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Les Anges ont peur, ici-bas.
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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Ven 3 Aoû 2012 - 16:12    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

C’est le tango morbide du désespoir. Il nous entraîne, et nous dansons, nous tourbillonnons, nous avançons parce que nous ne pouvons pas faire autrement. Un pas, un autre, toujours en mouvement, les talons qui claquent, la cambrure qui serpente, les mains qui sinuent. Je n’hésite pas lorsque je décide finalement de le regarder en face.

Je sens son esprit enserrer le mien de ses tentacules transparents. Ils annihilent ma volonté, me plient à ses désirs. Je te regarde, et tu es mon tout. Je ferai tout pour toi, je me jetterai du haut d’une falaise, je me prostituerai, je tuerai sans vergogne. Je t’adorerai comme aucun Dieu ne l’a jamais été. Tu es mon univers de tourmente et de ténèbres. Que l’on est bien, dans l’obscurité… Tu me guides, je te suis, je te suivrai toujours, ta main dans la mienne. Tes doigts de pianiste parcourent des touches invisibles sur ma peau.

Tu as faim, tu as soif, tu me désires. C’est bien. C’est ainsi que le monde doit tourner. À l’envers. Les couloirs sombres nous avalent. Je sens des fourmillements démarrer dans toutes mes extrémités. Comme des crépitements, de petites étincelles électriques qui prennent leur élan avant de jaillir dans tout mon corps à une vitesse vertigineuse. Elles sont partout, partout, et je suis bien… Je me nourris de ces photons, à tel point que je n’ai plus besoin de voir.

C’est une lumière liquide, chaude et onctueuse qui inonde mes veines et se répand en moi. La nuit nous a dévorés, mais elle ne pourra jamais me digérer. J’exulte d’une joie sans nom, triomphante et béate. Il ne me domine pas, c’est moi qui le manipule à ma guise.

Nous sommes allés suffisamment loin, nous nous arrêtons. Était-ce le fait de sa volonté ou de la mienne ? Qu’importe, seul le résultat compte. Il saisit mon visage entre ses deux mains, et enfonce son regard dans le mien, brutalement. Sa magie opère, mais elle me semble tellement ridicule en cet instant… Bien entendu, il remarque le changement, immédiatement. Mes pupilles dilatées et cette puissance incroyable qui les anime. Cela le rend heureux, comment ne le serait-il pas ?


- Ma friandise chimique, me susurre-t-il, tu es tellement appétissante que je ne sais pas par où commencer…
Je lui souris en retour, confiante. Je maîtrise. C’est moi qui mène le jeu.
- Embrasse-moi. Tu veux sentir la saveur de ces particules cristallines sur ma langue.
- C’est vrai, acquiesce-t-il avec douceur.

Bien sûr que c’est vrai. Avec la générosité bienveillante d’une reine, je lui offre mon visage. Il saisit ma bouche avec un plaisir contenu, parce qu’il veut faire durer le plaisir. Mais très vite, ses instincts bestiaux refont surface, et il ne peut s’empêcher d’égratigner mes lèvres pour goûter au seul nectar qui ait une valeur à ses yeux.

Dans ma grande mansuétude, je ne m’en offusque pas. C’est un enfant, il n’a pas encore appris à dominer ses pulsions. Soudain, il me plaque contre le mur, brutalement. Quelle fougue ! Ses mains descendent sur mes cuisses, froissent le tissu de ma robe, agrippent ma chair. Je rejette ma tête en arrière, libérant ma gorge qui palpite sous ses yeux voraces.


- Goûte, toi aussi, à l’extase. Enivre-toi de cette poussière qui pollue mes veines…

Il ne répond pas, il grogne. Pauvre animal. Je sens son souffle froid contre ma peau. Il halète presque. Sauvagement, il lacère ma peau délicate et applique sa bouche contre la plaie qu’il vient d’ouvrir. Je grimace de douleur et de plaisir. Je suis plus forte que cette souffrance, plus forte que tout. Plus forte que la Vie. Dans un sourire mesquin, je pense à Alistair. Oh, il va être furieux.

Après tout ce temps patiemment dépensé à distiller son venin traîtreux dans mon esprit et jusque dans mon corps, me voir ainsi ravir pas un inconnu, plus jeune que lui de surcroît, est un affront qu’il ne pourra tolérer. Il adorait tellement être le maître tout puissant de mon Sort, et ce plaisir lui est maintenant dérobé à mesure que je faiblis sous les goulées profondes du vampire.

Je ferme les yeux.

Juste quelques secondes.

Mais c’est finalement sa voix, celle d’Alistair, qui me réveille. Je bats des paupières. Il est arrivé trop tôt, mais je sens dans les inflexions graves de sa voix qu’il est contrarié. Je prends un air faussement coupable. En réalité, son visage familier est presque un soulagement. Voulais-je vraiment offrir mon destin aux crocs d’un étranger, rien que pour l’ennuyer ? Ma vie valait mieux qu’une petite vengeance puérile. Le vampire sans nom s’est détaché de moi dans un feulement chargé de frustration. Qui osait le déranger pendant son festin ?

Sentant sa prise sur moi se relâcher, je me coule sous son bras avec une fluidité dont je ne me serais pas cru capable. Le Poison révèle en moi une énergie insoupçonnée. En deux bonds, je rejoins Alistair, toujours droit comme un i, et me pends à son cou avec insouciance. Je glisse dans son dos, une main sur sa nuque, juste à la racine des cheveux, l’autre contre sa taille. Malicieuse, je provoque l’autre immortel avec une mauvaise foi écœurante.


- Je te présente mon violeur et également, pardon de te l’annoncer si brutalement, celui qui dispose de ma vie ce soir… Regarde comme il est beau ! Je suis désolée, mais tu ne fais pas le poids. Alistair a déployé beaucoup plus d’efforts que toi pour s’assurer d’être le fantôme de mes cauchemars, je ne peux pas le trahir ainsi. Tu as tenté ta chance, mais tu as perdu… Je lui appartiens.

Je me déplace sur la droite pour exécuter une révérence espiègle et joyeuse, avant de revenir me cacher derrière mon rempart. J’ai envie de rire. Je suis tellement puissante… Invulnérable. Ni Alistair, ni la Mort, ni la Vie, ni la Douleur ne m’effraient plus. J’en viens même à trouver mon bourreau agréable. Comme un vieux compagnon revêche auquel on s’est finalement habitué… Sa présence, sa voix, son corps ne me dérangent plus, ne provoquent plus ce frisson de révolte qui me parcourait moins d’une heure plus tôt. Ma haine pour lui est comme une ombre familière qui virevolte dans mon cœur. Je l’ai apprivoisée. Cette substance est fantastique !

Ma dernière nuit est peut-être bien la meilleure de ma vie.

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MessagePosté le: Ven 3 Aoû 2012 - 16:12    Sujet du message: Publicité

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Alistair Haarp
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MessagePosté le: Ven 24 Aoû 2012 - 17:18    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

    Future Starts Slow.

    Le temps ne semblait plus avoir la moindre importance dans ce monde où la nuit durait éternellement. L`air chaud, sorti des vieux conduits d`aération qui n`atteignaient sûrement plus la surface, se condensait dans l`air glacé des ruelles ensevelies. Une odeur de pourriture, de bouffes avariées, de cadavres décomposés qui servaient de mets aux rats ou autres créatures qui rôdaient dans ces gorges infernales. Et quelques fous. Oui, quelques stupides audacieux qui voulaient regarder la mort en face. Comme cette fille, abandonnée à l`obscurité après que je ne l`ai tuée, victime parmi tant d`autres. D`autres comme Pandore, à qui j`avais trouvé parfait bourreau sans pour autant autoriser quiconque à toucher une mèche de ses cheveux. À faire couler une goutte de son sang.

    Mon apparition avait été soudaine - vécue comme le retour de l`oppresseur. Je sentais mon sang bouillonner dans mes veines tendues par les vibrations frénétiques qui faisaient tressaillir mon corps à la vue de cette déplaisante scène. Les poings serrés, les canines déployées - j`étais prêt à défendre ce qui m`appartenait et même à tuer s`il le fallait. Je savais pourtant que cela n`allait pas être nécessaire. En vérité, je paradais plus qu`autre chose car je m`étais douté, en laissant l`humaine aux mains du vampire, qu`il tenterait à un moment ou à un autre de la tuer. Je l`avais d`ailleurs appâté en la désignant comme « l`humaine de Théobald », faisant d`elle un trophée que nombres de vampires auraient aimé convoiter.

    Alors oui, peut-être avais-je forcé le destin (juste un peu). Mais tout ceci se devait d`arriver, puisque je lui avais fait la promesse de lui faire passer la meilleure nuit de toute sa chienne de vie. La haine dont elle avait fait preuve à mon égard me confortait dans mes idées; nul autre que moi n`avait le droit de la tuer. Elle-même l`avait compris. Impuissant, mon congénère n`avait eu d`autre choix que de la laisser s`échapper de son étreinte mortelle pour la regarder me rejoindre. Elle était une âme candide, bercée par l`illusion éphémère d`un rêve, errant dans ce labyrinthe d`ombres terrifiantes. Ses mains atteignaient ma peau, s`y glissaient dans un élan d`insouciance, comme si ma seule présence exorcisait ses peurs.

    Je ressentais toute l`excitation qui parcourait son corps et m`amusais de ses réactions peu conventionnelles. Qu`on le dise, la Pandore droguée jusqu`à la moelle était bien plus agréable et divertissante que celle qu`elle incarnait au naturel. Ses paroles n`avaient aucun sens dans leur contexte puisqu`elle aurait fait n`importe quoi pour échapper à mon influence. La manière dont elle avait de me présenter était invraisemblable; j`étais qualifié comme le bourreau que j`étais mais son comportement ne trahissait plus aucune peur. Au contraire, j`étais devenu son rempart au reste du monde, celui qui guiderait chacun de ses pas jusqu`à une mort promise. En attendant, je continuais d`observer silencieusement celui qui avait défié mes ordres, laissant l`humaine à ses démonstrations de force grotesques.

    L`autre immortel se trouvait malgré lui face à un dilemme; frustré de ne pas avoir eu le temps de s`abreuver convenablement, il ne savait plus s`il devait rester ou bien partir à la recherche d`une nouvelle proie. Mon comportement ne l`aidait pas à faire son choix puisque je paraissais déterminé à lui faire regretter sa témérité en dépit de mon manque d`action. Pourtant, je m`étais « rapidement » désintéressé. Détournant les yeux pour les poser sur le visage enchanté de la jeune humaine, mes sourcils se fronçaient, mon regard se fermait. Tenté par la fragrance enivrante de son sang, je me retournais et m`imposais devant elle, telle une armoire à glace, opaque et marmoréenne.

    Mes yeux se plongeait impunément dans la profondeur des siens et tout ce qu`il y avait autour disparaissait en un soupire. Il ne faisait ni chaud ni froid, ni jour ni nuit. Dorénavant, l`importance même reposait au sein de nos deux êtres, née d`un contact visuel devenu obsession. Mes doigts se levaient dans un mouvement lent, atteignant la mâchoire de la brune et dessinant tantôt ses lèvres ensanglantées. Alors et seulement alors, je lui souriais. C`était un sentiment presque fraternel qui naissait en moi - ou s`il n`en était pas un, un réel besoin de la protéger. Cela à mon corps défendant. La raison paraissait évidente, mais elle ne l`était pas. Prédateur aux multiples visages était-il capable de pitié?

    Ne soyez pas si naïf. Il n`hésiterait pas à la tuer. Son amour pour elle était pure et simple contrefaçon. S`il se distrayait par sa présence, l`instinct surplombait le reste ou du moins, au moment venu, il le ferait. Il finirait par se lasser, par laisser l`amertume le guider au meurtre. Décider de l`échéance, de la date inéluctable.

    Mais son heure n`était pas encore venue. Non, je n`avais aucunement l`intention de tuer la jeune Pandore pour le moment. Peut-être plus tard; dans une heure ou plus. Sa mort était imminente, le compte-à-rebours à retardement. J`étais le maître du jeu, celui qui possédait les cartes de son avenir. Je voulais la voir jouir de sa frénésie hallucinatoire - je désirais plus que tout voir la vie se refléter dans ses pupilles désenchantées. Son sort ne dépendait plus que de cet abyssal sadisme qui n`avait de cesse de me caractériser. Je vous l`assure.

    Je ne lui demandais rien, je ne l`obligeais à rien. Pas à cet instant. Mon emprise sur elle était neutre. Existante, certes, mais pas directive. Je ne la forçais pas à m`aimer, ni même à faire un effort pour m`apprécier. Je n`étais pas quelqu`un de hautement sympathique et je le savais. Ma conscience ne me poussait à rien. La sienne était de réactive malgré la drogue. Ce que je lui offrais, c`était la chance d`un répit, d`une tranquillité d`esprit qu`elle ne connaitrait jamais plus. Si elle était forte, elle pourrait essayer de lutter contre l`émeraude attractif de mes yeux, contre l`accent slave de ma voix qui à cette minute ne filtrait pas d`entre mes lèvres. Et l`électricité glaciale qui semblait sortir de mes doigts pour s`étendre sur sa peau trop blanche.

    Mais à peine s`était-on visuellement attaché l`un à l`autre que mon regard sombre s`était détourné, mon attention semblant retenue par autre chose. Cet autre chose, c`était le vampire qui s`était décidé à nous fausser compagnie pour se trouver une alternative source de sang dans la fête qui continuait de se dérouler à seulement quelques pas de là où nous nous trouvions. Laissant l`humaine sans le repère que je lui avais si tôt alloué, en un geste plus rapide et plus violent encore qu`il n`était humainement possible, ma main s`était plaquée sur le torse de son tortionnaire de remplacement, le propulsant sans grand effort de ma part contre la paroi terreuse du couloir mortel.

    − N`y songes pas.

    Un râle odieux sortait de la bouche de mon concurrent. Il n`essayait pas de se défendre; il n`en avait pas les moyens. Pourtant, ses canines encore ensanglantées me menaçaient. J`y voyais une tentative vaine pour rester en vie et cela marchait. Je n`escomptais pas le tuer. Juste lui faire regretter son acte. Alors ma main pénétrait entre ses lèvres, et j`arrachais de sang-froid les deux dents qui s`étaient permises de percer la chair qui m`appartenait. Dans l`obscurité, un hurlement sourd de douleur retentissait. Je venais de le violer dans sa grande nature, de le priver de sa seule arme de survie pour un monde hostile à sa maudite existence. Mes doigts s`enfonçant jusqu`au plus profond de sa gorge, je l`obligeais à avaler les deux pointes pour finalement le relâcher.

    Je le regardais se blottir contre le mur, les mains collées contre son visage. Et me moquais. La leçon donnée, il devait comprendre que défier un vampire plus âgé que soi était une chose qu`il ne fallait pas faire. Sous aucun prétexte. J`essuyais mes mains couvertes de sang et me retournais vers celle qui observait la scène jusqu`à présent sans un mot.

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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Dim 30 Sep 2012 - 02:04    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

Je lui rends son sourire. Un sourire chaleureux, de reconnaissance mutuelle. Te voilà. Tu es là pour moi. Tu ne m’as pas oubliée. Je soutiens son regard, tranquillement, parce qu’il n’est plus une menace. Je peux plonger dans ses iris sans crainte, chercher la trace fossile du feu qui devait jadis l’animer. Une seconde seulement, car le charme est bientôt rompu lorsqu’il se détourne. Mais ce sentiment de sérénité, de plénitude ne me quitte pas. J’ai confiance.

Je tourne la tête au ralenti, pour découvrir l’infortuné vampire méchamment écrasé contre la paroi vermoulue de la galerie. Un sourire hésitant, encore lointain, essaie d’étirer les commissures de mes lèvres. Cette démonstration de force brute, n’est-ce pas magnifique ? Fascinant, pour le moins. La victime émet une plainte gutturale qui me retourne le ventre. Pas de peur non, ni de dégoût, mais… d’excitation. Un truc malsain, vicieux, qui sort du plus profond de mes entrailles et serpente en remontant le long de ma colonne vertébrale.

J’aimerais voir Alistair le frapper. Pour voir ce que ça fait, un vampire blessé. Pour revoir cette violence crasse à l’œuvre. Mais il m’offre mieux. En le voyant enfoncer sa main dans cette bouche encore maculée de mon sang, je dois me retenir à la paroi pour ne pas défaillir. Lorsqu’il se retire d’un coup sec, que je peux entendre distinctement le craquement des chairs déchirées, aussitôt suivi du cri déchirant de la créature, je tombe à genoux. Je dévore la scène des yeux, presque haletante. Je ne veux pas en perdre une miette. Le gargouillis sanguinolent qui s’échappe des lèvres profanées. Le liquide lourd, noir, qui éclate en petites bulles sur son menton. La précision des gestes d’Alistair. Son silence. L’ultime humiliation forçant la victime à avaler ses propres armes.

Je ne connais pas grand chose aux règles qui régissent la société des vampires, mais je n’ai pas besoin de ça pour sentir que ce qui se passe ici est vil. C’est un terrible blasphème. Et cette vision me fait exulter. Le malheureux se débat faiblement, crache et tousse pour repousser son assaillant, mais il n’est pas assez fort, et s’étouffe bientôt dans un borborygme pathétique. J’en ai moi-même presque la nausée, quelque chose de puissant, à la limite d’une jouissance perverse.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Est-ce qu’elle repousseront ? Est-ce qu’il restera ainsi, à tout jamais mutilé, un infirme au milieu des siens ? À vrai dire, je m’en fous. Complètement. Pire. J’en veux encore. Mais Alistair semble estimer qu’il en a assez fait. Il s’est redressé et nettoie grossièrement ses mains en guise de conclusion, avant de daigner m’accorder son attention. Je me relève tant bien que mal, frémissante. Il doit pouvoir lire cette étrange folie dans mes yeux, inutile d’essayer de la cacher, maintenant qu’elle s’est emparée de moi.

J’avance de quelques pas dans sa direction, dans leur direction. Mon regard glisse sur le corps gémissant affaissé au sol, avant de revenir vers Alistair, brûlant d’une question que je n’ai pas besoin de formuler. Je m’approche encore, rejoins mon bien aimé tortionnaire. J’appuie une main sur son bras, le temps de me ressaisir.

Je surplombe l’autre et je sens mon regard happé par cette silhouette recroquevillée, tellement vulnérable… Est-donc cela que l’on ressent ? Cette sensation de puissance par procuration, je veux la faire mienne. Maintenant. Je resserre la prise de mes doigts sur le bras d’Alistair et me hisse jusqu’à son oreille pour exhaler dans un souffle contenu l’embrasement qui me ronge.


- S’il te plaît… Je peux ?

Je ne suis pas sûre qu’il me laissera. Ce serait sûrement monter d’un cran dans le sacrilège… Nous serions tous les deux coupables, et qu’arriverait-il si quelqu’un l’apprenait ? Mais moi, ça m’est égal. De toute façon, je ne verrai pas cette aurore… Et après moi le déluge.

Je saisis le petit sac que je porte en bandoulière et plonge ma main à l’intérieur pour y trouver ma chaînette cassée. Même si Alistair m’a bien montré la dernière fois qu’elle était inutile, j’aime la garder près de moi. Je la fais couler entre mes doigts avec une certaine volupté.

J’ai déjà fait un pas, sans même m’en rendre compte. Il gît là, à mes pieds, si proche… Ça m’en tord le ventre. Je me retourne cependant vers le maître de cérémonie, qui lui seul peut être la clé de ma délivrance.


- S’il te plaît ?

Allez… Je suis sûre que toi aussi, tu veux voir ça.

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Alistair Haarp
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MessagePosté le: Mer 26 Déc 2012 - 00:42    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

    The bad things.

    Un contact, si superficiel eut-il été. Tout, ou presque tout se voulait faciliter par l`état second dans lequel elle se trouvait. Moi, je ne m`en plaignais guère. J`accolais sa dépouille à la mienne et je me plaisais à lire la confiance dans ses yeux verts; ils étaient semblables aux miens. Cette fille, je l`avais rencontré quelques semaines après mon arrivée à Seattle et elle était la première à ne pas avoir succombée aux mains des mânes. Peut-être uniquement parce qu`elle ne le méritait pas ou pour le seul nom de Théobald de Navarre. Qu`en sais-je? J`implorais seulement le Malin pour être unique titulaire de son sort.

    Mais arrivait un moment - le moment où le contact se perdait, et pourtant... L`illusion de la confiance demeurait. Je connaissais la réalité. Je n`étais point stupide. Si à cette heure, elle me portait au plus profond de ses entrailles, ce n`était pas pour les raisons que son esprit aliéné invoquait. Cette confiance n`était qu`un subterfuge, existant uniquement pour masquer la haine qui gangrénait son corps depuis notre dernière entrevue. Inutile de croire en des sentiments apocryphes quand, je le savais, elle aurait été capable de sauter sur la plus disgracieuse des opportunités pour me faire la peau. Ce qui m`apparaissait comme légitime.

    Je n`avais pas été tendre avec elle. Ni même compatissant. On pouvait même aller jusqu`à traiter mon comportement de monstrueusement sadique; à aucun instant, elle n`avait pu reprendre son souffle. Je l`avais graciée, quelques nombreux mois auparavant, dans cet unique but. Je savais qu`elle avait vécu dans une constante paranoïa, guettant chaque ombre, chaque visage dans ces foules qu`elle traversait. Le poids de ma présence imposé par l`annonce de mon inévitable retour. J`aurais pu attendre bien plus longtemps, la laisser croire en une nouvelle sérénité. Le hasard en avait décidé autrement en me replaçant sur son chemin.

    Le regard était vide. Mon esprit, ailleurs, vagabond. Je ne comprenais ni les mots, ni les motivations extravagantes de cette pauvre Pandore. La drogue la libérait de son gouffre spirituel, de ses craintes perpétuelles. La dévergondée ne semblait pas se plaindre de sa grande illusion. Les conséquences, aux vues de ses actions, elle ne les envisageait pas à long terme. Vraisemblablement, elle pensait connaitre date et lieu de sa mort. Quelle arrogance! Sorti de ma bouche, c`était une bien triste déclaration. Mes lèvres se trouvaient écorchées au contact de ces mots; elle était bien trop précieuse pour périr maintenant.

    Les suppositions quant à son amnésie se faisaient nombreuses dans ma tête. En soi, elle ne me servait plus à rien si elle n`avait plus de lien avec Théobald. Pourtant, elle avait bel et bien perdu la mémoire et je continuais à la désirer platoniquement - pour le bon plaisir de ma curiosité maladive. Il devait bien y avoir une raison et cette raison, j`allais la trouver. Pour cela, je savais qu`elle devait me faire confiance. Du moins, assez pour me confier l`identité de ceux qui avaient trifouillé son cerveau. Je n`étais pas dupe et n`attendais pas à la voir me sauter dans les bras.

    Quelque part, j`étais heureux qu`elle ait gardé l`ombre d`un souvenir me concernant. Plutôt flatté, même. Ma déception aurait été grande si j`avais été obligé de me présenter de nouveau et de supporter ses vaines tentatives de défense. J`avais déjà mon idée quant à jusqu`où elle était prête à aller pour survivre; à mon humble avis, pas très loin. Pour preuve, elle s`était rendue à l`évidence et avait prématurément abandonné cette lutte qui l`opposait à moi. Pourtant, au fond, je n`étais pas vampire des plus dangereux - ni même des plus criminels. Ce qui me rendait redoutable, c`était ce caractère impétueusement joueur.

    Je n`étais pas tellement sûr de ce que je voulais. Malgré mes nouvelles fonctions, j`étais un sadique; je l`avais été et le serais toujours. J`étais le chat qui poursuivait sans relâche la souris sans jamais la tuer. Le prédateur repoussant toujours un peu plus les limites, les délais. Mais il pouvait arriver que la souris s`échappe - miraculeusement, certes, mais l`espoir était permis. Ce n`était pas le cas de Pandore - ou du moins, elle ne semblait pas le croire. Alors, peut-être inconsciemment rejetait-elle toute sa haine sur le dernier assaillant.

    Me demander la permission de le torturer? Quelle ironie.

    Je la regardais tripoter son « arme », adopter un nouveau comportement, convoiter le rôle de prédateur. Ce vampire avait payé de son éternelle dignité pour sa témérité. Il n`en méritait pas davantage. Alors, sans me poser plus de questions, j`attrapais le bras de l`humaine et la coupait dans son élan. Non, bien sûr, je n`avais aucunement le droit de lui interdire quoique ce soit. J`avais beau être un monstre, le sujet de sa phobie, mon objectif en restait le même. Je ne souhaitais en rien la laisser faire une chose qu`elle ne saurait que me reprocher.

    − Tu ne voudrais tout de même pas commencer à me ressembler?

    Mes doigts se saisissaient de sa main. Aucune brutalité dans mes gestes - au contraire. J`étais consciencieux, presque fraternel. Je ne lui ordonnais rien, me contentais de sous-entendre quelques conseils qu`elle n`était pas en état de juger. Ma peau au contact du bijou me faisait souffrir mais je ne laissais rien paraitre. Je l`obligeais à le serrer dans le creux de sa main, sans jamais tenter de m`en saisir. Mes yeux refusaient de quitter les siens - non pas que j`essayais de l`amadouer, de l`hypnotiser ou quelque autre pratique du genre. En réalité, j`en faisais seulement appel à sa raison.

    Je m`étais rapidement écarté pour la laisser libre de ses mouvements. Si elle voulait s`amuser à faire pigner un vampire, c`était son choix - je n`avais pas plus passionnant à lui proposer. Je me fichais de la voir s`essayer à ce genre de rituel. Son manque de pragmatisme ne m`atteignait nullement. Bien entendu, je pardonnais ses choix puisqu`ils étaient dirigés par cette drogue qui à présent coulait dans ses veines. Cela me rappelait encore une fois ce que l`être humain pouvait être faible. Alors je passais à côté d`elle et reprenais la direction de la petite soirée que nous avions quitté un peu plus tôt.

    Libre elle était de me suivre. Enfin... « libre ».

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