement ébauchée. Ma curiosité en flamme, je me jure de percer à jour les mystères qui l’entourent comme autant de voiles sombres.

« Sache que si tu tentes quoique ce soit, qu’il s’agisse de disséminer la promotion entière ou bien d’ôter la vie à un seul de ces humains, des plus minables qu’il puisse être, n’imagine pas que je t’observerai les bras croisés. N’imagine pas non plus que j’honore pieusement mon devoir comme tous mes prétendus potes gardiens de l’équilibre, mais cette université, c’est ma nouvelle vie. Et je ne pense pas que tu veuilles si vite attirer l’attention ? »

Voilà que je monte sur mes grands chevaux.
A l’accoutumée, c’est moi qui provoque et pas l’inverse. Personne n’a la droit de me piquer le rôle de l’élément perturbateur.

« Tu n’es pas en position de … »

Sa main se resserre brusquement sur la mienne, créant un étau inflexible. Pantois, je lève mon visage plus franchement vers elle, nos regards se croisant dans l’atmosphère bleutée d’une lune ronde. Pas un mot ne rompt le silence éthéré qui souffle entre nous. La rapidité du mouvement a fait basculer mon verre qui, roulant sur la tablée, vient éclater au contact du sol. Mais je ne le remarque pas, je n’entends que les secondes se déformer dans ma tête, emmêlant les sons et les sensations.

Au loin, Aaron et Andy m’adressent un vague signe de main sans parvenir à attirer mon attention. Leurs voix résonnent bientôt de concert à travers le brouhaha ambiant.

« Eh ben mon Jojo, tu t’emmerdes pas, petit salopard va ! Elle est belle la vie pour toi ! Lance l’un d’eux, très discret dans son genre.
- P’tain, vas-y qu’il a pas perdu une seconde lui … t’es gentil, tu partages ! Je l’avais pisté avant toi celle là en plus ! T’as pas des goûts de chiottes hein !
- Allez promis, on dira rien à Bayl’ … mais c’est bien parce qu’on est bourré. Hic !
- Ouais … et attention ma poupée, t’es pas la première !
- Et tu seras pas la dernière non plus ! »

Le dialogue se termine dans une confusion de rires idiots, et malgré la bonne ambiance régnant sur le pont, je ne parviens pas à retrouver ma légèreté. Sans leur répondre, je fixe Laodicé avec la même intensité sans qu’aucun élément extérieur ne vienne me troubler. Me briser les doigts, donc ?

Me connaissant, j’aurais répondu : « Ah non, pas les doigts, j’en ai besoin pour tenir le pinceau … pense à notre projet universitaire ! » ou « J’avoue qu’à défaut de m’être déjà cassé au moins une fois toutes les articulations du corps, mes doigts ont été sauvegardés jusqu’ici… ce serait dommage de rompre la chaîne, tu ne penses pas ? » ou, le plus probable « Non, pas mes doigts ! Pas mes doigts steuplaît ! »
Mais rien de tout ça ne m’effleure l’esprit. Au-delà de toute fierté inutile, je n’ai ni envie de manifester la moindre peur, ni celle de jouer au guignol comme si je sais si bien le faire. Ma voix est tranchante, lapidaire, malgré un vague sourire s’immisçant à mes commissures.

« Vas-y, brise les un par un. Et je vais te donner une bonne raison de le faire. »

Un instant de doute plane au-dessus de nous. Rudement, je mords l’intérieur de ma joue sans douceur, jusqu’à sentir la pression de ma mâchoire se transformer en douleur. Le goût du sang envahit ma bouche, brûlant comme le feu de ma terre, ses fragrances ferreuses remontent chaque muqueuse jusqu’à conquérir mon palais.
Je cligne des paupières. Mes yeux s’illuminent d’un éclat frondeur lorsque je rends à l’Immortelle les flammes de mon regard. Mes doigts se resserrent sur les siens, donnant davantage de crédibilité à l’image doucereuse que l’on peut renvoyer. La table qui nous sépare, vulgaire planche de bois, se voit repousser sans mal de mon passage. En moins d’une enjambée, je la surplombe aisément, cueille son menton d’une main ambitieuse et vient chercher ses lèvres. Le contact hivernal de ses lèvres.

Je bois à la source de ses sens qui glissent en moi comme un troupeau de chevaux sauvages. Mon sang fuit vers sa langue et vient assouvir ses instincts de prédatrice lunaire, lui transmettant l’exotisme d’un peuple qu’elle exècre. Je savoure chaque fraction de seconde, sachant pertinemment que cet excès de témérité va me coûter les yeux de la tête. J’aimerai m’éterniser, mais c’est que je tiendrais presque à mon semblant d’existence. Mon visage s’écarte du sien, recouvrant sa hauteur. Un murmure proche du silence quitte mes lèvres.

« … moi, j’avais jamais embrassé une vampire. Un temps s’écoule. Tu as eu ce que tu voulais, non ? »

Les conversations voisines se sont figées, quelque unes de mes connaissances se lancent dans de petits commentaires tous issus du même cru.

Je me retiens de sourire, sinon Laodicé va me couper la tête.
Après tout, comment pourrait-elle me reprocher de jouer à son propre jeu ? Ne m’a t-elle pas chercher ? J’ose imaginer que jamais elle n’oubliera la façon dont elle goûta le sang d’un djinn, et je bénis l’entourage d’être aussi nombreux en cas de débordements. Je suis un grand provocateur, certes, mais j’ai des limites à la connerie, et j’ai l’impression de les avoir largement franchies.
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:21    Sujet du message: L'entraide ? On fera semblant. [ Laodicé - Jolän ]

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Blackout Index du Forum -> HORS-JEU -> Archives -> Archives RP Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | créer forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Template lost-kingdom_Tolede created by larme d'ange
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com