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Le plaisir de la haine [Pandore]
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Theobald de Navarre
Vampire

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MessagePosté le: Mar 3 Mar 2009 - 13:31    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Homme libre, toujours tu chériras la mer
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.


Le soleil décline à l’horizon et ses rayons pâles viennent danser sur les vagues de la baie. C’est la fin d’une douce après midi et le ciel est encore clair, aucun nuage ne se dessine et le vent ne souffle pas. Un grand yacht est amarré au port et il domine les autres bateau par sa superbe et son luxe. Accoudé au bastingage du pont supérieur, Théobald plonge son regard dans l’eau bleue aux reflets changeants, un mince sourire sur ses lèvres. Il songe au poème de Baudelaire, le récitant pour lui-même à mi-voix… Mais aucun miroir ne pourrait lui renvoyer son image, et son âme s’est égarée depuis longtemps dans les limbes, si tant est qu’il en ait jamais possédé une.

Revêtu d’un costume sombre et élégant, des lunettes noires protègent ses yeux de l’astre meurtrier. Il donne l’allure d’un jeune homme aux traits aristocratiques, alors qu’il surveille distraitement les allées et venues des serveurs préparant la réception donnée sur le yacht. En effet, Théobald a invité certaines personnalités de Seattle ainsi que quelques journalistes bien en vue. Il sait que son annonce a soulevé de multiples débats et que beaucoup sont encore sceptiques… Mais voilà l’occasion pour eux de rencontrer un vampire en chair et en os… pour la jet set en mal de sensation forte, c’est une véritable aubaine!

Déjà les personnalités s’avancent, traversant la passerelle qui leur permet d’accéder au yacht. Ils sont immédiatement accueillis par les serviteurs qui leur souhaitent la bienvenue cependant Théobald reste invisible, il faut savoir se faire attendre. D’un pas léger, il regagne l’arrière du bateau où l’attend sa secrétaire. Toujours si discrète et déférente, la jeune femme baisse le regard devant le vampire, ses joues fraiches sont rouges et elle parait anormalement troublée. Kacie possède une longue chevelure blonde et Théobald saisit l’une de ses mèches avec douceur… Sa voix est calme alors qu’il s’adresse à elle mais la jeune femme ne peut s’empêcher de trembler.


- Kacie ma belle, tu étais moins timide avec moi la nuit passée. Allons, j’ignore ce que tu as à me dire mais tu ferais mieux de parler, je ne suis guère patient, tu le sais.

La jeune femme lève des yeux suppliants vers son maître, elle le craint, c’est évident, même si il se montre charmant pour l’instant, ses colères sont imprévisibles. C’est d’une voix tremblante qu’elle lui répond, alors que la main de Théobald lui caresse la joue et le cou. Elle frémit sous ce contact, attirée par ce magnétisme qui se dégage de lui… elle lui appartient corps et âme… si seulement il pouvait ne pas…

- Et bien… C’est mademoiselle Marini… Elle a décliné l’invitation… Je suis désolée, j’ai tout fait pour qu’elle change d’avis… Mais je serai là avec vous, moi… je suis là…

- Et c’est maintenant que tu me le dis ? Pauvre idiote, je me moque de ta présence!


La voix de Théobald est basse mais ses yeux se sont durcis et sa main se pose sur la gorge de Kacie, se resserrant brutalement. Bianca son infante devait être à ses cotés, voilà où était sa place, pourquoi ce caprice de dernière minute, pourquoi ce refus? Il ne peut le tolérer et sa fureur se porte sur sa stupide secrétaire, incapable de mener à bien ses tâches. Peut être même l’a-t-elle fait exprès, par une stupide jalousie féminine! Ainsi il l’empoigne rudement par les cheveux et la gifle avec violence, la relâchant aussitôt avant de se détourner d’elle. Sans plus un regard pour l’humaine, il sort une cigarette de sa poche et se l’allume à l’aide d’un briquet d’argent.

- Disparait de ma vue, je ne peux plus supporter ton visage larmoyant. Fiche le camp.

Bouleversée par ce rejet, Kacie chancelle et essuie maladroitement le sang qui s’écoule de sa bouche avant de regagner les cabines… Aspirant la fumée, Théobald tente de chasser sa mauvaise humeur avant de rejoindre ses invités… Pourtant, une présence derrière lui le fait se retourner avec lenteur, sa secrétaire est-elle encore là? Non c’est quelqu’un d’autre… le vampire ôte ses lunettes noires, les rangeant dans sa poche et son regard clair balaie le pont… Cet importun a-t-il été témoin de la scène? Peu importe, Théobald a déjà retrouvé un visage imperturbable et serein.
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MessagePosté le: Mar 3 Mar 2009 - 13:31    Sujet du message: Publicité

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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Mer 4 Mar 2009 - 20:26    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Je crache rarement sur un petit extra, mais celui-là était carrément mirifique. C’est Angus qui m’avait pistonné pour cette soirée, apparemment il avait couché avec la recruteuse quand il était ado, ou quelque chose dans le genre… Quoi qu’il en soit, j’avais obtenu le job après un bref entretien et une petite démonstration de mon porté de plateau. La recruteuse était tirée à quatre épingles, un chignon sévère relevant ses cheveux bruns et de petites lunettes carrées encadrant ses yeux. Le stéréotype même de la carriériste frustrée qui n’a pas dû baiser depuis des mois, voire des années.  

 
Je me suis demandée à quoi elle pouvait bien ressembler quand elle avait couché avec Angus. Sûrement pas à cette reine de glace j’imagine. Mais ça, on s’en foutait. Ce qui importait, c’est que j’allais me faire vingt dollars de l’heure à servir du champagne à des gens de la haute sur un yacht immense. Et la soirée allait sûrement s’éterniser… Je n’en revenais pas d’avoir réussi à dégoter un truc pareil, ce qui m’a amenée à me poser sérieusement des questions sur les motivations d’Angus. À tous les coups il essayait de m’amadouer pour pouvoir m’annoncer qu’il n’allait pas embaucher de remplaçante pour Angela… Mais pour l’instant, je savourais plutôt ma chance.  

 
Ma tenue était sacrément plus classe que celle que je portais au Cayenne : chemise blanche cintrée, jaquette noire, mais surtout, une jupe noire descendant au dessus des genoux, nettement plus longue que celle qu’Angus me faisait porter. J’avais l’impression de porter un costard, alors que ce n’était que le costume des serveuses… Je me demandais à quoi allaient ressembler les atours des invités. Mais là n’était toujours pas le clou de la soirée. Non, la cerise sur le gâteau, c’était le propriétaire du yacht et organisateur de la soirée, le très célèbre Theobald de Navarre.  

 
Autrement dit, LE principal type prétendant être un vampire. Comme la majorité des gens, je ne l’avais vu qu’à la télé et c’est vrai qu’il semblait dégager quelque chose de franchement pas humain… Mais la télé peut nous montrer n’importe quoi, et j’avais bien l’intention de vérifier par moi-même ce qu’il en était… 
  
~ * ~ 
  Dans mon costume amidonné, les cheveux retenus par un fin ruban noir, je suis sur le pont avant de ce bateau démesuré. Dans ma main droite, un plateau d’argent sur lequel est disposée une dizaine de coupes de champagne. La tête me tourne un peu, sûrement une sorte de trac. Autour de moi, les gens tourbillonnent, les robes de soirée étincellent et les diamants projettent leur éclat froid sur les sombres boiseries. Je n’ai jamais vu autant de luxe réuni. 


J’en ai un peu la nausée… Tous ces gens obscènement riches qui discutent et font des manières en partageant les derniers ragots sur tel ou telle célébrité, alors que la plupart des gens dans le vrai monde est obligée de cumuler deux ou trois boulots pour boucler leur fin de mois. C’est indécent. À côté de moi, une grande perche blonde avec des jambes interminables ne semble pas du même avis. Je vois ses yeux qui miroitent tandis qu’elle fixe un chanteur de rock plutôt célèbre. 


Le rêve américain… Tu parles. J’inspire une longue goulée d’air et décide de passer à l’action. Je me mets en marche, je louvoie entre les invités en évitant de les regarder, distribuant mes coupes à des mains impatientes qui m’oublient aussitôt. Très vite, mon plateau est vide. Je me dirige vers le bar pour le remplir à nouveau, lorsque ma coordinatrice m’intercepte, le regard affolé.
 
- Ah toi ! Monsieur Krimson a commandé un K il y a  presque cinq minutes et on n’a plus de jus de framboises !!! Quand au sirop de cannelle, impossible de savoir s’il y en a jamais eu sur ce foutu bateau ! Va voir en bas si tu peux trouver quelque chose qui fera l’affaire ! Vite ! Vite !!! Je vais me faire virer, je vais me faire vireeeer…
 
Je n’ai strictement aucune idée de quoi elle me parle. Je ne sais pas ce qu’est un K, je ne sais pas qui est monsieur Krimson et surtout, je ne sais pas du tout ce qu’elle entend par « en bas ». Je hoche pourtant la tête avec conviction avant de filer dans une direction prise au hasard. La pauvre femme est complètement hystérique et je ne préfère pas être responsable de son arrêt cardiaque imminent. Jus de framboise, sirop de cannelle… Où est-ce que je suis censée trouver tous ces trucs ?? 


Je prends un air concentré et commence à errer sur le bateau, à la recherche d’un hypothétique « en bas », une caverne d’Ali Baba qui contiendrait des cartons entiers de jus de framboise. Après plusieurs détours, je finis par trouver mon temple, la réserve. C’est encore mieux que dans mon fantasme. Non seulement je finis par trouver mes deux ingrédients miracle, mais en plus est affichée au mur une liste des cocktails préférés des célébrités présentes à la soirée. Le mystérieux K en fait partie. Plutôt que de remonter les ingrédients séparément, je décide sur un coup de tête de préparer le cocktail afin de l’amener directement à ce monsieur Krimson, par pure bonté d’âme. 


En effet, vu qu’il attend sa boisson depuis maintenant une bonne dizaine de minutes, je suppose que comme toutes les personnes qui croient avoir une importance en ce bas monde que son humeur sera exécrable… Et je préfère épargner ça à ma coordinatrice qui me fait un peu de la peine. Moi, on peut me gueuler dessus à pleins poumons, ça glisse sur moi comme l’eau sur les plumes d’un canard, comme on dit. Et puis surtout, pas de risque de me faire virer vu que je ne suis là que pour la soirée. J’installe donc mon cocktail tout frais à trôner au centre de mon plateau rutilant, et je remonte les escaliers de la réserve… Au bout de cinq minutes, je commence à me dire que j’ai pris la mauvaise direction. Pas un invité en vue, et ce côté-ci du bateau est nettement plus sombre que là où je devrais sûrement me trouver. 


Heureusement j’entends des éclats de voix venant d’en face, quelqu’un pourra sûrement m’indiquer le pont avant. On n’a pas idée de construire des rafiots aussi grands ! Les voix s’amplifient à mesure que je m’approche, et je peux bientôt distinguer deux silhouettes, un homme et une femme. Le type tient la fille par les cheveux et lui assène une claque magistrale qui l’envoie rouler sur le plancher. Je retiens un cri, mais quelque chose m’empêche de courir lui porter secours. Le bon sens, sûrement, car j’ai reconnu le bourreau. Il est grand, plus grand que ce que j’imaginais et sa voix est glaciale et tranchante comme une lame. 


La fille se relève tant bien que mal et s’esquive en sanglotant, passant à quelques mètres de moi sans me voir. Ma petite Pandore, c’est le moment de filer, et en vitesse ! Mais c’est déjà trop tard… Theobald se retourne avec lenteur, et ses pupilles claires se posent directement sur moi, sans détour, me stoppant net dans ma tentative de repli. C’est pas le moment de flancher, il faut que je me ressaisisse immédiatement si je ne veux pas risquer pire que la baffe qu’à reçue la pauvre fille. Alors je me redresse et je m’avance de quelques pas, sans toutefois me forcer à sourire. Mieux vaut ne pas trop en faire.
 
- Excusez-moi, quelqu’un à commandé un K, c’est bien vous ?
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Theobald de Navarre
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MessagePosté le: Ven 6 Mar 2009 - 00:25    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

C’est la haine qui danse un ballet infernal au plus profond de son cœur mort, Théobald la sent vibrer si fort en lui, si intensément qu’il pourrait presque l’entendre, comme un vent qui hurle dans son corps glacé. Bianca est sa seule infante encore en vie, toutes les créatures nées de son sang ont péri, trop faibles de caractère pour survivre auprès de leur créateur. Elle est sa seule descendance, le témoignage de sa noble lignée et il comptait la présenter à ses invités, aux journalistes… Mais jusque là, l’immortelle s’est toujours soustraite aux interview, offrant de faux prétextes pour se dérober au public…

Théobald contient cependant ses pensées sauvages et aucune ne se lit sur ses traits altiers. Le regard de glace s’est arrêté sur une jeune femme, une simple serveuse arrivée par hasard, malheureux témoin de sa brutalité… il la fixe avec insistance, son visage conservant un aspect des plus stoïque. Sa cigarette se porte à ses lèvres et il inspire la fumée âcre qui se propage dans ses abysses obscurs… Il ne semble nullement troublé d’avoir offert le spectacle de sa violence à cette inconnue, au contraire, l’assurance qu’il dégage est écrasante, tel qu‘on pourrait lui donner le bon dieu sans confession. Son visage pâle semble presque fragile et la finesse de ses traits rehausse cette impression d’angélisme qu’il dégage.

Théobald laisse approcher la serveuse sans mot dire et ses yeux clairs glissent sur le plateau qu’elle tient dans ses mains tandis qu’elle évoque la commande. Un infime sourire habille ses lèvres alors qu‘il accueille la jeune femme avec cordialité, d’un bref mouvement de tête. Il semble si différent de cet homme impitoyable qui corrigeait sa secrétaire qu’on pourrait déjà l’avoir oublié. Sa voix n’a plus rien de cette sécheresse qu’elle possédait à peine quelques minutes auparavant, elle est grave mais agréable et presque aimable.


« Au risque de vous décevoir, mademoiselle, j’ignore totalement ce qu’est un K. »

Les yeux de Théobald se plissent légèrement dans son sourire, mettant en valeur cette apparence de jeunesse, cette innocence de son visage. Il pourrait à présent laisser cette jeune femme s’en aller en quête de l’amateur de K et rejoindre les invités qui évoluent à l’avant du yacht… Toutefois, il ne désire pas qu’elle propage une mauvaise image de lui, ni qu’elle fasse chavirer cette si belle soirée par d’éventuels ragots. Il plonge au plus profond de son esprit, cherchant en elle ses pensées secrètes, à quoi songe-t-elle en ce moment, a-t-elle peur, est-elle choquée… Sait-elle qui il est?

« Dites moi… Est-ce que vous me conseilleriez ce genre de boisson? Quel gout cela pourrait-il bien avoir…»

Théobald se détache du bastingage où il était adossé, sa cigarette à la main, il fume avec nonchalance et réduit la distance qui le sépare encore de la serveuse. D’un geste léger, il s’empare de la coupe et hume les senteurs qui s’en dégagent, sans quitter des yeux le regard bleu de la jeune serveuse. Les effluves se détachent facilement, il les analyse et les classe sans effort.

« Framboise… cannelle… vodka… curaçao… lavande… Pour cette dernière, c’est de vous qu’elle se dégage. »

Une idée vient de poindre dans l’esprit de Théobald… A défaut de la présence de sa capricieuse infante, il pourrait présenter aux invités un autre élément non moins intéressant. Oui, le spectacle pourrait être plaisant et satisfaire leur curiosité morbide… Voilà qui serait le clou de leur soirée… Il jette sa cigarette au loin, la faisant passer par-dessus bord et rejoindre les flots paisibles. Poursuivant d’un ton posé et poli, il conserve cette douceur sur son visage alors qu’il saisit la main de la jeune femme, la détachant délicatement du plateau qu’elle tient.

« Je voudrais que vous fassiez quelque chose, pour moi, mademoiselle. Buvez ce cocktail et décrivez moi vos sensations. Que je sache ce qu’une si jolie gorge ressent lorsqu’elle boit. »

Le cocktail est corsé, Théobald a ressenti à quel point la dose d’alcool était élevée. Son charme d’immortel s’impose à l’esprit de l’humaine, elle doit obéir, sa seule envie est de poser ses lèvres sur la coupe et de boire enfin une gorgée de ce breuvage… Les doigts glacés du vampire guident la main de Pandore vers la coupe sans la lâcher…
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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Dim 8 Mar 2009 - 02:40    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Il me regarde. J’en éprouve une bizarre sensation de malaise. En cet instant je donnerai cher pour que ses yeux aillent se fixer ailleurs. Mais il sourit et me parle d’une voix chaude qui me fait aussitôt oublier l’idée même de mon angoisse. J’esquisse même un timide sourire, tout en prenant garde d’éviter soigneusement son regard. Chose assez difficile en vérité. Ses prunelles pâles attirent les miennes comme un aimant et l’effort que je dois déployer pour ne pas le fixer me semble épuisant. La lutte muette s’éternise quelques instants durant lesquels il parle à nouveau. Je suis tellement concentrée sur ma tâche que je n’écoute qu’à peine, alors que lui ne semble se rendre compte de rien… Finalement, je perds.  

 
Avec un profond sentiment de frustration, je relève lentement le regard et me noie. Je tressaillis lorsqu’il avance vers moi et tente de reculer d’un pas, mais je suis engluée dans ses yeux et il se saisit du K posé sur mon plateau pour le humer, de cet air expert que prennent souvent les œnologues. Ce geste me semble stupide et déplacé sur un cocktail, mais après tout je ne connais pas grand chose aux us et coutumes du grand monde. Peut-être la cocktaïologie est-elle une nouvelle discipline en vogue chez les riches… Pour un peu, j’aurais ri de ma propre plaisanterie, si il ne s’était pas tout à coup mis à énumérer les différents ingrédients de mon K. À une exception près.  

 
J’ouvre la bouche pour rectifier son erreur, lorsqu’il m’achève. Lavande. Mon gel douche. L’odeur doit être très faible, comment peut-il la sentir à un mètre de moi ? Tu le sais Pandore, tu le sais… Cette fois, j’arrive à me reculer de deux pas, au prix d’un effort considérable. Une alarme s’est déclanchée dans mon esprit, qui me donne la force de me concentrer à nouveau pour me détacher de ses pupilles obscures. Je me rends compte que je n’ai toujours pas prononcé un mot, alors qu’il a plus ou moins entamé une conversation. Je me fais la réflexion que mon silence pourrait être pris pour de l’impolitesse, alors je hoche vaguement la tête. Je regarde sa main. Je mets toute ma force à regarder sa main, pour ne pas penser à ses yeux. Entre ses doigts fins et pâles, sa cigarette achève de se consumer. Il la jette et je suis sa courbe plongeante avant qu’elle ne disparaisse dans les flots.  

 
Je pourrais peut-être m’en inspirer, et sauter. Le yacht est amarré, je n’aurais que quelques mètres à faire dans l’eau glacée pour rejoindre le port. Pourquoi cette pensée me traverse-t-elle ? Pourquoi cette sensation insistante d’un danger imminent ? Theobald ne m’a rien fait à moi, il semble même plutôt bien disposé à mon égard. Il s’approche à nouveau. Je me fais taire et ne recule plus. Comme au ralenti, je vois son bras se tendre, et sa main s’approcher de la mienne. Je me mords la lèvre inférieure. Il me saisit. C’est froid… La nuit est fraîche, n’est-ce pas ? La nuit, seulement la nuit… Délicatement, il détache un à un mes doigts du plateau qui finit par tomber au sol dans un fracas métallique brisant le silence engourdissant qui s’était installé. Je sursaute.  

 
Il me parle à nouveau, et sa voix est comme une caresse, elle s’enroule autour de moi et me console de tous les chagrins passés et à venir, elle s’insinue dans ma bouche comme un vent d’été et l’assèche, tandis que sa main, contraste glacé, me guide vers ma délivrance. Il me semble que je respire déjà cette délicieuse odeur de framboise, je veux la sentir couler dans ma gorge, je veux que le liquide l’apaise et la calme. Ses doigts sur les miens qui se referment irrémédiablement sur le pied du verre. Je suis fascinée. Lentement, je le porte à mes lèvres. Je m’arrête, hésite, lui lance un regard, comme pour demander confirmation de ce que je m’apprête à faire. Ce n’est pas bien. Je sais que ce verre est pour monsieur Krimson, pas pour moi.  

 
Je n’ai pas vraiment soif, je le sais. L’odeur de vodka, bien plus puissante que celle de la framboise, m’écoeure. J’éloigne la coupe de quelques centimètres. Mais ses yeux me transpercent à nouveau, et je n’ai plus le choix. Je bois, d’un trait. Loin de l’apaiser, l’alcool me brûle la gorge, l’embrase et la dévaste. Sur mes papilles, les saveurs se mélangent et s’enlacent. Je souris. Sacrément corsé, une vrai petite bombe. Et un vrai coup de fouet… 
 
- C’est fort. D’abord, je sens le liquide couler tout le long de mon œsophage, presque jusqu’à l’estomac. Les goûts viennent ensuite. Je sens d’abord le curaçao. Orange amère. Puis la framboise, qui adoucit un peu ma gorge. Enfin, la cannelle reste sur les papilles, flottante. Elle flotte encore… C’est… léger. 
  
J’ai retrouvé mon assurance, l’alcool l’a réveillée. Je ne sais pas vraiment pourquoi je lui décris avec autant de précision ce que je ressens… Peut-être tout simplement parce qu’il me l’a demandé, mais je sens que je sais, quelque part en moi, que c’est tout simplement parce qu’il ne peut pas réellement le savoir. Ses paroles me reviennent en mémoire. Sa façon de prononcer « une si jolie gorge », avec un soupçon de déférence, comme si cette seule partie de mon anatomie avait une importance. Je sais. Je sais qui il est, ce qu’il est, je le sais depuis le début. Finalement, mes rêves vont peut-être se réaliser et s’achever définitivement le même jour… 

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Theobald de Navarre
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MessagePosté le: Jeu 12 Mar 2009 - 01:25    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Sur le pont arrière, les bruits lointains des invités semblent étouffés. Loin de cette agitation, le calme et l’apaisement enveloppent la scène, les vagues écumeuses meurent doucement sur la coque et leur chant d’agonie berce l’ambiance. L’immortel s’impose dans l’esprit de sa cible aussi facilement que s’il plongeait dans la mer. Les eaux bleues de la jeune femme lui sont limpides, et il prend plaisir à s’y baigner, s’immisçant sans pudeur au fond d’elle. Ses effluves sont agréables, il se dégage d’elle une fraicheur si naturelle, bien différente des âmes torturées qu‘il sonde si souvent. Théobald navigue un instant sur ces iris clairs, goutant chaque pensée qui la traverse, appréhension, curiosité, culpabilité, envie…

Leurs regards se croisent, l’hésitation brille dans les yeux de la jeune femme alors qu’elle cherche en lui le soutien qu’il lui accorde. Son regard est souriant, un encouragement tacite alors qu’il hoche la tête, presque imperceptiblement. Ses doigts s’appuient un peu plus sur sa main, légèrement, comme pour la rassurer, en cet instant elle doit oublier monsieur Krimson, il n’a pas plus d’importance qu’une goutte d’eau dans la mer… Et elle boit enfin, le verre se vide et l’alcool glisse dans sa gorge, court dans son corps, s’insinue dans ses veines… Théobald imagine la saveur qui teinte désormais son sang et lui rend son sourire… elle est en train de le lui décrire en toute innocence… Comme un agneau décrirait le gout de sa chair à son boucher. Cruel délice.


Je vous remercie. Je n’ai plus dégusté d’alcool depuis bien longtemps et grâce à vous j’ai presque le gout de ce breuvage en bouche. Si vous étiez ma langue ce soir, je pourrais me souvenir des plaisirs que procure l’alcool avec délectation… Cette extase où l’ivresse nous emporte, cette sensation de légèreté si humaine… si candide.


Son doux regard s’évade vers les lèvres roses de la jeune serveuse, il les caresse des yeux et effleure sa joue d’une main légère. Il évoque son statut avec aisance, comme s’il était une chose évidente sur laquelle il ne posait aucune gêne. Théobald sait que certains parmi le peuple l’accusent de n’être qu’un dandy oisif en quête de célébrité, un excentrique mythomane doué d’une belle éloquence qui profite de sa richesse et de sa beauté pour manipuler les médias. Certes, beaucoup ne l’ont pas cru, toutefois, il ne perd jamais rien de cette assurance qui est ancrée dans ses moindres gestes, ce charisme naturel qu’il ne force pas.

Son visage s’approche lentement de celui de sa proie, sa paume glacée posée sur la joue tiède, il la laisse ressentir l’aura de séduction qui émane de lui, immisçant en elle l’envie intense de se faire mordre, de sentir ses lèvres froides contre son cou… Le désir de le sentir en elle, qu’il en prenne possession, qu’elle lui offre cet élixir de vie. Mais il se contente d’un murmure, léger comme une brise avant de s’écarter et de reprendre cette distance impersonnelle comme si cet échange n’avait été qu’un songe.


Ce soir, je voudrais que vos pensées soient pour moi seul, ma charmante… Je vous entendrai
.

Il a reprit cette attitude indifférente qu’ont les aristocrates envers leur personnel, son regard se redresse vers le pont bien avant que la présence ne se révèle à eux… Les sens surdéveloppés de l’immortel lui ont permis de l’entendre arriver auprès d’eux, dépasser les portes des cabines, elle emprunte les coursives pour les rejoindre enfin et sa silhouette replète apparait au devant d’eux. Il s’agit d’une femme à l’allure énergique et aux yeux égarés, la coordinatrice de l’évènement ne sait plus où donner de la tête et il lui manque deux serveurs. Jamais ils ne seront assez nombreux pour s’occuper de tous ces illustres invités! Lorsqu’elle voit la jeune femme, c’en est trop, son visage est rouge de colère et elle va exploser alors qu’elle aperçoit Théobald à coté. Ses traits se décomposent et elle semble se dégonfler comme un ballon, ses bras pantelants le long de son corps, les jambes tremblantes de nervosité.


Je m’excuse.. Je… euh… vous…

Mais Théobald ne prend guère la peine de répondre à ses bafouillis et ne lui consent pas un regard de plus. Dépassant la jeune serveuse, il délaisse les lieux, s’avançant d’une démarche désinvolte vers le pont avant. Il est l’heure à présent de faire le grand plaisir de ses convives et de leur prêter sa présence. Il laisse derrière lui le désir inassouvi de la jeune serveuse l’inonder. Faire monter la pression, lui donner cette sensation d’avoir existé pour lui l’espace de quelques minutes, et lui permettre l’espoir qu’il pose à nouveau le regard sur elle. A ce moment là, elle sera à point pour son plan. Elle se laissera mordre avec plaisir, à la vue de tous… Et l’appétit de sensations fortes du public sera comblé.

Il apparait enfin, sous la lueur du soleil couchant qui rougeoie sur l’océan, lui donnant l’aspect éphémère d’une mer de sang. Les tons chauds de l’astre dansent sur les flots et, sur le pont du bateau, le silence se fait. Les lumières s’allument comme pour saluer l’arrivée du baron et les visages des invités s’illuminent de convoitise. En cet instant, chacun voudrait aller saluer le noble, avoir le privilège d’une brève conversation avec lui, la chance d’effleurer sa peau claire ou le bonheur de recevoir un baise main…


- « Théobald, quelle joie de vous voir d’aussi près… je suis comblée. »
-  « Vous paraissez encore plus charmant qu’à la télévision! »
-  « Un baise main oh quel gentleman! »


« Chers amis, je suis heureux de vous voir ici et je vous souhaite à tous la bienvenue sur mon yacht. Je regrette l’absence de ma douce amie, Bianca qui est légèrement fatiguée ce soir mais elle vous transmet ses amitiés. Allons trinquons à cette soirée, pour ma part, je ne pourrai partager avec vous ce champagne mais on m’apportera bientôt un breuvage plus adapté à ma condition. »


Durant ce temps, la coordinatrice sermonne sa jeune serveuse d’une voix blême, elle la pousse vers les cuisines tout à sa harangue, déversant sur elle le flot d’émotions qui la bouleverse.

« Je t’en prie, dépêche toi! Mais que faisait ce plateau à terre? Et pourquoi as-tu ce verre en main? Tu es toute rouge ma fille! Oh mon dieu, quand je pense que j’ai failli hurler devant le patron en personne! Tu ne te rend pas compte toi! Je n’arrive même pas à croire que tu ai pu discuter avec lui comme si de rien n’était! Dis moi... tu n'as pas bu j'espère... Oh! Je vais me faire disputer à cause de toi, je le sens! Tant pis si tu es pompette! Allez vite, remonte le champagne et… ah! Il faut aussi que quelqu’un se charge de monter le lapin! Il est là dans sa cage… Qu’Est-ce qu’on va faire de lui, boule de gomme! »

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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Mer 25 Mar 2009 - 19:47    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

La raison du plus fort est toujours la meilleure, 
nous l'allons montrer tout à l'heure... 

La cannelle chatouille encore mes papilles. C'est la seule sensation bien définie que je garde. Le reste semble comme engourdi, embrumé, bien que je sois parfaitement consciente de tout ce qui se passe et de tout ce que je dis. Encore cette voix qui s'insinue et me cajole, pousse plus loin et enfonce sans bruit toutes les portes, sans ma permission. Vraiment? Ou peut-être que je la lui ai donnée finalement... Il regarde mes lèvres, je me les mords machinalement. Sa main revient vers moi et je suis des yeux sa courbe parfaite, hypnotisée. Elle se pose sur ma joue, l'effleure, glaciale évidemment. Il ne peut en être autrement. Involontairement, je ferme les yeux quelques secondes. Imperceptiblement, j'incline la tête sur le côté. Je sens mes cheveux glisser le long de mon cou, suivant le mouvement, et je réalise ce que je suis en train de faire. Je ne peux pas m'arrêter. Je ne veux pas m'arrêter. Heureusement, (malheureusement?), il rompt le contact et s'éloigne presque brusquement.  

 
J'en pousserais presque un feulement de frustration. Reviens! Achève donc ce que tu as commencé, tu vois bien que je me laissais faire! Ne me dis pas que c'est ta morale qui te retient... Je n'écoute qu'à moitié ses divagations sur mes pensées tant tout mon corps se tend d'envie de retrouver cette sensation si brutalement volée. J'étais bien! Je me sentais bien! Une voix aigrelette résonne derrière moi, horriblement discordante après celle de Theobald. Je me retourne, furieuse, pour découvrir ma coordinatrice. C'est donc toi! Toi qui l'a interrompu! Toi qui l'a empêché de me... de...  

 
Je lui lance un regard presque haineux, et au même moment une petite décharge électrise mon cerveau, dissipant le brouillard pour une demi-seconde. Je n'y prête pas vraiment attention. La chef ne semble pas avoir remarqué mon regard, elle aussi est hypnotisée par le... par Theobald. Pute! Mais je ne dis rien, je dois la suivre... Et lui, il m'a déjà tourné le dos, comme si je n'avais jamais existé, pour se diriger de son pas souple vers le pont avant. Une nouvelle bouffée de frustration m'envahit. J'écoute à peine les remontrances de Carol, et n'y réponds même pas. Elle parle d'un lapin, je crois que la pauvre femme a perdu la tête. Je me rends compte que je tiens dans la main mon plateau et le verre vide, je ne me rappelle pas l'avoir ramassé.  

 
Tout à coup, je me retrouve au milieu de la foule. C'est étouffant et ils sont tous si atrocement imparfaits, si... humains! Ils me dégoûtent. Mécaniquement, je fais des aller-retour entre le bar et les invités, jusqu'à ce qu'il surgisse. Toutes les têtes se sont retournées vers lui, dans une synchronisation presque parfaite. Il sourit, badine, échange des mondanités avec tel chanteur ou telle actrice. Pas un regard pour moi. Il offre un baise-main digne d'un film romantique à une jolie femme en fourreau noir. Une flambée de colère gronde dans mon ventre, et à nouveau, la décharge électrique. Cette fois-ci, je me concentre dessus. Je laisse la rage resurgir, nouvelle décharge. Je me calme: seulement cette frustration inapaisable. J'esquisse un mince sourire.  

 
La colère... Oh que voilà une vraie émotion. Je l'appelle, je l'invite, je la désire... Je la laisse bouillonner à nouveau en moi, et nettoyer toute cette mascarade. Je suis plus forte, plus forte que ça! Il ne peut m'insuffler que des semblants de sentiments, des ersatz très bien imités, que je m'approprie et que je rends réels mais... il ne m'appartiennent pas vraiment. La colère elle, est mienne. Elle est vraie, elle est pure, elle est humaine, elle est vivante. Je suis moi-même. Et en tant que moi-même, je sais que je ne suis intéressante pour lui que d'un seul point de vue. Ses beaux discours à la télévision ne me duperont pas, maintenant que je sais ce qu'il fait.  

 
Et je sais aussi une seconde chose: la lutte est inégale. Tellement injuste que ma colère s'en alimente, et je m'en gorge. C'est une ire tumultueuse et incandescente, mais pour le moment je la garde tapie contre mes côtes. D'un pas calme, je continue mon manège incessant entre les convives, tout en réfléchissant à un moyen de l'atteindre. Ses dernières paroles me reviennent en mémoire. Je vous entendrai. Vraiment? Ça vaut le coup d'essayer. Avec maîtrise, je vais poser mon plateau sur le bar, et je m'installe pour attendre. Il ne tarde pas. Comme il l'a déjà fait par deux fois un peu plus tôt, il passe près de moi et me frôle sans me voir. Intentionnellement j'en suis sûre...  

 
Nonchalamment, j'agrippe sa manche un instant et déverse vers lui toutes mes pensées, en un long monologue. 

*On a toujours cru qu'on était au sommet de la chaîne alimentaire... On s'est planté. Mais il y a un truc que je ne comprends pas chez vous. Dans la nature, la proie a toujours au moins un atout, aussi faible soit-il. Ne serait-ce que la fuite... Mais si la proie veut être dévorée, alors où réside l'intérêt? Il n'y a même plus de chasse... Comment réussissez-vous à en retirer une quelconque satisfaction? Moi je vous propose une partie de chasse, puisqu'il semblerait que de toute façon je sois le gibier du jour. Vous savez que la victoire est pour vous, alors jouez au moins le jeu, c'est on ne peut plus simple: je cours, je me cache, je fuis... Et vous me traquez. Hypnose interdite... Et ne me dites pas que vos invités vous en empêchent, cela ne pourra que rajouter un peu de piment, n'est-ce pas?*


Je ne sais pas si ça va marcher, je n'ai jamais entendu dire dans les talk-shows que les vampires aient le don de lire nos pensées, mais je suppose qu'ils ne tiennent peut-être pas à ce que ça se sache. Si je ne constate aucune réaction, je me servirai de ma langue, ce sera juste un peu plus long, et sûrement plus difficile puique je devrai probablement le regarder dans les yeux. Mais je suis plutôt satisfaite de moi. Si je dois servir de garde-manger ce soir, je veux que cela soit fait dans les règles de l'art. Je veux ma dignité. Je veux me battre, même en vain...   

 
Et crois moi Theobald, j'ai bien l'intention de me battre. 

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MessagePosté le: Sam 25 Avr 2009 - 16:42    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

La vie n’est qu’une immense comédie où la plupart des acteurs sont inconscients de leur rôle, ces naïfs dérivent, emportés par leur destin, se laissant dominer par le courant. Mais Théobald n’est pas comme eux, il ne l‘a jamais été. Le mépris que ces flatteurs lui inspire est pourtant impeccablement masqué. Il est si facile de se jouer d’eux, de leur offrir un visage avenant et courtois, ces gens en ont besoin et il le leur offre, flattant ainsi leur égo d’un sourire ou d’une parole aimable. N’est-ce pas pour cela qu’ils sont venus, pour contempler enfin de plus près cet homme si mystérieux et charismatique et croire qu’ils pourraient faire partie de ses proches… Pauvres sots si crédules, nul n’est proche de lui, nul ne le connait véritablement. A part peut être Bianca, sa douce Bianca… Où est-elle en ce moment? Cette question le hante et la colère le submerge mais encore une fois, il n’en montre rien. Il discute avec ses invités, se montrant tour à tour spirituel ou séducteur, le cadre somptueux, la délicatesse de leur hôte… tout est parfait pour leur inspirer l’adoration.

Bien que tout semble le laisser croire, Théobald n’a pas oublié cette petite servante, sa future proie… Il l’a choisi parmi ce troupeau exposé là pour lui, bien qu’elle l’ignore, elle sera l’élue, misérable humaine qui trouve enfin une raison à sa piteuse existence. Mais le maître des lieux ne consent même pas l’ombre d’un regard à la jeune femme, il se plait à lui offrir le mur de glace de son indifférence, jouer avec cette frustration qui doit être la sienne, d’être désormais invisible pour lui, bien qu’elle ait existé pendant quelques précieuses minutes… Ne veux-tu pas revivre cela, ma jeune amie, ne veux tu pas m’appeler avec toute la force de ton âme, me faire sentir ton isolement et ta solitude, celle que tu ressens même entourée de tous ces gens, tout simplement parce que je ne te regarde pas… Et Théobald s’avance au bras de l‘une de ces riches héritières désœuvrées, une bimbo aux long cheveux platines qui glousse d‘orgueil… Le loup respire le parfum de l’agneau, il sourit mais ses crocs restent dans l’ombre… Et l’agneau se réveille.

La main de la serveuse s’est posée sur sa manche, l’interrompant ainsi et il tourne enfin vers elle son visage pâle et insondable. Ses pensées lui parviennent, limpides et claires, elle s’adresse mentalement à lui, comme si cela lui était tout naturel. Théobald l’a-t-il entendu? Elle devra se contenter d’un sourire des plus énigmatiques dans l’immédiat. Elle l’a surpris, agréablement, cette petite est amusante, il doit bien admettre qu’il ne s’attendait guère à cette réaction. Ses yeux clairs n’ont pas cessé de contempler le visage de la serveuse pendant qu’il se délectait de ces pensées si audacieuses, pourtant, autour d’eux, nul ne peut comprendre la raison de ce face à face silencieux.

Cherry, la blonde est choquée par le comportement irrespectueux de cette domestique, elle qui a vécu toute sa vie dans le luxe, elle considère le personnel comme des sous-êtres. Elle adresse un regard interrogateur à Théobald avant de lui glisser quelques mots en minaudant, l’attirant vers elle, la bouche en cœur.


« Que vous veut cette potiche? Les serveuses sont de moins en moins bien éduquées ici, j’imagine qu’en France, il en est tout autrement, n’est-ce pas Théobald? »

Elle aime l’appeler par son prénom, comme si elle le connaissait depuis toujours, voilà ce qui serait agréable à faire croire à ses amies… Mais à sa grande surprise, le baron ne lui répond pas, il sourit à cette servante et il lui offre un regard presque chaleureux, du moins c’est ainsi qu’elle l’interprète. Il ne cherche même pas à se débarrasser de la main posée sur son bras, alors qu’une telle familiarité devrait être punie, n’est-il pas un vampire? On s’attendrait à ce qu’il se montre violent et intraitable, au lieu de cela il donne une impression désinvolte et bienveillante… ses traits ne perdent rien de sa douceur alors qu’il laisse quelques mots s’échapper, sa voix est douce et charmante, alors qu’il répond à cette insolente.

« Je ne bois pas d’alcool, mademoiselle, merci. Mais un animal attend d’être égorgé afin que je puisse recevoir son sang, vous savez ce qu’il vous reste à faire… »

Il prétend croire que telle était la raison pour laquelle elle l'a accosté... Mais l’esprit du baron est assailli par la violence de la jalousie de Cherry, ses pensées lui parviennent en force, avant même qu’elle n’ouvre la bouche. Cette petite fille gâtée a eu l’habitude d’avoir tout ce qu’elle voulait, ce soir elle veut un vampire et aucune autre femme n’a le droit de dérober son attention, surtout pas une stupide servante! Cherry offre un regard meurtrier à la serveuse, on y lit aisément le mépris qu’elle ressent, elle a provoqué des dépressions chez beaucoup de domestiques depuis son plus jeune âge, c’est une joie pour elle de montrer aux autres qu’ils ne sont rien comparé à elle, si jeune, si riche si belle… Pourquoi la regarde-t-il de cette manière, et comment cette fille a-t-elle osé poser la main sur lui?

« C’est cela, allez donc au lieu de rester plantée là à ne rien faire! Quelle empotée, mon dieu! Vous êtes si tolérant Théobald, à votre place, je l’aurai congédiée sur le champ! »

Mais Théobald ne prête pas attention aux babillages de Cherry. Ses pensées pénètrent l’esprit de la serveuse, elle peut entendre sa voix légère, résonner dans son esprit dans une tonalité agréable, comme le vent frai de l’air marin.

* Celle que j’ai à mon bras se damnerait pour être ma cible. Ne regretterez vous pas votre place si enviée? Quel est la part d’hypnose et de réalité, interrogez vous sur vos désirs ma chère… J’aime votre parfum… J’aime le jeu… mais vous n’êtes pas la seule. *

Et Théobald se détourne enfin, avec douceur, emportant Cherry avec lui pour son plus grand bonheur, délaissant la servante à sa solitude alors que la bimbo la foudroie une dernière fois de son regard assassin. Théobald laisse échapper un rire clair et à l’une des phrases que sa cavalière lui murmure à l’oreille, il semble s’être définitivement lassé de cette pauvre servante… pourtant, elle ne rêve pas, elle entend encore sa voix résonner en elle tandis qu’il s’éloigne.

*Fuis… dépêche toi… dépêche toi…*
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MessagePosté le: Dim 26 Avr 2009 - 21:24    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Il va vraiment falloir que je fasse quelque chose à propos de ces yeux. Trouver un truc, une parade. Il me vrille de son regard et ma main se crispe automatiquement sur sa manche, et je dois retenir de toutes mes forces mes pensées. Parce qu'elles viendraient aussitôt contredire tout ce que je viens de faire passer. Elles se jetteraient sur lui et crieraient:  
« bois, mange-moi, dévore-moi! Du moment que tu restes là... Du moment que tu me touches... Du moment que j'ai une importance...»  
 
La colère, ça marche plutôt bien, mais ce n'est apparemment pas suffisant. Au comble d'un effort surhumain, j'arrive tout de même à garder mon sang-froid et à conserver cette rage au fond de moi. Elle est juste devenue glacée, l'espace d'un instant. Mais aussitôt qu'il détourne ses yeux de moi pour les poser sur la superbe créature qui lui tient le bras, je la sens remuer dans mon ventre et s'étirer comme un chat paresseux. C'est déjà ça...  
 
Que disait-il donc? Ah oui, pas d'alcool... Un animal? Voilà donc l'explication à cette histoire de lapin... J'en éclaterai presque de rire. Quelle mascarade! Et quel cynisme! Comme si je pouvais croire ne serait-ce qu'une seule seconde qu'il a l'intention de se repaître d'un lapin... Ridicule! Je ne comprends vraiment pas comment il a pu arriver à duper ainsi tout le monde. Allons quoi, son charme est désarmant, d'accord! Mais tous ces types du FBI, de la CIA, ou je ne sais quoi d'autre ont bien mené une enquête, pour que le Président accepte cette comédie d'intégration! Et ils n'auraient rien remarqué? Ils n'auraient pas un instant soupçonné le mammouth sous le brin d'herbe? Je trouve ça un peu fort...  
 
La jolie fille en noir interrompt mes pensées en me lançant quelques piques. Je lui souris de l'air le plus contrit dont je suis capable... Oh beauté, mais je te le laisse, il est tout à toi! Tout ce que tu auras à faire sera de monter sur la scène, ton corps de mannequin éclatant dans ta robe de couturier, et lui offrir ton cou en guise de calice! Allons, je sais que ça ne te déplairait pas, j'ai moi-même bien failli succomber... Alors, on échange? Ce serait tellement théâtral et sensuel, et tous les yeux seraient braqués sur toi, tu serais belle et... Intrusion.  
 
La voix, sa voix... Elle vient de résonner dans ma tête, doucereuse et dangereuse. Comment... Comment est-ce possible? Mes mains tremblent, j'essaie de ne pas lâcher mon plateau. Quel viol immonde que celui des pensées! C'était différent lorsque je les lui donnais, mais là... Je recule de quelques pas, nerveuse, mal à l'aise. Cela n'y change rien évidemment. Qu'il sorte, qu'il sorte!! Il se fait insistant, je l'écoute.  
 
M'interroger sur mes désirs, quelle excellente idée. Et même? Même si je voulais vraiment lui servir de steak, je devrais céder pour autant? Qu'il la bouffe sa jolie blonde, puisqu'elle ne demande que ça, et qu'on n'en parle plus! Je lui lance un regard noir. Je t'amuse, n'est-ce pas? Mon pathétique petit combat te ravit... Alors jouis! 
 
Quelques filaments de ses pensées poissent encore mon esprit alors qu'il s'éloigne, emportant avec lui l'inconsciente et son dédain... Fuis. Oui, il a raison, ne perdons plus de temps. D'un pas légèrement chancelant, je retourne vers le bar, pose mon plateau... Puis je m'esquive. Je refais le chemin que j'avais emprunté plus tôt à la recherche de mon jus de framboises. En même temps, j'essaie d'éclaircir mes pensées. Il me faut un plan. C'est une traque, que dois-je faire? Mais surtout, que fera-t-il, lui? Ses sens sont ceux d'un animal... Il va donc... me flairer. Alors je dois le perdre... Le confondre.  
 
Je descends une volée de marche, bifurque sur ma droite, pénètre au coeur du navire. Des couloirs étroits m'environnent. Les cabines... Je pousse une porte. Une chambre, toute apprêtée, avec des affaires sur le lit. Je ressors, rentre dans une autre pièce... Même spectacle. Ok, cela signifie donc que certains invités de marque auront l'insigne honneur de passer la nuit sur le yacht... Je regarde autour de moi, avise un manteau de fourrure pendant sagement sur son cintre. Je souris. Revenons aux temps anciens, je vais prendre la peau d'une autre.  
 
Je décroche le manteau, l'enfile. Je n'aurais sans doute jamais d'autre occasion de porter de l'hermine, profitons-en. Je respire le col, qui embaume un parfum entêtant, sûrement français et hors de prix. Parfait. J'avance jusqu'à la salle de bain, découvre le flacon que je cherchais... Je m'en asperge généreusement mais sans excès, je ne cherche pas à l'attirer. Et maintenant? Je me cache et j'attends? C'est ce que mes membres tremblants sembleraient m'indiquer, mais je doute que le plan soit judicieux... Je ne sous-estime pas mon chasseur, je sais bien que ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne comprenne mon petit manège.  
 
Je ramasse mon courage qui s'était liquéfié autour de moi, et je repars. Brouiller les pistes... Je trottine, je louvoie entre les cabines, évitant sans trop de mal les quelques membres du personnel qui passent passent de temps en temps. Mon but: laisser un chemin odorant erratique qui se mélangera à tous les autres, afin qu'il perde ma véritable odeur. Ensuite? Et bien... Je suppose qu'il va falloir que je trouve un moyen de descendre de ce fichu bateau, et vite. 
 

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MessagePosté le: Mer 6 Mai 2009 - 18:32    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Des notes de musique s’élèvent et se glissent entre les convives, légères et délicates, imprégnant l’atmosphère de grâce. Elles proviennent d’un quatuor que Théobald a fait engager pour la soirée, les musiciens sont revêtus de smoking pour les trois hommes et d’une robe longue pour la jeune femme au violon. Sa charmante blonde écervelée au bras, le vampire s’en approche, il fait mine de s’intéresser à son babillage mais il n’en écoute pas un mot. Fort heureusement, la mélodie masque cette voix si agaçante et l’immortel peut prétendre ne pas entendre ses questions ridicules. Cette musique n’est-elle pas trop moyenâgeuse pour un homme si jeune, aime-t-il le rock ou le rap… ou d’autres styles musicaux dont il ne retient même pas le nom… Il secoue distraitement la tête en signe de négation avant de saluer d‘autres invités d‘un sourire léger. Cherry est avide de tout connaître de lui et réagit à ses moindres réponses avec un enthousiasme non feint, il a trouvé en elle la groupie idéale...

Pourtant son regard se fait lointain, il songe à cette insolence, cette jeune servante qui a réussit à éveiller son intérêt par ses réactions si culotées… Certes, il a prétendu l’indifférence face à elle, lui insufflant l’idée qu’elle n’était qu’une proie parmi d’autre, une jolie gazelle comme il y en avait tant… Pourtant, elle lui parait bien plus appétissante que Cherry, à tous les points de vue… Il pourrait la laisser s’enfuir, trouver une victime consentante serait bien sûr très facile mais si ennuyeux… Le baron laisse couler un regard vers la blonde, si artificielle et vide, si ses pensées n’ont pas le moindre gout, qu’en sera-t-il de son sang…


« Mes excuses, ma chère, j’ai promis de m’entretenir avec Monsieur Vilhem, allez donc vous servir de ces toasts, il parait qu’ils sont succulents… »


Déjà un serveur arrive, munis d’un plateau emplis de zakouskis et Théobald en profite pour s’éloigner en direction d’un vieil homme aux tempes grisonnantes qui l’accueille les bras ouverts. Cet homme est le plus grand magistrat du Tribunal de la ville, c’est une personne aux multiples relations et qu’il est bon de connaître, bien évidemment, Théobald l’invite à chacune de ses réceptions et il lui donne l’accolade, comme à un très vieil ami. Hugo Vilhem est persuadé d’être un mentor pour Théobald, le père qu’il n’aurait jamais eu, mais le baron méprise ses attitudes paternalistes, elles ont le don de l’exaspérer prodigieusement… Toutefois, il feint une profonde affection envers lui, et emprunte une voix émue que tous autour peuvent entendre.

« Je suis si heureux de te voir ici! Voilà une personne en qui je place toute ma confiance et en qui je voue un profond respect, je n’ai jamais eu d’ami si cher à mon cœur… »

Les journalistes prennent note alors que le vieil homme en a presque la larme à l’œil, Théobald lui donne une poignée de main chaleureuse, conscient qu’il est intéressant pour lui d’avoir un ami célèbre pour son honnêteté et sa bonne vertu. Le juge Vilhem ne peut pas lui rendre meilleure service lorsqu’il emprunte ce visage si plein d’affection. Pauvre naïf… Le journaliste sourit, lui-même ému devant l’émotion qui se joue devant lui et demande d’une voix intimidée s’il peut prendre une photo… Quelques flash désagréables plus tard, une serveuse arrive, porteuse d’une coupe emplie de sang chaud de lapin.

« A votre santé ! »

Mais Théobald y pose à peine les lèvres, quelle infamie de devoir se contenter d’un breuvage de si piètre qualité alors que sa proie l’attend là bas…Il doit pourtant trouver un moyen de s’échapper, déjà Cherry est revenue à ses cotés, espérant paraître sur l’une des photos… Une idée lui vient alors à l’esprit et il lui insuffle quelques pensées, lui inspirant une proposition qu’elle ne pourrait refuser… Ses yeux s’illuminent alors qu’elle lui sourit de toutes ses dents si blanches…

« Pourriez vous m’emmener à ma cabine, je ne me sens pas très bien… »
« Certes ma chère, je m’en ferai un plaisir! »

Il soutient la jeune femme, soi disant trop faible alors qu’elle mime avec un peu trop de zèle un malaise. En chevalier galant il la conduit vers les cabines, laissant derrière lui, le pont et sa masse d’invités. Pénétrant dans une des pièces, il plonge son regard dans celui de Cherry, en cet instant, elle ne désire rien d’autre que… s’allonger… et l’attendre… elle le sait, il va revenir, il va…
Mais le baron l’a laissé seule. Il rôde déjà dans les coursives du bateau, humant l’air pour retrouver les trace olfactive de la jolie serveuse. Pourtant, il ne sent rien… Reste une odeur de parfum agréable mais ce n’est pas le sien… Alors il avance au hasard, prêtant attention au bruit, car elle doit avoir un pas léger, différent de celui des autres… elle-même est différente…la reconnaîtra-t-il?

Quelques couloirs plus loin, Mark, un garçon de cabine, est en train de pousser une charrette métallique emplie de serviettes de bain et de draps. Il est jeune et maladroit, cela ne fait pas longtemps qu’il a été engagé et il est déjà très en retard. Aussi, il pousse le chariot en courant comme un dératé, pressé de s’avancer dans son travail, il ne regarde pas devant lui… Lorsqu’il passe le coude d’un couloir, il voit juste à temps une jeune femme en manteau de fourrure juste devant lui! Il pousse un cri horrifié et tente de dévier le chariot mais celui-ci perd l’équilibre et tout son contenu s’écrase sur la malheureuse qui se voit recouverte d’un tas de linge blanc. Le garçon l’est tout autant, vu son vêtement il doit s’agir d’une hôte de marque! Il se précipite donc sur elle, plongeant dans les vêtements pour tenter de la redresser mais il ne fait que la retenir… Car non loin d’eux un prédateur s’approche…


« Oh mademoiselle, je suis désolé, si désolé! Laissez moi vous aider! Oh aie, je vous ai marché sur la main, pardon pardon! »
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MessagePosté le: Jeu 14 Mai 2009 - 19:11    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Allongée sur l'étroit lit de sa cabine, Cherry revoit sa pose, qu'elle veut rendre à la fois nonchalante et languissante, pour le retour de Theobald. Sa robe fourreau de velour noir moule parfaitement ses formes sculpturales, elle est parfaite. Vraiment? Une dernière petite retouche maquillage et coiffure, peut-être... Elle se relève, passe à la salle de bain, s'inspecte dans le miroir. Elle est belle, elle le sait et cette vérité la ravit. Dans ce monde stupide, c'est un atout dont il faut savoir se servir, et Cherry l'a très vite compris. Sous ses dehors de gentille cruche, c'est une redoutable femme d'affaires qui sait parfaitement comment utiliser son image pour amasser des sommes d'argents faramineuses.

Mais Theobald... Mon dieu, Theobald pourrait lui apporter bien plus que cela. La gloire, une nouvelle image de marque, un prestige dont elle commence à manquer. Passer pour la jolie blonde un peu idiote, ça marche un moment, mais ça finit par lasser. Il lui faut plus. Theobald, lui, est fascinant.... Il incarne la beauté personnifiée, la noblesse, l'intelligence, le rêve aussi. Cherry a tout de suite été subjuguée par son regard d'acier, et son seul désir n'est plus que de le posséder. Sa stratégie, elle l'a déjà éprouvée à maintes reprises, elle est sûre de son succès... D'abord, s'offrir à lui. Cette nuit. Et puis, fuir, comme une mystérieuse Cendrillon. Se montrer distante, absente, énigmatique... Eventuellement, laisser affleurer une quelconque blessure secrète, qui donnerait envie de la cajoler. Remarquable n'est-ce pas?

Et avec Theobald, ce sera si facile, un plaisir, même. Elle n'aura pas à se forcer, tout en cet être l'attire. Mais le vampire ne revient pas. Elle attend, elle attend, et il devient maintenant de plus en plus évident qu'il l'a laissée en plan. C'est une gifle en pleine figure, et un affront terrible! On ne blesse pas la fierté d'une femme comme Cherry impunément, et la haine qu'elle ressent en cet instant est aussi glacée qu'une congère. Comment ose-t-il? Elle était pourtant persuadée que son charme avait déjà agit sur lui, qu'il était quasiment en son pouvoir!

Furieuse, vexée et humiliée, elle se relève et sort de sa cabine, avec la ferme intention de retourner parmi les invités et de ne plus démontrer à cet homme insolemment rétif que la plus parfaite indifférence... Du moins jusqu'à la fin de cette soirée. Plan B enclenché. Drapée dans sa dignité meurtrie, elle longe la rangée de cabines, réfléchissant déjà au jeune minet dont elle pourrait se servir de jouet pour ce soir. Mais une désagréable surprise l'attendait. Tout à coup, il était là, tapis dans l'ombre d'un recoin, comme absorbé dans la contemplation d'une scène qu'elle ne pouvait pas voir.

Silencieuse comme savent l'être les femmes habituées au scandale, elle se décala légèrement sur la droite, et une nouvelle gifle vint la frapper de plein fouet. Cette greluche! La serveuse de tout à l'heure, lamentablement affalée au sol dans une posture que toutes les règles du style et de l'élégance réprouveraient en pareilles circonstances, et un jeune garçon de chambre se répandant en excuses, le tout au milieu d'un tas de linge éparpillé. Quoi? C'est donc cela qui le fascine autant? C'est incompréhensible...




Le choc fut brutal, et ce coup là, je ne l'ai vraiment pas vu venir. Au moment où il me heurte, je sens mon coeur bondir dans ma poitrine dans un sursaut de terreur pure, persuadée que c'est lui, qu'il m'a déjà retrouvée, et que je vis là mes derniers instants. Mais qu'est ce que je raconte! Peut-il vraiment me tuer? Ici, sur son propre yacht, lors d'une soirée dont tous les journaux feront demain le compte-rendu détaillé? Alors qu'Angus et les serveuses du Cayenne sont tous au courant de l'endroit où je me trouve? Tout de même, ça ferait mauvais genre... Cette petite pensée me rassérène un peu, le temps que je retrouve mes esprits.

Je n'ai pas poussé un cri, jusqu'à ce que quelque chose m'écrase la main, et je la retire vivement en poussant une exclamation de douleur. Je suis couverte de draps, de beaux draps blancs et luxueux qui sentent bon la lessive. Ce n'est pas très logique. Et puis enfin, je l'aperçois, un grand garçon au visage poupin, qui me tend une main charitable tout en déversant sur moi une tonne d'excuses embrouillées et effrayées. Ben quoi? C'est bon, je vais pas le bouffer non plus... En tendant la main pour attraper la sienne, je réalise. Le manteau... Mais pas de temps à perdre, je me relève aussi vite que je peux et bredouille quelques mots rassurants en me débarrassant de mon encombrante pelisse, qui tombe au milieu des draps. Le bruit l'a forcément alerté, il dois déjà être proche... Il est temps que je déguerpisse.




Incompréhensible, peut-être, mais Cherry n'a aucunement l'intention de se faire voler la vedette par une ridicule serveuse et ses grands yeux de biche. Ce serait tout de même un comble! Ravalant sa fureur avec le talent d'une habituée de ces jeux, elle s'approche de son hôte d'une démarche chaloupée, un sourire radieux aux lèvres.

- Theobald, vous êtes bien cruel... Me laisser ainsi seule et souffrante dans ma cabine, voilà qui n'est pas digne d'un homme tel que vous! Mais... que regardez vous? Oh! (feignant la surprise) Je vois, quel regrettable accident... (réprimant son mépris avec difficulté) Mais allons donc l'aider, nous n'allons tout de même pas laisser cette pauvre fille ainsi!

D'un geste souple et mutin, elle lui attrape le bras et l'entraîne vers les deux jeunes gens. Il faut parfois savoir renier ses convictions... Si Theobald montre tant d'intérêt pour cette stupide serveuse, alors elle devra en montrer autant, voire plus. Elle devra minauder, et peut-être même... devenir son amie. Cette pensée lui arracherait presque une grimace, mais son avenir entier en dépend. Alors elle se précipite sur Pandore et fait mine de la soutenir, époussetant ses vêtements d'un geste à peine crispé, tout en lui parlant comme si elles se connaissaient depuis la maternelle.

- Voyons chérie, tu devrais faire attention où tu marches, ta distraction finira par te coûter une fracture! (se tournant vers le garçon de cabine) Et toi, sombre idiot, tu ne l'avais donc pas vue?! Ramasse-moi tout ces draps, tout ça va repartir directement en lingerie... (reportant son attention sur Pandore) Ça va, trésor? Excuse-moi pour tout à l'heure si je me suis montrée un peu... désagréable, mais tu sais ce que c'est, toute cette pression... Mais viens donc avec nous, je suis sûre que Theobald sera ravi de t'offrir un verre pour te remettre de tes émotions...





La fille de tout à l'heure. Qu'est ce qu'elle me veut? Ce brusque revirement ne me dit rien qui vaille, et j'ai bien raison. Lorsqu'elle prononce son nom, je ne peux retenir ce tressaillement auquel je me suis déjà presque habituée. Comment m'a-t-il retrouvée si vite? Et m'envoyer sa petite copine, c'est plutôt finement joué... Je savais bien que je devais m'attendre à des coups tordus, mais pas si tôt. Ma bouche est sèche. Je déglutis et ose un coup d'oeil derrière moi. Il est là, immobile, blanc, juste au bout du couloir, comme une apparition. Et si je me mettais à courir? Et si je me mettais à crier? Et si je me cachais derrière le garçon de cabine? Et si je m'enfouissais sous les draps pour ne plus jamais en ressortir? Absurde, bien sûr. Mon soudain désir d'invisibilité n'est qu'une hypocrisie. Lui proposer ce jeu, c'était aller à l'inverse de tous les convives au besoin avide de sa reconnaissance, mais c'était une façon de me donner une importance à ses yeux aussi, n'est-ce-pas? J'y vois clair dans mon propre mensonge, alors je ferais mieux d'éviter de me plaindre, je n'aime pas les hypocrites. J'affermis ma voix.

- C'est très gentil mais je ne peux pas, il faut que je retourne servir les invités, je suis déjà en retard...

Au pire, ils se montrent insistants, et je devrais les suivre... Mais dans tous les cas on devra retourner au milieu de la petite fête. Finalement, c'est entourée du maximum de gens que je serai le plus en sécurité...

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Theobald de Navarre
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MessagePosté le: Mar 16 Juin 2009 - 23:21    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Avançant dans les coursives du yacht, Théobald se laisse guider par les bruits qu‘il perçoit. Chacun d’entre eux est analysé rapidement et abandonné jusqu’à ce qu’un vacarme attire subitement son attention. Nul besoin de posséder l’ouïe fine d’un immortel pour l’entendre… Un léger sourire étire ses lèvres alors qu’il aperçoit enfin sa proie, se débattant avec les draps blancs tandis qu’un garçon stupide tente maladroitement de la redresser… Quel tableau amusant! Le baron ne se montre pas tout de suite, il prend plaisir à humer la peur qui se dégage de cette jeune fille, elle a visiblement tenté de travestir son parfum en s’habillant d’un manteau qui ne lui appartenait pas… Ingénieux… décidément cette inconnue est de plus en plus intéressante, elle est distrayante en tous les cas! Assez pour lui faire oublier un peu l’absence de Bianca…

Toutefois, Théobald se fige, une présence s’annonce derrière lui et bientôt, c’est la voix séduisante de Cherry qui se fait entendre. Un léger froncement de sourcils vient perturber son visage impassible alors qu’il se retourne vers elle, la mâchoire serrée. Cette fille stupide est un véritable pot de colle! Aurait-il sous-estimé son obstination? Pour lui, ce n’est qu’une blondasse sans cervelle et elle le lasse déjà. Mais voilà qu’elle l’entraîne avec elle, l’incitant à sortir de l’ombre pour aller secourir la pauvre serveuse. Théobald se laisse faire poliment, mais son silence laisse présager sa mauvaise humeur, nulle excuse n‘est offerte à celle qu‘il a volontairement délaissée.

Il hausse un sourcil en voyant Cherry se précipiter au secours de la serveuse qu’elle méprisait juste avant, et il interprète cela comme une nouvelle marque de bêtise. Toutefois, il préfère cela à une crise de jalousie inconfortable. Croisant les bras, il reste de marbre, dévisageant sa proie de son regard métallique sans mot dire. Du reste, la blonde est assez loquace pour deux, elle prend les choses en mains, elle donne ses ordres au garçon de cabine qui sursaute, terrorisé en reconnaissant son patron. Mark bondit en maugréant des excuses inintelligibles, ramassant tant bien que mal son linge, persuadé qu’il sera viré le soir même.

Pourtant Théobald ne lui adresse pas même un regard, il a à peine remarqué cet abruti de Mark… il n’a d’yeux que pour la brune… A quoi pense-t-elle? Il sonde son esprit et un sourire amusé vient se poser sur son visage lorsqu’il lit son angoisse et les envies de fuite qui la traversent. Elle qui a été témoin de sa brutalité, se doute-t-elle de l’agressivité qui tournoie dans son cœur? Elle est bien loin du compte… Toutefois elle parvient habilement à cacher ce qu’elle ressent, le ton de sa voix est calme et relativement assuré vu la situation. C’est tout à son honneur… Et voilà la pensée à laquelle elle se raccroche pour se rassurer : la sécurité de la foule au cœur de laquelle elle ne risque rien… Enfin, Théobald sort de son mutisme et il prononce quelques mots d’un ton posé avant de s’approcher du groupe, ses yeux de prédateurs dévorant déjà la jeune femme.


« Les autres serveuses prendront la relève, n’ayez crainte, mes invités ne manqueront de rien. Et vous reprendrez votre travail lorsque je le jugerai nécessaire, pour l‘instant, la réception se déroule fort bien sans vous.»

Tout en ramassant ses linges, Mark lance à l’égard de Pandore un regard de reproche, ce n’était donc pas une invitée?

« Ah ben mince alors! » Juge-t-il bon d’ajouter.

Mais le baron le foudroie du regard et Mark se précipite sur son chariot, emportant le linge et le manteau de fourrure, avant de filer dans un grincement intempestif. C’était quoi au fait ce beau manteau qu’elle portait? Ne l’aurait-elle pas volé? Mais Mark est trop trouillard pour oser le dire à Théobald, ce ne sont pas ses affaires après tout!
Le baron se trouve à présent devant la serveuse, la contemplant avec un air moqueur. Cherry l’a aidée à se relever, elle semble déterminée à se montrer sous un jour sympathique et lui sourit gentiment, comme si rien ne pouvait lui faire plus plaisir de profiter de la présence de sa nouvelle amie. Mais Théobald la nie totalement et cela, elle a beaucoup de mal à l’accepter. Elle ravale sa frustration, déterminée à n’en rien montrer. Mais le baron ne se soucie aucunement de l’état d’esprit de sa cavalière, il tend la main à Pandore afin de l’inviter à le suivre… Osera-t-elle désobéir? Il ne le croit pas et il poursuit de ce même ton serein et agréable.


«Cherry, quelle bonne idée! Bien-sûr, venez donc prendre un remontant dans ma cabine, mademoiselle, je me sens responsable de votre émoi et j‘aimerais tant me faire pardonner… au fait, rappelez moi votre prénom…»

Suite à ses paroles, Théobald use à nouveau de sa télépathie, insufflant ses pensées dans l’esprit de Pandore.

*Je respecterai les règles du jeu. Pas d’hypnose… vous avez toute liberté d’accepter ou non mon invitation. Je ne chercherai pas à vous influencer.*

Mais Cherry veut garder le contrôle de la situation et pour cela, malgré la colère qui l’étouffe, elle n’offrira pas au baron le plaisir de la lui montrer. Il invite une autre dans sa chambre? Dans Leur chambre! Elle compte bien agir en maîtresse de maison et se comporter comme si c’était elle qui invitait Pandore chez elle, histoire de marquer son territoire. Empêchant la serveuse de saisir la main du baron, elle s’empresse de poser un bras protecteur autour d’elle, l’emmenant vers la cabine d’un pas assuré.

« Oh Théobald est « responsable de ton émoi« ? Il t’a fait peur, ma pauvre chérie? Lui traduit-elle avec condescendance. Voilà pourquoi tu t’es montrée si frêle sur tes jambes… Hé oui, tout le monde n’est pas capable de supporter la présence d’un immortel sans trembler, il faut un esprit particulier pour cela… elle laisse échapper un sourire lointain, comme si elle-même était une personne étrange et unique… J’ai vu bon nombre de personnes fuir à toutes jambes en refusant de rencontrer ce que l’on nomme un vampire… »

Cherry laisse un silence mystérieux planer suite à ce mot qu‘elle prononce comme une provocation. Elle se donne un air de connaisseuse et laisse errer son sourire le plus charmeur sur ses lèvres rouges, accentuant ainsi son petit effet. Glissant un regard évocateur vers Théobald, derrière elle, elle cherche sa complicité mais elle ne rencontre que le vide. Le gouffre de son indifférence. Sans lâcher le bras de Pandore, elle l’emmène avec autorité vers la cabine, elle soignera cette petite dinde elle-même! Elle l’incite à se diriger vers le coin salon et à s’asseoir sur un fauteuil pendant qu’elle se dirige vers le mini bar caché dans la table basse.


« Que prendras-tu? Vodka, whisky, Rhum? »

Mais Théobald est apparu dans l’encadrement de la porte, aussi silencieux que l’air et sa voix grave répond à la place de la serveuse.

« Non, mademoiselle prendra un K, c‘est bon pour ce qu‘elle a. Auriez-vous l’extrême obligeance d’aller en commander un à l’accueil, Cherry. Si je m’y rend moi même, j’en ai pour une heure de mondanité… je n'aurai guère le coeur de refuser les conversations... Nous vous attendrons ici. Je vous remercie. "
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MessagePosté le: Mar 11 Aoû 2009 - 20:51    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Là, c'est officiel, je suis vraiment, complètement et définitivement dans la merde jusqu'au cou. Et pour être tout à fait honnête avec vous, je commencerais presque à paniquer. Toutes ces conneries sur le frisson de la chasse, le plaisir du jeu, tout ça, ben j'aurais mieux fait de tourner sept fois ma langue dans ma bouche, comme on dit. Ou mon cerveau dans ma tête, pour être exacte. Parce qu'à l'heure où je vous parle, j'aurais sûrement déjà fait mon petit don de sang, en public et parfaitement consentante sous son charme hypnotique. Je me sentirais sûrement un peu groggy maintenant, et je culpabiliserais pendant deux, trois jours, mais au moins tout ceci serait derrière moi et je ne devrais pas supporter cet épouvantable état de tension, de peur, et de curiosité malsaine qui m'étouffe actuellement. Voilà.




Cherry également bouillonne intérieurement. Theobald, son Theobald, qu'elle a mis toute la soirée à tenter de conquérir, une conquête qu'elle avait d'ailleurs déjà planifiée depuis des semaines: réussir à se faire inviter à la fête très select du vampire, choisir et acheter la robe Prada sobre et d'un chic fou, mais ne manquerait pas de la rendre radieuse et inoubliable aux yeux du maître des lieux, même problème pour les bijoux, et les chaussures, et la coiffure, et le maquillage à assortir avec le tout... Elle avait préparé ça avec la rigueur et la minutie de l'alchimiste de la mode qu'elle était, et tout ça pour quoi? Pour qu'il invite dans sa cabine la première petite dinde venue, serveuse de surcroît, sans aucun charme et dont le QI ne dépassait certainement pas celui d'une huître léthargique! Et il poussait l'humiliation jusqu'à l'ignorer superbement, alors que c'est elle qui devrait être seule avec lui dans sa cabine, elle qu'il devrait être en train d'effeuiller langoureusement de ses grandes mains froides, elle qu'il... Rhaaaa! C'était exaspérant, vexant, enrageant, mortifiant! Et le pire, c'est qu'elle ne peut rien dire, car tout n'est peut-être pas perdu, c'est probablement un test, ou un caprice, et si elle joue le jeu et arrive à tenir bon jusqu'à la fin, c'est sûr, il oubliera cette pintade mal dégrossie pour se rendre compte que Cherry est bien la seule qui puisse mériter son attention...



- Pandore.

Je lui lance mon nom avec une pointe de défi ridicule, comme si la simple évocation de ce prénom lourd de sens pouvait constituer une menace, le faire changer d'avis, renoncer, hop on oublie tout et on rentre chez soi... Mais me sucer le sang ne suffira certainement pas à libérer tous les maux du monde, je le sais et il le sait, et d'ailleurs c'est moi qui les ai lâchés sur l'humanité, ces putain de maux, et voilà pourquoi on se retrouve avec des vampires qui veulent vous bouffer toute crue. Je tente de respirer plus calmement, de ne pas lui laisser sentir cette boule de peur qui monte et descend dans mon thorax. C'est pas gagné, mais j'arrive tout de même à retrouver un semblant d'assurance. J'esquisse même un pauvre sourire, qui s'efface presque aussitôt alors que sa voix résonne pour la troisième fois dans mon esprit. Il me laisse le choix mais ce n'est qu'un leurre, car la grande blonde se met elle aussi de la partie en empoignant à nouveau mon bras avec un sourire un poil trop crispé pour être honnête, me lançant aux passages quelques piques. Mais oui chérie, tu es merveilleuse, tu n'as pas peur que ce type te glace d'un seul regard avant de te pomper toute ta sève. Et bien moi je ne suis pas suicidaire. Elle me tient et m'escorte, et je ne peux vraiment pas me dégager d'un coup sec pour prendre mes jambes à mon cou... Ou peut-être que si? Arrêtons de nous voiler la face, ce ne serait que repousser la fatalité. Il me veut, il m'aura, et autant en finir avec ça le plus vite possible. Vaguement résignée, je me laisse entraîner par la vénéneuse peroxydée jusqu'à l'antre du démon... Bon, ce n'est pas exactement l'idée que je me ferais du repère d'un monstre assoiffé de sang, il faut bien l'avouer. Ce n'est qu'une cabine de yacht, plus grande que celle dans laquelle j'étais à peine une heure plus tôt, lit double, moquette immaculée dans laquelle on pourrait s'enfoncer, murs taupe, gris et blanc, rideaux écrus, salle de bain en marbre blanc et gris. Moderne, sobre, classe, le summum du bon goût. La pensée me traverse que perdue pour perdue, je me ferai un plaisir de souiller de rouge cette exposition Ikea.




Cherry semble parfaitement à l'aise dans ce décor, elle se dirige ostensiblement vers le mini-bar, pour bien montrer qu'elle connaît parfaitement cette cabine, qu'elle y est déjà venue, qu'elle y est presque l'égale du propriétaire... Une manière de marquer son territoire. Elle égraine les noms d'alcools forts de sa voix suave, car elle est toujours dans la compétition, n'est-ce pas? C'est grotesque, il ne devrait même pas y avoir de compétition à ce niveau là, comparons ce qui est comparable! Sa main tremble un peu, elle songe à se servir elle aussi un verre et relève la tête vers la grue, attendant sa réponse. C'est le regard de Théobald qu'elle croise. Dieu, qu'il est beau! Il le lui faut. Elle amorce quelques pas chaloupés vers lui, ses hanches se balançant doucement au rythme de ses jambes, car il faut rester dans la séduction, toujours, et ça finira bien par marcher. Mais le vampire a décidé de la dégrader jusqu'au bout, de l'avilir comme personne ne l'a jamais fait, et elle chancelle sur ses stilettos de douze centimètres. Voilà qu'il la chasse de son terrain, qu'il la met sur la touche de la façon la plus grossière qu'il soit, en la rabaissant elle-même au rôle de serveuse, de simple bonniche, tais-toi, souris, apporte. Elle pâlit. Elle ne peut décemment plus laisser ce sourire mystérieux planer sur ses lèvres repulpées au collagène. Laissant un instant la fureur ravager son beau visage, elle se fraye un passage vers la sortie, frôlant Théobald au passage, mais sans oser aller jusqu'à le bousculer. De toute façon, ce ne serait pas très élégant.




Quoi? Il la vire? Non mais ça veut dire que je vais vraiment me retrouver totalement seule avec lui? Tout à coup, Cherry est la personne que j'ai le plus envie de voir. Elle n'est pas si blonde finalement, et puis elle a le mérite d'être humaine... Mais elle a déjà disparu dans un froufroutement de soie rageur. Et moi je suis là, au beau milieu de cette cabine grand luxe, n'osant pas relever les yeux vers la porte, contre l'encadrement de laquelle il se tient nonchalamment appuyé. Et je suis sûre que son regard est cynique et amusé, parce qu'il sait qu'il a gagné. Il doit déjà se lécher les babines, et moi je me sens comme le petit chaperon, pas encore rouge mais ça devrait pas tarder. Qu'est ce qui m'a pris de vouloir apporter un cocktail à ma mère-grand? Allez, allez, affrontons la situation dignement, dans une crispation de paupières et de dents, ce n'est sûrement qu'un mauvais moment à passer hein? Je me force à planter mes yeux dans les siens et tombe mon roi... Echec et mat, et les meilleures plaisanteries sont les plus courtes.

- Je suppose que vous avez gagné. Finissons-en...

Alors qu'une boule d'angoisse m'étreint la gorge et que mon coeur s'emballe, je repousse mes cheveux sur le côté, dégageant mon cou pour la guillotine qui m'attend...

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MessagePosté le: Lun 24 Aoû 2009 - 20:15    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant


C’est un léger rire qui s’échappe des lèvres blêmes, et il s’évade dans la pièce, aussi froid et vide d’émotion que sa source. L’homme pâle se détache doucement du chambranle où il est appuyé et son regard caresse avec nonchalance la gorge offerte, comme si tout ceci n‘était qu‘une simple boutade. Pandore se trouve face à lui, dans la luxueuse cabine, elle a dégagé ses longues mèches sombres et sa veine palpite au rythme des battements de son cœur… Provocante, elle fait preuve d’une témérité suicidaire et ce défi allume une lueur trouble dans les iris métalliques. Théobald s’avance d’une démarche posée, l’épais tapis étouffant le bruit de son avancée, et il s’arrête devant sa proie, la toisant de sa haute taille, sans mot dire. Lentement, sa main glacée se lève puis vient se poser sur le visage de la serveuse, ses yeux rencontrent les siens alors qu’il lui offre un sourire placide. Avec délicatesse, son bras enlace la taille de la jeune femme, comme pour un début de danse. A présent, le visage du baron est si proche, qu’elle peut distinguer l’absence de tout souffle alors qu‘il lui parle…


« Merci. » Prononce-t-il sobrement, un seul mot dans sa langue maternelle avant d’acquiescer . « Je pense également que la chasse touche à sa fin. »

Et à ses mots, son visage se penche vers cette nuque si généreusement offerte, il hume le parfum de peur qui se dégage de sa proie, et surtout la vie qui frissonne en elle, la couvrant de cette chaleur bienfaisante. Sa main sinue le long de la joue rose, au parfum de lavande, et il l’attire dans ses bras sans une once de brutalité. Un dernier regard se glisse dans les prunelles angoissées de sa proie, alors que ses lèvres se perdent vers sa gorge, pour se poser sur sa peau parfumée. Ce n’est pas une morsure mais un simple baiser, presque chaste, qui caresse Pandore… Autour d’eux, seul le doux clapotis des vagues qui frappent la coque se font entendre au travers d’un hublot et au loin, le son des violons qui continuent à jouer sur le pont.

Cherry vient de sortir de la cabine, elle masque difficilement la rage qui l’habite, ses poings aux ongles soigneusement manucurés se serrent et ses yeux lancent des éclairs. Elle va aller chercher ce K, pour satisfaire le caprice de Théobald et lorsque cette petite dinde l’aura ingurgité, elle devra déguerpir! Bientôt, elle se moquera avec lui des manières grossières de cette pauvre servante. A cette idée, la blonde retrouve un peu d’apaisement. Bien-sûr, il ne fera bientôt aucun doute que cette fille vulgaire n’a pas sa place dans cette cabine, et le baron et elle riront ensemble de sa maladresse de paysanne. Comment cette pauvre fille pourrait faire le poids à coté d’elle? Voyons, elle n’a vraiment pas à s’inquiéter. Rassérénée par ces pensées, Cherry s’arrête un instant auprès d’un miroir qui orne la paroi d’une coursive et son reflet achève de dissiper tout doute sur ses facultés de séduction.

D’ailleurs, le pauvre garçon de cabine qu’elle vient de rattraper par hasard, ne cache pas l’admiration qu’il lui voue. Elle se lit clairement dans son regard, et le pauvre Mark rougit légèrement lorsqu’il croise le sien. Quoi de mieux pour se défouler que ce nigaud? Cherry lui offre un sourire lumineux, satisfaite de l’effet qu’elle produit sur lui. Se sentir étoile face à ce misérable ver de terre est un bienfait dont elle profite sereinement, avant de l’accoster d’une voix mielleuse.

«Mon petit, pourriez vous aller me chercher trois coupes de K en cuisine? » Dit-elle d’une voix suave.
« Oui bien sûr! Enfin je… non je suis désolé… je dois d’abord retrouver la propriétaire de ce manteau… c’est… la serveuse de toute à l’heure qui le portait… enfin… faut que je le rende, quoi… » Dit-il en baissant les yeux, déconfit de ne pouvoir satisfaire immédiatement la demande.

Lors de son refus, Cherry affiche une mine boudeuse, au grand désespoir de Mark, encombré avec le manteau et ne sachant où le poser. Il hésite à le passer lui-même, au risque d’avoir l’air d’un drag queen perdu, pour mieux pouvoir filer en cuisine ventre à terre… Toutefois, lorsqu’il aborde le vol, les yeux de la jeune femme s’illuminent, avide qu’elle est d’en savoir plus. Ainsi, Pandore n’est qu’une voleuse? Voilà qui devrait donner l’envie à Théobald de la jeter dehors séance tenante! Elle n’aurait plus l’air aussi naïve à ses yeux et perdrait ce petit coté niais qui devait faire son charme. (La seule explication qu’on pouvait donner à cette ridicule attirance, selon elle…) S’emparant du manteau, elle offre un clin d’œil complice à Mark qui manque de s’évanouir devant tant d’attention.


« Ne vous en faites pas, je connais la personne à qui appartient cette fourrure, c’est une amie, je vais la lui rendre.... Mon Dieu, cette voleuse, l’a toute abimée! » Clame-t-elle, en mimant la désapprobation.

Mark a déjà oublié que ce manteau en hermine était en bon état. Mais si Cherry dit qu’il est abimé, c’est qu’elle doit avoir raison. Il hoche gravement la tête alors que Cherry prend plaisir à cette petite mascarade. Ce garçon est si crédule qu’il fera un parfait témoin. Elle lui confie un regard lourd de sous entendu avant de poursuivre d’une voix basse.


« J’ai posé une montre à gousset en or à coté de mon verre, tout à l’heure. Et lorsque cette fille brune est venue desservir, je suis sûre qu’elle l’a emporté en même temps! Je n’avais aucune preuve bien sûr mais puisqu’elle a également volé ce manteau, cela confirme mes soupçons! Allez donc quérir ma commande et profitez-en pour avertir la police, je vous prie, je compte sur vous pour leur exposer les faits.»

Et tandis que Mark court plus vite que le vent pour obéir à la divine créature, Cherry regagne la cabine de Théobald, le manteau sur le bras, prête à placer la voleuse face à son acte. Elle en profite pour sortir sa montre à gousset, gravée de ses initiales, pour la placer dans la poche de la fourrure. Cela sera sa parole contre la sienne et celle d’une lady aura bien sûr plus de poids… Ainsi, elle s’avance, prêtant attention aux paroles qui s’échappent de la cabine, sans se montrer…


Point de morsure sur la peau veloutée de la jeune serveuse, seul un contact glacé qui s’achève alors qu’il se redresse, retrouvant l’échange silencieux de leurs regards. Et les yeux clairs de Théobald sont exempts de toute malveillance, il n’y rôde que cette aura de séduction naturelle, dont il pourrait exacerber l’attrait. Toutefois, il n’en fait rien, pas d’hypnose a-t-il promis, et cela lui plait d’honorer sa parole, du moins en cet instant. Un sourire espiègle vient danser sur ses lèvres alors qu’il rajuste les mèches défaites de Pandore, dans un geste anodin. Enfin, il reprend parole, d’une voix amène et toujours polie.


« Je vous prie de m’excuser pour cette farce. Jamais je n’ai eu l’intention de vous mordre, toutefois, je me suis laissé prendre à votre jeu à vos dépens. Je suis navré de vous avoir effrayée mais avouez que vous l’avez un peu cherché… Vous avez une bien piètre opinion de notre peuple, croyez vous que nous ne sommes que des prédateurs sans morale, avide du sang des innocents? Certes non. Et voilà la raison pour laquelle je m’efforce de multiplier les réceptions, afin que les journalistes répandent une autre image des vampires, différente de celle du… monstre que décrivent les fables. »

Un sourire pudique vient ponctuer cette dernière affirmation, comme s’il laissait planer un passé de persécution bien difficile à se remémorer. L’objectif de Théobald n’est pas de créer un tollé en attaquant une serveuse sur son propre Yacht. Que cette dernière ait été témoin de sa brutalité était fâcheux mais il est déterminé à transformer sa vision des choses. Voilà l’enjeu, et voilà le véritable défi pour lui. Parvenir à ce qu’elle lui fasse confiance sans recourir à l’hypnose. Il serait assez amusant d’y réussir… A tel point qu’elle se propose elle-même de l’aider, qu’elle s’offre à lui, à la vue de tous, sur le pont de ce navire…

« Ne vous méprenez pas, néanmoins, ce que vous m’offrez me parait tout à fait délicieux, votre grâce ne laisserait personne indifférent, Pandore. Toutefois, je ne crois pas que vous ayez réellement envie que je vous morde… Me trompe-je? »

Et un nouveau sourire malicieux vient luire dans ses yeux, alors qu’il la relâche doucement…
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MessagePosté le: Mar 29 Sep 2009 - 17:07    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

Serpent! Oh, il s'insinue, lentement, discrètement, sournoisement et dans sa bouche sa langue bifide concocte de si beaux mensonges! Ses yeux il capturent, séduisent, hypnotisent, mais tout en lui n'est que tromperie et lent venin... Je me répète en boucle cette litanie, encore et encore et... encore...

Tétanisée, l'esprit comme un grand néant blanc, je le vois s'approcher, lentement, lentement, de son pas mesuré. Il ressemble à un chat, une patte après l'autre, doucement, silencieux, pour ne pas effrayer la proie... Pourquoi me suis-je ainsi offerte déjà, comme un paquet cadeau bien emballé? J'aurais pu... J'aurais pu encore me débattre, et hurler si fort qu'on m'entendrait jusqu'au pont supérieur... Mais ses lèvres sur mon cou... Il ne faut pas penser à ça, non, c'est aux crocs qu'il faut penser, aux crocs et au sang! Mais déjà il est sur moi et me jauge de sa stature et de ses yeux sans fond. Quoi! Mon sang de roturière n'est peut-être pas digne d'un aristocrate tel que toi? Feinte, la seconde d'après, son bras entoure ma taille, et j'ai l'impression qu'il m'engloutis toute entière. Phagocytée, digérée, dissoute, et il ne restera plus rien de moi à la fin. Je me force à ne pas fermer les yeux, pour ne pas disparaître, même lorsque ses lèvres à la fois souples et froides se déposent en caresses sur ma gorge... Il n'a pas d'odeur... C'est la seule phrase qui survit dans ma tête vide, et je m'y accroche farouchement, il n'a pas d'odeur, c'est étrange, pas d'odeur, il ne sent rien, comme s'il n'existait pas! Et pourtant il m'enserre, et rien ne semble plus réel que cela. Sa bouche sans souffle s'est déjà envolée, mais j'attends qu'elle retombe, violente cette fois, déchirer la peau, perforer ma jugulaire, aspirer un peu de ma vie... Rien ne vient perturber cette atmosphère suspendue, et soudain il me relâche, prolongeant simplement le contact en jouant avec mes mèches de cheveux. Et puis plus rien. Privée de l'oppressant cocon qu'il avait tissé autour de moi, je ne me suis jamais sentie aussi seule et vulnérable. Je me rends compte que je tremble, tendue de tout mon être dans l'expectative d'une morsure qui n'a pas eu lieu. Pourquoi? Il répond à ma question avant que je ne la formule, et je reprends peu à peu mes esprits, calme mes nerfs, apaise mes tremblements. Une farce? Il se moque de moi! J'ai l'ai vue! Dans ses yeux, l'excitation de la chasse... J'en suis sûre! Mais qu'il ne pense pas me berner... J'ai peut-être l'air d'une petite ingénue, et surtout depuis que je me suis presque pâmée dans ses bras, mais je ne suis pas aussi stupide qu'il le pense. Je relève le menton et plonge agressivement mes yeux dans les siens, provocante et parfaitement consciente du risque que je prends à laisser ainsi agir son regard.

- Vos mensonges sont exquis, mais ne songez pas à me les faire avaler. Je vous ai vu frapper cette femme tout à l'heure, et en cet instant il n'y avait pas une once de pitié dans votre regard. Je ne me permettrai pas de généraliser sur vos pairs, mais ce qui est sûr c'est que vous êtes un monstre, que cela soit dû à votre nature de vampire ou à votre nature d'homme. … Et vous avez raison bien entendu, je ne désirais pas réellement me faire mordre, seulement je tiens mes promesses, et je vous avais promis ce jeu...

Mon pompeux monologue est tout à coup interrompu par trois coups frappés à la porte de la cabine, immédiatement suivis par l'apparition d'une Cherry fière comme un paon, un manteau de fourrure pendu au bras. Elle s'approche de moi d'un pas triomphant et me le secoue sous le nez comme un trophée.

*****


- Pandore, Pandore, tu me déçois tellement! Dans ma trop grande naïveté, je t'avais déjà fait don de ma confiance et de mon amitié, et tu me poignardes ainsi! Ce manteau que tu portais tout à l'heure appartient à Lois, une collègue à moi, et j'aurais été prête à te couvrir sur cette histoire, parce que je saaais que ta situation de... serveuse n'est pas facile. Mais en voulant le rapporter, j'ai trouvé ça! Sortant un objet brillant d'une des poches de la fourrure, elle l'agite devant Pandore La montre de ma grand-mère! C'est vraiment trahir la tendresse que je te portais et je... je ne sais pas si je peux te pardonner ça. Je suis désolée...

Intérieurement, Cherry exulte, évidemment. Les quelques bribes de conversation qu'elle a réussit à capter en arrivant ne font qu'exacerber son envie dévorante de piétiner la serveuse. Theobald aurait failli la mordre, et maintenant le voilà qui badinait avec elle en toute galanterie... Cette dinde était vraiment complètement idiote, déjà de ne pas apprécier à sa juste valeur l'intimité d'une morsure, et surtout de porter de telles accusation à un homme de la trempe de Theobald. Désespérément stupide, vous dis-je. Cherry regarde avec un plaisir sans borne les yeux de la jeune fille s'arrondir, puis se froncer, et enfin sa bouche s'ouvrir pour cracher:

- Oh épargnez-moi vos conneries vous aussi! Je n'ai jamais volé cette montre, et pour ce qui est du manteau... Ce n'était qu'un emprunt. Maintenant si vous voulez bien...

Excellent, excellent! Enfonce-toi encore un peu plus, je veux te voir détruite, je veux t'écraser, et je veux que Theobald y prenne part! Réussissant avec une maîtrise saisissante à garder son air meurtri, Cherry s'efface pour laisser une Pandore furieuse se diriger vers la porte, et elle compte... Le timing devrait être parfait! Et en effet, la jeune serveuse n'a pas le temps de franchir le seuil de la porte, tout à coup bloquée par deux policiers en uniforme qui lui barrent le passage.

- Oh non, je... C'est ce jeune domestique qui a dû vous prévenir... Je lui avais dit de ne pas... Je ne voulais pas faire de scandale! Mais il était tellement outré qu'il a ignoré mes recommandations... Pandore, je suis désolée, vraiment... Je ne voulais pas que ça se finisse ainsi...

Si vous en doutiez encore, vous pouvez maintenant être convaincus des talents d'actrice de Cherry, qui sont indiscutables. Son plan fonctionne à merveille et son coeur bondit dans sa poitrine dans un élan de cruel bonheur, et les voix des deux officiers sont comme une musique à ses oreilles.

- Mademoiselle, veuillez-nous suivre sans faire d'histoires...


*****


Je me retourne vers Theobald, puis vers Cherry, et enfin vers les policiers, l'effarement laissant peu à peu place à une compréhension horrifiée. Il n'y a pas à dire, c'est superbe. Parfaitement orchestré, merveilleusement bien joué, tout est en place. Une fois de plus, je déverse toute mes pensées en un flux imaginaire concentré vers l'esprit du vampire.

*Je vous l'accorde, vous êtes très intelligent. Mais n'espérez pas que je vous accuse de quoi que ce soit pour me justifier, je n'ai aucune envie de subir votre regard condescendant!*

Et puis, le point positif, c'est que je vais me barrer d'ici. Pour un premier délit, la loi n'est pas trop dure, mais je risque fort de perdre mon job au Cayenne... Fait chier. Je songe un moment à tout nier en bloc, mais ce serait bête, personne ne me croirait. Tandis que si je reconnais les faits, je pourrais toujours faire amende honorable et jouer sur mes problèmes d'argent... J'aurais dû faire des études de droit tiens, je me sens l'âme d'une parfaite avocate. Je me dirige donc vers les flics, la tête baissée, prête à les suivre et à retrouver, enfin... la terre ferme!
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Theobald de Navarre
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MessagePosté le: Mer 7 Oct 2009 - 15:55    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore] Répondre en citant

C’est un masque d’innocence qui se pose sur le visage pâle du baron. Il écoute avec politesse le discours de la jeune serveuse, sans paraître en éprouver de colère, même infime. Il maîtrise en cet instant sa haine qui entoure en permanence son cœur noir et ce n’est qu’une lueur vaguement amusée qui scintille dans ses prunelles. Pandore avoue pour la première fois ce qu’elle a aperçu ce soir là, ce comportement violent auquel il s’est laissé aller face à l’incompétence de sa secrétaire. Et elle lui expose les conclusions qu’elle en a tirées, d’un ton délicieusement sincère, avec une franchise déconcertante. Cette bravoure candide ne manque pas de le faire sourire, d‘autant plus lorsqu‘elle évoque sa résolution à tenir sa promesse. Elle le voit comme un monstre et dans sa bouche si honnête, ce mot prend une consonnance étrange qui le trouble légèrement autant qu'elle l'amuse... *Crois-tu vraiment à ce que tu viens de dire, jeune mortelle ou essaie tu seulement de t’en persuader? Est-ce ton sens particulièrement aiguisé de l’honneur, si rare de nos jours, qui t’a poussé à respecter ton engagement, au risque de ta propre vie? Ou était-ce cette envie venant du plus profond de toi, ce désir interdit qui brûle dans tes entrailles… Tu lutte contre elle mais moi, je la ressens. Cette pulsion de mort qui t’attire irrémédiablement vers moi comme un papillon vers la lumière…* Les iris du baron ne reflètent en ce moment qu’une infinie douceur, ce n’est qu’une eau pure et cristalline, semblable à celle qui coulerait d’une source du jardin d’Eden… Ce n’est qu’un mélange de patience et de bienveillance qui accueille les dires de Pandore.

Mais Théobald n’a pas le temps de répondre au monologue de la jeune femme. Des coups sont frappés et la porte s’ouvre sur une Cherry triomphante. Théobald demeure impassible, comme un spectateur extérieur à la scène. Au-delà de son discours hypocrite et de ses paroles mielleuses, le vampire sonde les véritables pensées de la blonde. Il décèle sans peine la jouissance qu’elle croit si habilement camoufler en humiliant Pandore. Mais également cette jalousie grinçante qui ronge son cœur et qui ne la quitte pas, malgré son assurance apparente, ce désir de contempler la déchéance totale de la serveuse aux yeux du baron, si injustement calomnié. Face à cette injustice, la fureur de Pandore est bien perceptible, comment pourrait-elle se justifier alors que toutes les preuves sont contre elles? Déjà les policiers apparaissent et après une nouvelle tirade de comédienne, Cherry laisse échapper quelques larmes tandis que Pandore se dirige vers les hommes de loi d’un pas résigné.

Bien évidemment, Théobald est conscient de sa totale innocence mais Cherry l’ignore et elle est persuadée d’être parvenue à le convaincre. Le baron reste silencieux, comme choqué par une intense déception, son regard se pare d’un voile sombre ou est-ce que Cherry l‘imagine? Sa distinction le pousse toujours à masquer si pudiquement ses sentiments... La jeune héritière envoie un regard navré vers le noble, qui incline la tête d’un air compatissant avant de la rejoindre et de lui offrir son bras. Les voilà réunis au sein d’un même drame, et Pandore se voit exclue de toute proximité vis-à-vis de lui. Il ne la regarde plus que comme une étrangère, avec hauteur et méfiance, il n’essaie même pas de la retenir alors qu’elle se dirige vers les policiers. Cherry entonne silencieusement l’air de la victoire.


-« Grand Dieu, Cherry, il s’agit bien de votre montre? » murmure Théobald en se saisissant délicatement de l’objet qu’elle lui offre. Son regard effleure les lettres gravées avant de contempler Pandore avec une douce tristesse. Il entoure alors Cherry d’un bras protecteur, qui mime un léger tremblement anxieux et lui renvoie un regard éploré.

- « J’aurais tant voulu me tromper Théobald mais les faits sont là… Ais-je mal agi? » Dit-elle d’une voix faussement brisée par la culpabilité.

-"Certes non, ne vous reprochez rien. Messieurs, je vous remercie d’être venus si vite, c’est une belle preuve de professionnalisme que je salue avec grand respect. » Poursuit-il à l’intention des policiers, en s’inclinant légèrement.

Les policiers se sont rendus au yacht du Baron aussi vite que possible. La perspective de monter à bord du bateau de ce curieux aristocrate est une aubaine à ne pas manquer. Les flics regardent la télé eux aussi, et Terry et Sam n’ont jamais eu l’occasion de voir ce soi-disant vampire d’aussi près, il faut dire qu‘ils ne fréquentent pas exactement les mêmes milieux. Ils pourront raconter ça à leurs gosses quand ils rentreront chez eux et leur décrire le teint pâle et les yeux si étranges du Baron, sa manière de leur sourire avec politesse et de les saluer, comme s’ils étaient tous deux commissaires. Ils se moquent un peu de la petite serveuse qu’ils sont venus arrêter, elle a été vraiment stupide de voler un homme aussi célèbre et puissant, elle risque de perdre beaucoup plus que son boulot, après cela et ce sera bien mérité… Pourquoi éprouvent-ils tant de mépris pour cette inconnue et tant de respect pour cet homme d’allure si noble? C’est sans doute l’instinct de flic qui parle. Il faut dire que le charisme qu’il dégage est écrasant et sans même y penser, Terry a déjà sorti les menottes de sa poche et s’apprête à les passer au poignet de Pandore. Lorsqu’elle s’est avancée vers eux, Sam a enserré son bras avec force, au point qu’elle en gardera surement une trace. Ils se comportent avec elle comme avec le plus vil des criminels et offrent déjà un regard d’excuse au baron, comme s‘ils redoutaient de lui déplaire.


« Vous n’avez pas de chance d’être tombé sur une escroc de ce style, c’est bien rare qu’on nous appelle pour un vol sur un des yacht de la baie! Le coin est toujours très bien surveillé habituellement et les voleurs n’osent pas agir. Il faut croire que cette fille n’a pas beaucoup de cervelle! » Grommelle Terry en offrant un regard sévère à Pandore.

Mais Théobald ne l’écoute pas. Il perçoit en ce moment les pensées de la jeune serveuse qui s’adresse à lui, avec son éternelle insolence, cette témérité si franche qui la pousse à concentrer ses pensées exprès pour lui. Ce nouvel acte de franchise et d’assurance le surprend agréablement. Il est bien rare qu’on lui tienne tête de la sorte ce qui n’est pas pour lui déplaire et il goute encore une fois la sincérité si fraiche qu’elle dégage. Cette humaine n’est clairement pas comme les autres… Le baron prétend écouter Terry qui lui dépeint la manière dont Elliot Bay est surveillée et narre avec vantardise les exploits héroïques de la police de Seattle. Pourtant, au lieu de cela, Théobald répond à Pandore par télépathie, immisçant dans son esprit sa voix suave et légère.

*De quoi pourriez vous m’accuser ma chère Pandore, d’être un "monstre"? Et j’en serais probablement un si je vous laissais accuser d’un crime que vous n’avez pas commis… Soyez sûre que la présence des policiers, bien que discrète, est déjà connue de mes invités. Il s’agit des personnages les plus influents de la ville. Il serait bien malheureux que votre réputation ne soit entachée par ce prétendu vol… Comment espérer retrouver un emploi en ville après cela?*

Terry arrête enfin de parler et Théobald acquiesce sommairement à son discours d’un geste de la tête. Il n’a pas lâché Cherry, qui poursuit son rôle avec bonheur. A l’aide d’un mouchoir blanc, elle essuie à petites touches gracieuses le bord de ses grand yeux humides, prétendument choquée de voir la pauvre Pandore ainsi maltraitée.

« Je suis impressionné par la qualité de votre organisation, et vous semblez parfaitement à l’aise au sein de celle-ci. Je ne doute pas que le Commissaire Wyatt vous nomme rapidement inspecteur… Il est ici même en ce moment d’ailleurs." Reprit le baron, laissant croire à Terry qu’il pourrait éventuellement parler en bien de lui…

« Cependant, en ce qui concerne notre affaire, les choses vont peut-être un peu vite. Mon amie ici présente est fortement affectée de ce qu’il s’est produit et par égard pour elle, je vous demande de vous montrer conciliant avec Mademoiselle Pandore. Ôtez lui donc ces horribles menottes, elle ne s‘enfuira pas, votre zèle me parait largement démesuré. » Ajoute-t-il dans un ton plus froid.

Se tournant vers Cherry, ses yeux clairs la dévisagent avec un semblant d’inquiétude, comme s’il s’assurait qu’elle tiendrait le coup, et l’aide à s’assoir sur l’un des fauteuils qui orne sa cabine. La blonde se laisse faire, trop heureuse de redevenir l’actrice principale de la soirée. Pendant ce temps, Terry retire rapidement les menottes qu’il vient de passer à la criminelle, honteux d’avoir agi avec trop d’empressement, il ne comprend même pas lui-même son propre geste. Pourtant, il ne peut se désavouer et conserve ce regard mauvais lorsqu’il regarde la jeune fille.

« Toi t’as du bol d’être tombée sur un patron compréhensif! Alors ne fais pas la maligne et remercie le au moins! Tu pourras sortir d’ici moins honteusement grâce à lui.»

Théobald revient alors vers eux et le flic se redresse, presque au garde à vous, rentrant sa bedaine comme à l’inspection. Sam quand à lui regarde ses chaussures, incapable de soutenir le regard métallique du baron. Ce dernier reprend d’une voix sereine, caressant du regard, le visage de Pandore.

« Je suis encore choqué par ce que je viens d’apprendre, aussi, excusez moi si je vous prend encore un peu de votre temps. Cherry et moi-même ne sommes pas habitués à enfoncer les plus démunis et je crois que cette jeune serveuse n’a pas mesuré la portée de son acte. Pandore, je suis certain que Cherry ne désire pas porter plainte contre vous. Peut-être que de simples excuses suffiraient pour tout arranger, qu’en pensez vous? »

*Me trouvez vous vraiment si monstrueux?*

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:06    Sujet du message: Le plaisir de la haine [Pandore]

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