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Les Anges ont peur, ici-bas.
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Alistair Haarp
Vampire

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MessagePosté le: Sam 9 Juil 2011 - 00:11    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

      LES ANGES ONT PEUR,
      « Nous savons bien que la Loi est une réalité spirituelle : mais moi, je suis un homme charnel, vendu au pêché. En effet, je ne comprends pas ce que j`accomplis, car ce que je voudrais faire, ce n`est pas ce que je réalise ; mais ce que je déteste, c`est cela que je fais. Or, si je fais ce que je ne voudrais pas, je suis d`accord avec la Loi : je reconnais qu`elle est bonne. Mais en fait, ce n`est plus moi qui accomplis tout cela, c`est le pêché, lui qui habite en moi. - Je sais que le bien n`habite pas en moi, je veux dire dans l`être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c`est d`avoir envie de faire le bien, mais non pas de l`accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas. Si je fais ce que je ne voudrais pas, alors ce n`est plus moi qui accomplis cela, c`est le pêché, lui qui habite en moi. Moi qui voudrait faire le bien, je constate donc en moi cette loi : ce qui est à ma portée, c`est le mal. Au plus profond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu. »



    Regarde le soleil s`effacer derrière les buildings. Regarde ce dernier souffle d`espoir qui se répand sur la ville. Regarde, oui, regarde comme cette fourmilière, plongée dans le noir, ne semble être qu`un amoncellement de proie potentielle. Mais il ne m`en faut qu`une. Un prénom à effacer de la longue liste des êtres vivants. Alors regarde bien autour de toi et reste dans la lumière. Ne détourne jamais la tête, ne ferme jamais les yeux. Je vagabonde, ci et là, meurtrier et sanguinaire, évitant à chaque pas la lumière. Que d`ombres. Je me fiche de ces choses superflues, de ton... de ton cœur qui bat à s`en mordre les doigts. Je sombre.

    Je me souviens, maintenant.
    Cette sensation plus que désagréable qui refusait de me quitter. Ce véritable mal-être qui me perdait dans les plus sombres pensées. Mais une odeur de vieux, de papiers et de cuirs. Sous mes doigts passaient de nombreuses reliures, et je les adorais encor plus les unes que les autres. Et à cet instant-ci, je vouais ma plus grande haine à cette ville que je connaissais que trop peu pour la juger. Et même si je n`ai jamais cessé de la haïr, je dois avouer que son souvenir me rend et me rendait alors pas moins heureux que malheureux. Mais c`était de voir cet unique visage se dessiner à quelques mètres de moi qui me rappelait mes premiers jours, perdu en ces lieux étrangers. De ces premiers crimes que j`avais commis mais qui n`étaient restés que détails insignifiants.

    Mais elle n`était pourtant pas insignifiante, à mes yeux. La preuve étant que je me rappelais parfaitement de ce qu`avait été notre première rencontre et elle aurait probablement aimé que ce soit la dernière. Mais si je ne m`étais pas foulé pour la retrouver, si je n`avais jamais repensé à ce plaisir intense que j`avais ressenti à la traquer - à la torturer et cela malgré cette pseudo-promesse de retrouvailles que je lui avais faite... je me trouvais plongé dans une sorte de contemplation ; un sourire narquois dessinant mes lèvres fines, mon regard fixant ce visage que j`avais regardé de face il y avait bien trop longtemps - un visage que j`avais adoré voir se décomposer par ma faute. Pour ma part, elle n`avait rien d`extraordinaire que le fait d`avoir été l`un de mes objets de convoitise ; si rapidement possédée... et détruite.

    Quoique détruite, elle ne l`était pas. Peut-être intérieurement. Sûrement en conséquence des actes d`un autre que moi. Celui qui était aujourd`hui, à mes yeux, un homme à abattre. Puisque, forcé de l`admettre, je n`étais pas celui que j`avais été à l`époque. Je n`étais plus cette créature - quoique finalement, j`avais de nombreux points communs avec. En deux années, je m`étais laissé mourir par deux fois. Il y avait eu ce vampire aussi traqueur que joueur - abruti par l`appât du sang. Il y avait eu ce mort, presque désireux d`être vivant - cet amoureux, ce cœur régi et pourtant, bien inexistant. Et je n`étais plus rien de tout cela, même bien loin d`être aussi fort que je pouvais le croire. Je n`étais pas incapable de sentiments, mais je prenais un plaisir certain à montrer l`absence de conscience - la monstruosité de mon âme.

    Je prenais le rôle d`observateur durant une ou deux secondes. Cette position de traqueur - et la patience dont je faisais preuve. Tout mon intérêt se portait alors au rythme de cette danse morbide qui rassemblait quelconques inconnus. Des pas claquaient légèrement, dans un rythme différent et pourtant accordés au reste. Je me glissais habilement, imposant ma silhouette à cet effet de masse. Profil bas, le menton planté dans l`imposante encolure de mon caban. Je voulais n`être qu`un courant d`air au sein de ces corps à la désagréable chaleur. Être celui qui la ferait frissonner de terreur, car à l`instant même où elle tournerait la tête pour comprendre ce qui était en train de se tramer, j`aurais déjà disparu. Je me serais évaporé sans que personne ne s`en rende compte, juste le temps qu`elle se pense paranoïaque - juste le temps pour moi, de l`attirer dans le pire des guet-apens.

      ICI-BAS.
      « ...aux Enfers. »



    Maintenant que je me forçais à quelques nouveaux principes, quel était le meilleur endroit pour dissimuler ce genre de crimes ? J`en avais vaguement entendu parler par l`un de mes confrères, et mes intentions avaient été de traîner une proie dans ce qui s`avérait être de terribles labyrinthes ; le vieux Seattle - celui qui se trouvait ensevelit sous nos pieds et qui était pour sa quasi-totalité, que des tunnels inexplorés - des ruines où personne n`osait s`aventurer. Personne, hormis peut-être les plus fous, les plus fanatiques ou les plus suicidaires. J`étais persuadé de ne croiser personne, de pouvoir la laisser hurler sans devoir assister à de vaines tentatives d`héroïsme. Le jeu du chat et de la souris dans un environnement qui présupposait une seule fin. Et ce n`était pas la mienne.

    Bientôt, mes doigts frôlent tes vêtements. Ne sens-tu pas ma présence ? Je m`entends encore prononcer ces quelques mots - t`assurer que l`Adieu n`est pas encore fait et que tout cela n`est qu`aux-revoir. Je me souviens du regard que tu as eu, de ton odeur - l`odeur de ton corps nu, maculé de ton sang. Et de tout ce mal que j`ai pu te faire subir. N`ais crainte, j`ai changé. Je saurais me faire discret, et garder tout cela secret. Peut-être s`inquiétera-t-on de ta disparition mais bientôt, ton nom ne sera qu`un vague souvenir. Si cela te rassure, je le traînerais en mémoire jusqu`aux derniers jours de mon éternité. Mais ne penses pas à tout cela... profites de la vie, pour le moment. Et si tu te retournes, je disparais.

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MessagePosté le: Sam 9 Juil 2011 - 00:11    Sujet du message: Publicité

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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Sam 23 Juil 2011 - 23:40    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

Les galeries qui rampent sous la ville, comme autant de racines pourries, enfonçant leurs pieds en décomposition loin sous la terre, leurs ongles effrités grattant la roche à quelques mètres au dessous de la vie bruyante de la surface. Il y a la partie officielle, propre, aménagée, la partie des touristes et des visiteurs. Et puis il y a tout le reste. Les boyaux, les vieilles rues enterrées, oubliées.

L'Underground, comme toujours, attire. Depuis plusieurs décennies, il est devenu le repère des beuveries étudiantes, des hipsters en manque de soirées trendy, et donc des models fights. Chaque nuit, tous ces amateurs de frisson jouent à cache-cache avec la police, qui effectue de temps en temps des rondes dans la ville souterraine pour les nettoyer de leurs nouveaux parasites. Maynard, qui est fan de ce genre de trucs, a réussi à me convaincre de le suivre à la finale du grand tournoi clandestin de Model Fight de Seattle.

Le principe? Rien de moins que le plaisir d'assister à de véritables combats entre des boxeurs professionnels et... des mannequins. Il y a environ dix ans, lorsque ce genre de spectacle a commencé à devenir populaire dans le milieu underground New-Yorkais, l'attrait de la soirée résidait principalement dans le plaisir de mater les jeunes éphèbes de papier glacé se faire démonter la gueule en direct par de gros costauds. C'était une revanche mesquine sur leurs succès insolent, en somme.

Aujourd'hui, le jeu a évolué, et les minets ne sont plus aussi fragiles et inoffensifs qu'ils en ont l'air. Les paris sont donc aussi plus hasardeux, et l'excitation du jeu plus intense. En lice, ce soir, trois boxers et deux mannequins, dont le célébrissime Josh Walder, un top au visage d'ange qui a posé pour les plus grandes marques, et qui défonce des opposants de deux fois son poids en short de satin. Inutile de dire qu'il est aussi admiré que détesté. Maynard est aux anges, et je dois bien avouer que le spectacle va probablement me plaire aussi.

Etant donné la nature du public et des lutteurs, je me suis sentie obligée de sortir une robe un peu fancy, mais relativement simple, et de troquer mes éternelles Converse contre des babies en cuir noir. Champagne et gants de boxe, la grande classe. J'avoue bien sûr que je ne me sens absolument pas à ma place dans cet univers de hipsters et fashionistas pseudo-underground mais franchement conventionnels, version “j'ai lu l'intégrale de Dostoïevski mais j'adooore la 27ème saison d'America's next top model, second degré chériiie!”.

Malgré tout, je suis plutôt contente d'être là. Ça fait partie du plan “sortir de sa carapace” que j'ai ébauché depuis que je vois un psy. Je me sens toujours un peu vide, comme s'il manquait quelque chose, mais j'essaie de combler le tout avec de la lecture, du boulot et des projets. Après un combat épique que je ne détaillerai pas ici, puisque les vidéos ont déjà fait vingt fois le tour d'internet, Maynard est en transe, et nous voilà dont tous deux embarqués pour l'after, parce qu'il a réussi à choper des invit' par un pote de pote, ou quelque chose d'approchant. Le but ultime étant bien sûr d'obtenir une photo sombre et floue avec la star du jour, Josh Walder en personne.

La fête se déroule toujours dans les sous-sols, pour ne pas casser l'ambiance, mais dans une autre salle, qui nécessite un déménagement de tous les convives à travers les galeries sombres de la ville cachée... Le plus amusant étant bien entendu de se payer un petit coup de stress (tout en ayant l'air absolument serein) à l'idée d'une descente de flics. Dans la vaste pièce de briques suintantes, c'est open bar, invit' oblige. Dans un coin, je repère une fille que je connaissais vaguement au lycée. Je m'approche pour la saluer, elle me reconnaît à peine, on échange quelques banalités d'un ton peu convaincu, et on finit par se séparer, en se servant de la musique comme prétexte pour aller danser chacune de notre côté. Comment elle s'appelait, déjà? Ashley? Non. Ailee, ou quelque chose comme ça.

Dans cette salle bondée, quelque chose me frôle d'une manière inhabituelle. D'une manière qui me force à me retourner. Qui? Un profil... Une ombre. Rien. Mon imagination. Je frissonne, car mon imagination entraîne mes pensées sur un chemin inquiétant, un chemin que je ne veux pas prendre. Je fouille la fête du regard, mais ne vois rien. J'ai rêvé. Sûrement cette ambiance sombre et poisseuse qui me fait délirer.

Jusqu'à ce qu'un peu plus tard, assez longtemps après pour que j'aie presque eu le temps d'oublier, mais pas tout à fait, elle apparaît de nouveau. L'Ombre. Au coin de mon regard, là où je ne peux pas la capturer, là où je l'aperçois sans vraiment la voir. Une fois, deux fois, je sursaute, je me retourne, le cœur battant, les yeux perdus dans la foule, à sa recherche. Et elle m'échappe, encore.

La tête me tourne, je sens que je deviens parano, et ce n'est pas bon, pas bon du tout. Il faut que je sorte, que je retrouve l'air libre, la ville du dessus. Je finis d'une traite mon verre de champagne et bouscule une ou deux personnes dans ma précipitation. Claustrophobe. Je me sens piégée. Où est la sortie?! Je tourne un peu en rond, et finis par trouver un boyau étroit qui s'enfonce dans les ténèbres.

N'est-ce pas par là qu'on est arrivés? Il me semble, mais je ne suis plus sûre... Si je me souviens bien, il forme un coude à cinq cent mètres, et on retrouve ensuite une enfilade de deux pièces plus petites, puis sur la droite, un passage vers la sortie, qui débouche dans une petite ruelle de First Hill. Oui, c'est sûrement ça.

Je m'y engouffre, pressée de ne plus être asphyxiée par tous ces murs qui se resserrent autour de moi. Je ne suis absolument pas chaussée pour tituber entre les flaques d'eau et les dénivelés aléatoires de ce terrain chaotique. Quelle idée de vouloir jouer les échassiers dans des coins aussi improbables...

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Dernière édition par Pandore Liddell le Ven 28 Oct 2011 - 17:07; édité 1 fois
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Alistair Haarp
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MessagePosté le: Ven 21 Oct 2011 - 11:20    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

    Les humains, comme toutes les autres formes de vie qui frôlaient ces terres sans nom, avaient pour adoration, et cela depuis le premier maillon de l`immense chaîne de l`évolution, cette violence qui était exutoire aux réalités imposées. Antidote face à la colère, face à la tristesse, à la peur, à la jalousie... ou simple source d`excitation. Agression conjugale. Sadisme et masochisme. Domination et soumission. Rapport de supériorité. Rapport d`infériorité. Obsession maladive. Raft. Séquestration. Torture. Viol. Passage à tabac... Meurtres. Et ici, dans le cas présent, des spectateurs qui pariaient des billets sur deux chiens en cage. Non plus des hommes, mais bien des animaux.

    Retour aux origines du mal, à la notion même d`instinct. Ce besoin de marquer son territoire, de montrer à l`autre qui est le plus fort, qui mérite la gloire. L`honneur. Jouer à la vie et à la mort sans vraiment connaître les limites du vice. Se délecter de la douleur et du sang qui coule à flot sans en subir les conséquences - cela clandestinement, dans la peur de voir une meute d`agents de l`ordre débarquer pour mettre fin à ce rassemblement subreptice. Car outre la violence, il fallait que cela soit fait de la manière la plus illicite possible - sans plus aucune règle, en oubliant tout ce que la constitution américaine pouvait qualifier de dignité humaine. Avec tous les risques que cela pouvait imposer.

    C`était un luxe de jeunes bourgeois inconscients que de se permettre une telle descente dans les entrailles de ce qu`on pouvait appeler « l`anti-Seattle ». Un luxe de cette jeunesse dorée qui se pensait intouchable, presque invincible. Mais la justice n`était pas la même six pieds sous terre, et la loi de Dieu ne servait que d`arguments pour faire pression sur la menace inébranlable. Papa et maman n`étaient plus dans les parages pour veiller sur le bien-être de leurs chers petits bambins et il fallait pour ces derniers assumer le risque qu`ils venaient de prendre pour une dose d`adrénaline, pour un instant de folie qui risquait de valoir bien plus qu`une poignée de dollars si facilement balancée. Il achetait la violence pour divertissement mais ici, tout le monde sait que les jolies choses vont aux Enfers.

    Les Enfers... mais que savez-vous des Enfers? De cet endroit malsain tenu par l`Esprit du Mal, notre père à tous. De ces gorges sans fond qui vous avalent et d`où vous ne sortirez jamais plus. Ou peut-être seulement physiquement. Mais votre âme restera prisonnière de ce que vous allez découvrir en ces terres inconnues. De ce à quoi vous allez goûter. La mort dans sa dimension la plus affreuse, la plus inimaginable. - Puisque rien de cela n`est imaginable. Ni même pour le plus triste et martyr de vos êtres. La douleur physique, la douleur psychique. Comme la glace qui vous gèle mais qui ne tue. Comme le feu qui vous brûle mais qui ne consume pas. Comme votre peau qui se déchire, particule par particule. Comme vos os qui se brisent mais qui ne rompent jamais.


    Et devant cette horreur, aucun répit. Ni le droit de fermer les yeux pour essayer de passer outre, quelques secondes. Ni le droit d`ouvrir la bouche. Ou seulement pour crier. - Puis à la moindre larme insupportable qui coulerait sur son visage, je lui ferais regretter de ne pas avoir mis fin à ses jours avant que de me croiser (ou recroiser).

    Et si c`était la première fois que je me pénétrais dans l`antre du Malin, on m`avait déjà venté les mérites de ces longs souterrains. J`adorais l`endroit, et cette excitation que je pouvais ressentir - cet incontestable bien-être, comme ces lieux-dits m`étaient familiers. L`obscurité, l`humidité et ce sentiment d`insécurité omniprésent dans les esprits des mortels que je croisais quelque fois. Et elle. J`adorais. Comme un chien pouvait adorer son os. Comme un peintre pouvait adorer sa muse. Comme un mélomane pouvait adorer son instrument. Comme un meurtrier pouvait adorer son œuvre. Mon œuvre. Le traumatisme que je lui avais imposé - mais une question se posait ; se rappelait-elle de moi? De ce que je lui avais fait subir pendant des heures?

    Ces détails, ils me revenaient comme si devant mes yeux défilait un film qui m`était plaisant et j`espérais que son corps souffrirait de la même sensation au moment où elle prendrait conscience que sa soirée n`allait pas être aussi ennuyeuse qu`elle avait pu l`être jusqu`à ce moment précis - ce moment-là où un frisson avait parcouru son dos pour se loger dans le creux de ses reins. Un courant d`air contre-nature qu`elle était la seule à avoir perçu. La seule qui avait le privilège -pour cette soirée et la nuit qui allait suivre- de me ressentir, moi, corps invisible que je semblais être. Et tu tournes en rond. Et tu essayes de me saisir quand l`ombre de mes mains se posent là où elles avaient aimé se poser, il y a de cela quelques temps. Tu t`en souviens et je le sais ;

    Et tu ne veux pas le croire. Non, pour toi ce n`est que de la paranoïa. Je ne peux pas être vraiment là et tu ne prononceras mon nom qu`au moment où mes yeux se fixeront dans les tiens. Ces yeux qui te vident l`esprit, dans lesquels tu ne verras jamais rien d`autre que la perversion que je ressens à te manipuler, à te voir souffrir et cracher la haine que tu peux me ressentir ou que tu ressens d`ailleurs pour notre espèce entière. Une telle passion qui se fait, ma foi, plus violente que nulle autre. La peur bloque ta respiration, fait palpiter ton cœur comme un tambour du Bronx d`une telle harmonie, que le plus débutant des chasseurs serait attiré par une telle mélodie et deviendrait fou à l`afflux de ce sang délicieux - mais le territoire est marqué ; tu ne le sais pas, et pourtant, je te l`ai déjà dit : tu m`appartiens et rien, pas même un Théobald de Navarre ne me ferait démordre.


    On ne m`avait pas menti. Si bien que j`avais l`impression de me retrouver sur un terrain de jeux que je connaissais par cœur. Un tel sentiment de puissance - inconscience. Néanmoins, j`étais beaucoup plus mature que ce que j`avais pu être. Moins sauvage, moins impulsif mais plus de pitié. J`étais le même, en apparence seulement plus dandy, plus sérieux. Mais la rage qui m`habitait, la haine que je nourrissais contre l`espèce victime de ma subsistance et l`horreur dont j`étais capable... J`étais pire monstre encore - pourtant, un monstre qui acceptait de suivre des règles imposées par autre que lui. On pouvait me dire rangé dans le droit chemin, auprès de ces vampires au pouvoir colossal ; je nourrissais seulement l`espoir de devenir un jour, à l`aube d`une nouvelle apocalypse, l`un des leurs.

    (Adieu l`artiste. Je devais agir dans l`ombre. Me cacher de mes crimes les plus abominables sans plus les exposer comme j`avais adoré le faire. Mes chef-d`oeuvres. Et cacher ma nature au monde et m`imposer un masque qui me répugnait... particulièrement. Mais cela valait le coût, j`en étais persuadé. Ma nature tant détestée était aussi ma seule issue pour une libération tant attendue. La malédiction pouvait prendre fin. Mon cauchemar... quel cauchemar!)

    Je sentais sa panique, moi, fantôme qui ne passait pas inaperçu. Des regards s`interrogeaient, me voyant tourner en rond, comme un prédateur. Mais mon sombre visage n`inspirait que les gloussements de ces dames qui m`apercevaient avant que je ne disparaisse. Rien ne m`intéressait que sa panique. Ah, pauvre âme fragile. Petite fille sans défense. Ma méchanceté est telle - mon sadisme se veut inhumain. Mais elle me connaissait - elle avait eu un avant-goût de ce que j`étais capable de faire. Elle ne pouvait pas avoir oublié, et je me trouvais vexé qu`elle ne pense pas à moi en cet instant oppressant. Une angoisse. La respiration saccadée. La preuve de ma monstruosité y était ; j`avais été jusqu`à la laisser en vie, lui imposant un traumatisme dont j`étais le seul coupable. La sachant trop forte pour s`abandonner à la mort - ou peut-être trop faible.

    Elle avait attendu mon retour ; ou du moins, je désirais m`en persuader. Simple vanité.

    Et dans sa fuite, elle ne s`était même pas rendue compte de ma présence alors que son corps avait bousculé le mien. Que son être s`était retrouvé, pour quelques millièmes de seconde, en confrontation avec moi, un de ses plus grands maux. Et pour moi, une masse de sensation qui me revenait - percuté par des fragrances délicates qui me rendirent presque hors-de-contrôle. Mes yeux se fermaient et je sentais comme deux fines aiguilles pénétrer ma lèvre inférieure. Une animosité qui me donnait l`impression d`une infinie douleur dans mon corps de macchabée. L`adrénaline d`une sombre existence. Et si sa sortie n`avait su générer que quelques commentaires, mon apparition ne laissait aucune trace - ni en ce lieu, ni en ces mémoires défaillantes.

    Je me rendais compte que mes sentiments pour elle était, à ce jour, bien différent de ce qu`ils avaient pu être. Après deux années de maturation, je ne pouvais plus me contenter du peu dont je me satisfaisais à l`époque. Ce n`était pas de l`amour, ni même de l`attachement ou quoique ce soit d`autre. Seulement un rapport chimique - une névrose passagère - un désir sans nom. Elle était ma proie et j`étais prêt à tout pour qu`elle devienne le seul lien qui existait entre Théobald et moi-même. Elle n`était qu`un jouet, qu`un objet. Une convoitise sans nul autre intérêt que sa relation avec l`un des plus influents tueurs en ce monde. Et moi. Moi qui laissait entendre qu`il n`y avait d`autre explication à mon comportement.

    Tu sais, nous n`avons jamais pris le temps de la finir, cette danse...

    Un voile d`obscurité nous séparait. Et l`endroit devenait de plus en plus silencieux. Les mains enfoncées dans les poches de mon pantalon ; je la suivais à plus de dix mètres, ne lui laissant à aucun instant avoir l`impression d`être suivie. Du moins, jusqu`au moment où, la bouche en cœur, je me mis à siffloter. La mélodie était harmonieuse, douce... mais inquiétante. Elle reprenait exactement l`air sur lequel nous avions laissé bercer nos corps au milieu d`une foule ivre. Des images hypnotisantes. Ses mains contre ma nuque et son sang perlant lentement contre ma peau trop froide. Un jeu mortel qui avait été mis en pause après une première manche que j`avais gagné haut la main.

    Je la regardais, faiblissant à chaque pas alors que le chemin lui était difficile. Et je savais que si elle continuait dans cette direction, elle se retrouverait coincée face à une bouche d`évacuation, à l`opposé de la sortie qu`elle désespérait de voir apparaître. Et si elle m`entendait, je disparaissais dans une ruelle parallèle - marchant à l`instinct sans jamais craindre de la perdre. Je n`étais pas handicapé par la pénombre, ni par l`effroi. En position de force, je m`amusais déjà de cette course à la mort.

    À gauche, à droit. Je n`ai de cesse de m`éloigner, de me rapprocher. Je suis derrière toi, je te frôle. Je suis déjà loin.

    Si mon ombre était présente, la jeune humaine ne pouvait plus entendre que le sifflement qui tantôt s`arrêtait pour laisser place à ma voix en écho. Je citais l`un de mes auteurs favoris avec une tonalité de voix accordée à la situation : « Ô mon amie ! La prospérité du Crime est comme la foudre, dont tous les feux trompeurs n`embellissent un instant l`atmosphère... », pouvait-elle entendre avant qu`un silence ne se marque et qu`enfin... oui, qu`enfin ma silhouette maigre et longue apparaisse à quelques centimètres à peine devant elle, ne lui donnant pas le temps de m`éviter, d`éviter collision ou confrontation - alors je continuais mes belles paroles : « ...que pour précipiter dans les abîmes de la mort, la malheureuse qu`ils ont ébloui. »

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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Ven 28 Oct 2011 - 19:17    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

Le boyau forme bien un coude à quelques cinq cent mètres de la pièce que je viens de quitter, mais je ne retrouve pas les deux salles devant lesquelles on était passés à l'aller. J'ai dû confondre, je prends tout de même la première à droite, qui s'enfonce dans l'obscurité. Cent mètres plus loin, je ne vois plus rien. Je sors mon portable et m'en sers comme lampe torche pour éclairer mes pas.

Le sol est passablement humide, et un peu trop inégal à mon goût. À l'aller, c'était plus balisé, non? Mais je crois reconnaître un graffiti sur une vieille façade, alors je continue mon chemin. J'ai l'impression de marcher longtemps, mais le temps ne passe jamais de la même manière lorsque l'on va quelque part, accompagnée, et lorsque l'on en revient, seule. Les bruits de la fête se sont peu à peu estompés, et je me retrouve maintenant dans un silence seulement entrecoupé du clapotis des gouttes d'eau qui suintent du plafond par intermittence, et du piétinement des rats que j'effraie sur mon passage.

Je commencerais presque à frissonner. Et ces chaussures qui me font chier! Si j'avais pas peur de marcher sur une seringue usagée ou autre truc dégueu du même goût, je les enlèverais. Un moment, j'ai l'impression d'entendre des pas derrière moi, mais je ne sais pas si ça me rassure ou si ça me colle encore plus les jetons. Probablement un mélange des deux...

Maintenant franchement mal à l'aise, je décide d'appeler Maynard, histoire de me tranquilliser, et accessoirement de lui demander de m'aider à retrouver le chemin. Il ne répond pas. Je rappelle. Il répond au bout de quatre ou cinq sonneries, complètement bourré.


- Paaaaan! T'es oùùùù j't'ai cherchée partout, tu manques toute la fêêêête! T'aurais dû voir ça, y a une radasse qui a vomi sur les chaussures vernies de Josh en essayant de l'emballer, c'était fouuu! Et puis Josh lui a balancé son verre de champagne à la gueule, elle était trempée, du grand n'importe quoi. Tu crois qu'il est gay?
- Quel rapport?
- Ben j'sais pas, c'est un peu maniéré de lui balancer son verre, tu crois pas?
- Tu veux dire qu'un vrai mec lui aurait foutu son poing dans la gueule à cette morue?
- Haha t'es conne! Bon et donc tu te radines ou quoi?
- Ben... J'avais besoin de prendre l'air, mais je crois que je me suis perdue...
Rires au bout du fil, sifflement dans mon dos.
- Ah attends, y a quelqu'un qui arrive, je lui demande mon chemin! J'te rappelle.

Je raccroche et m'apprête à me retourner pour accueillir le convive, sûrement venu chercher un coin tranquille où pisser. Et puis je me fige. Il siffle un vieux tube, un truc qu'on entend plus qu'en fin de soirée. Une mélodie un peu nulle, mais qui me hérisse tous les poils du corps et me fait frissonner des pieds à la tête. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi. Je crois que je ne réalise pas. Ça m'évoque quelque chose, quelque chose d'extrêmement désagréable, non, quelque chose de pire que ça, mais je ne mets pas aussitôt le doigt dessus. Peut-être parce que j'avais commencé à cicatriser, mine de rien.

Toujours bloquée, attentive, je cherche, les sourcils froncés. Ça m'évoque... Ça m'évoque, un souffle contre ma peau. Une panique étouffée dans une fête d'étudiants. D'étudiants? L'université... Et aussitôt, tout ressurgit, tout est là, intact. Les sensations, la peur, la blessure. Je me retourne d'un bond, scrute les ténèbres. Personne. Je me résonne. Bon, je l'ai dit, c'est un vieux tube, presque un classique. N'importe qui peut l'avoir en tête, n'importe qui peut le siffler. Ça ne veut rien dire, strictement rien.

Le sifflement s'arrête un moment, tout replonge dans un silence moite. Je n'ose pas appeler l'inconnu, l'attirer vers moi. À cause de la mélodie. J'ai beau me répéter que ça pourrait être n'importe qui, je n'ai pas envie de vérifier. À la place, je m'enfonce inconsidérément toujours plus loin dans les galeries, avec pour seul éclairage le flash étroit de mon portable.

Rappeler Maynard? Une nouvelle fois, je ne veux pas m'y hasarder. Et si on m'entendait? Ma voix doit résonner dans ces souterrains humides... La mélodie reprend tout à coup, beaucoup plus proche. Le siffleur l'enjolive de trilles joyeuses et tressautantes qui tantôt s'éloignent, tantôt se rapprochent dangereusement. J'oblique dans un couloir sur ma gauche, sans savoir où je vais, avec la seule idée en tête de m'éloigner de cette musique obsédante. J'ai vraiment peur maintenant.

Le sifflement se brise en plein milieu d'une portée, une nouvelle fois. Je me tétanise, la respiration bloquée.

Une voix s'élève, reconnaissable entre mille.

Je suis prise d'un haut le cœur. Le silence retombe, une seconde. L'instant d'après, il surgit devant moi, tel un fantôme moribond, pour finir sa tirade. Je croise ses yeux avides. Il peut lire dans les miens toute l'horreur qu'il m'inspire, alors que j'exécute un bond désordonné en arrière, le cœur battant à en exploser. Je heurte une paroi, derrière moi. Piégée. Non. NON! Pas encore. Plus jamais. Je me suis relevée. J'ai été forte. J'ai continué à vivre. J'étais presque guérie! Alors plus jamais. Il suffit... Il suffit de ne pas lui laisser de prise. De ne pas être une victime.

Insensiblement, ma respiration se calme, mon cœur ralentit légèrement, sans pour autant reprendre un rythme normal. Je prononce un mot, un seul, d'une voix plate, atterrée, qui sonne comme une constatation.


- Alistair.

Oui, Alistair. Qui d'autre? Le seul vampire que j'aie croisé dans ma misérable vie. L'unique, le Terrible. La cause de tous mes tourments passés, et très probablement de ceux à venir. Celui qui a su attiser ma haine, rétrécir mon horizon. La raison pour laquelle j'éprouve un besoin incontrôlable de zapper lorsque leur principal représentant, le baron de mes deux, apparaît à la télévision. Et il m'a retrouvée. Pourquoi?

- Qu'est-ce que tu me veux?

Au diable le vouvoiement, après tout on a été intimes tout les deux, on a partagé tellement de choses, n'est-ce pas? Et puis, la question est rhétorique. Que pourrait-il bien me vouloir... La réponse coule d'elle-même, de cette même voix blanche, désincarnée, dépourvue de toute émotion.

- Tu viens finir le travail, c'est ça? T'as pris ton temps... Mais j'aurais dû m'y attendre, tu m'avais prévenue. J'ouvre grand les bras, à la fois docile et provocante. Ben vas-y, qu'est-ce que tu attends? Je suis toute à toi.

J'avance de quelques pas, ose même le fixer, droit dans les yeux. Je lève mon portable pour diriger sa lumière vers son visage et l'éclairer d'un halo blafard. Je l'observe un moment sans mot dire, sourcils légèrement froncés.

- T'as pris un coup de vieux.

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MessagePosté le: Mar 1 Nov 2011 - 13:27    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

    La nuit exhorte les humains au repos. Les derniers réticents se délaissent au creux d `une ivresse quelconque. Quelle ivresse!... lorsque certains s`abandonnent à la chair, aux jeux ou à l`alcool. La nouvelle lubie des plaisirs éphémères; anéantissements de la loi Divine. Se sentir transporté, envolé, déchiré, défoncé... l`endorphine secrétée dans chaque partie du corps pour une extase complète. L`excitation, l`orgasme, la douleur et pour finir tout le monde se fiche de ce qui est bien ou mal. Une croyance née de la soudaine folie, de l`accroissement terrible d`une catalepsie psychique. Une névrose dissimulée et inconsciente prend alors le contrôle du corps qui subit. Car tout le monde se fiche de ce qui est bien ou mal. Néanmoins, l`heure d`assumer arrive quand la sentence tombe.

    Cette explosion de sensation qui me revenait en pleine face alors que son cœur s`emballait et qu`à chaque battement, l`attraction se faisait plus forte, plus insoutenable encore. Sa peur qui grandissait à chaque seconde et qui m`invitait à vivre une ivresse qu`elle seule aurait le droit de partager. Et toi, de quel plaisir secret te délectes-tu? Laisse-moi deviner. N`est-ce pas le doux phantasme qui te saisit et rend ta peau moite; celui que tu n`oserais avouer, ainsi, devant moi alors que j`y trouve un intérêt grandissant. Ou aurais-je l`arrogance de croire qu`il n`y a que moi, moi qui t`obsèdes à t`en rendre malade dans l`instant présent. Moi qui ne suis que le fruit de tes insolentes manières. - Et si elle avait profité de l`opportunité qui s`était présentée à elle? Et si elle avait accepté la mort, sans broncher, aurait-elle à souffrir ainsi?

    Et en cette sombre soirée, j`allais bel et bien terminer le travail que j`avais commencé deux années auparavant. Rouvrir les vieilles blessures, lentement, pour la voir me supplier, pour la voir éprise d`une passion que nul autre n`aura jamais eu l`occasion de trouver dans son regard torturé. Elle était pour ma part plus un objet d`émoi ou de curiosité qu`une victime au sens propre du terme. Je ne laissais jamais vivre mes proies, ni même survivre. Je n`étais pas de ces vampires qui adoraient laisser des témoignages derrière leur passage, être le cauchemar ambulant d`âmes terrifiées qui finissent dans la paranoïa totale, ou dans le suicide. J`aimais tuer. Être celui qui s`offrait le luxe de choisir qui avait le droit de vivre ou nom - me hissant ainsi à un niveau quasi-divin.

    C`était pourtant différent avec elle. Et encore était-il juste de savoir que ce n`était pas seulement elle et son côté follement téméraire. Cette femme avait survécu. Tout en sachant que ce jour viendrait forcément. Et d`ailleurs même après avoir subi la pire chose qu`un homme pouvait faire subir à une femme. Elle avait survécu dans l`attente - l`attente de quoi? En aucun cas, elle n`aurait pu se remettre des blessures infligées - pas tant physiquement mais plutôt mentalement. J`étais pour elle l`inconditionnel bourreau - les stigmates aux creux de ses reins, de sa gorge... de son âme. Son âme qui niait l`évidence et refusait de paniquer à l`entente de ce sifflement pourtant si reconnaissable. Consciemment, elle se laissait désorienter par tout ce qui lui revenait en mémoire - et moi, je revivais l`instant d`un point de vue qui m`était inédit.

    Je suis la phobie que tu apprends à combattre jour après jour.

    Parce que, quand la nuit tombe et qu`ils s`enivrent, toi, tu ne peux empêcher le sort de s`acharner encore et encore. Tu n`as ni la chair, ni les jeux, ni l`alcool. Tu n`as plus que moi pour seule et dernière compagnie. Moi, mon sang, ma folie et toute l`horreur que je peux t`inspirer. Je le vois dans tes yeux avant même que tu ne comprennes que je me trouve vraiment là, à te fixer du haut de toute mon arrogance. Moi, ton affreuse chimère. Te faisant face alors que tes lèvres forment mon prénom et que la peur te quitte en apparence.


    Et c`était en la fixant ainsi que je venais à me demander comment une fille de sa sorte avait pu devenir une pièce -même mineure- de l`immense jeu d`échec dans lequel Théobald de Navarre se trouvait être le roi. Comment une humaine autant dénuée d`intérêt pouvait-elle se retrouver au milieu d`une guerre qui ne la concernait pas directement? Pandora... la première et la plus belle des femmes mais bien différente de celle qui portait son nom sans en connaître la moindre signification. Pourtant, en prenant connaissance du secret plus vraiment gardé des suceurs de sang, en se mettant en tête qu`elle aurait un rôle à jouer, sa curiosité dépassait l`entendement - les limites qu`imposait la raison. C`était cet unique point qui m`avait attiré chez elle; cette inhumaine naïveté, et stupidité dont elle avait toujours fait preuve.

    Mais un point me dérangeait. Un détail nouveau que je ne semblais pas vouloir comprendre. Elle me parlait, me provoquait, m`invitait au crime et je la laissais déblatérer, sans vraiment m`intéresser à son inchangé débit de paroles inutiles. À sa témérité. Cet amour inconscient du danger. Pauvre folle... ne comprenait-elle pas que ses tentatives étaient vaines? Oui, je venais pour écarteler un à un ses os, arracher ses organes avec mes dents et me délecter de son sang et de son corps. Mais alors qu`elle éclairait mon visage, laissant une remarque désobligeante filtrer dans ses paroles, je me fermais - fronçais à mon tour les sourcils et ne cessaient de la regarder. Elle avait quelque chose de changer et j`avais l`impression d`être manipulé, ou seulement d`avoir commis une grossière erreur.

    Quel était ce mur qui s`interposait entre elle et moi? Pourquoi un tel mensonge s`imposait à son esprit alors que la vérité ailleurs? Comment? Comment avait-elle pu oublier tout ce qui pouvait la lier à Théobald de Navarre? Comment avait-elle perdu cette fraction de sa mémoire alors qu`elle pouvait se souvenir de détails bien plus insignifiants? Je me retrouvais secrètement en contemplation devant elle, fouillant son esprit pour comprendre. Une nouvelle curiosité qui me rendait à la fois fou de rage et fou d`excitation. Je devais faire la lumière sur cette affaire et j`avais tout le temps qu`il me fallait devant moi. Alors je me saisissais de la lumière qu`elle m`envoyait en plein visage et laissais tomber le téléphone à terre, faisant s`abattre mon talon dessus.

    On ne pouvait plus rien voir à quelques centimètres à la ronde. Je répondais à son offre, m`avançant dans sa directement sans la contraindre à quelque position qu`il soit. Mes bras se plaçaient dans mon dos et mon torse froid percutait sa courageuse démarche. Ma voix s`élevait dans l`obscurité, devenant le seul repère qu`elle pouvait avoir : « une éternité s`est écoulée depuis notre dernière rencontre - et toi, tu es toujours aussi éclatante de vie, joli cœur. Moi qui pensait qu`on ferait de toi l`objet divertissant d`une troupe d`amateurs de sang. Il faut dire que je ne suis pas le seul sur le coup, n`est-ce pas. » Pourquoi ce mensonge qui te dévore? Qui manipule ton esprit, qui t`empêche de me dire la vérité? Je veux que tu me le dises, Pandore. Que tu laisses ton souffle me guider dans mes recherches.

    Mes lèvres touchent les tiennes. Ma peau touche enfin la tienne. Je t`empêche de bouger par le simple poids d`un baiser innocent. Une anonyme douleur. Un souvenir indélébile.


    – Ne t`ais-je pas manqué? Rien qu`un peu?

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MessagePosté le: Mer 2 Nov 2011 - 19:17    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

Un coup de vieux, évidemment, c'était ironique. Mais pas tout à fait. Ça mettait le doigt sur quelque chose. Un truc. Un changement. Je ne l'ai pas tout de suite réalisé, parce que la peur me dominait. Parce que j'étais trop occupée à essayer de maîtriser les battements effrénés de mon cœur, à tenter de d'imposer un rythme régulier à ma respiration, à empêcher mes jambes de se dissoudre sous moi.

Ça me bouffait une énergie folle, et ça m'avait empêché de remarquer ce qu'il y avait à voir. Son regard, probablement. Son regard sur moi, plus exactement. La dernière fois, la première fois, ses yeux me parcouraient de leur désintérêt nonchalant, comme si j'étais un bout de rien, une victime en sursis, une presque déjà morte. Il m'avait déjà oubliée avant même de me toucher. Du coup, il ne faisait pas attention à moi. Normal. Il m'avait laissée en vie, pour une raison que j'ignorais toujours, si ce n'est celle de continuer à me torturer par la simple promesse de son retour.

Là, par une sorte de défi, j'avais plongé mes yeux dans les siens. Et il me regardait. Et il y avait eu quelque chose, derrière, fugitif comme un impalpable froncement de sourcils, avant qu'il ne saisisse mon portable et ne le fracasse au sol. Je n'ai pas pu m'empêcher de sursauter. Maintenant, je suis dans le noir, le noir complet. Il est là, tout proche, je sens sa présence. Et dans les ténèbres, son regard flotte encore à la lisière de ma conscience.

Que faisait-il? Où était passée sa morne indifférence? Et qu'est-ce qui avait bien pu attiser ainsi sa curiosité? Était-ce bon ou mauvais? Au dernier moment, avant que l'obscurité ne se referme sur moi comme une serre, j'avais capté quelque chose. Maintenant, je le digère. Il y a des choses, des choses que je sais avec certitudes, des vérités inébranlables dont je ne comprends pas la provenance, car personne ne me les a jamais révélées.

En ce moment, je sais qu'il fouille mon esprit.

Il cherche, il retourne, il soulève mes pensées, déterre des souvenirs comme les pierres d'un chemin, à la recherche de je ne sais quel ver grouillant, quel insondable secret. Mais cherche donc, cherche encore, que penses-tu pouvoir trouver? Je suis un livre, un livre dont tu as toi-même noirci les plus sinistres pages, et il n'y a rien d'autre, rien d'autre que ce vide que tu as creusé à coup de griffes et de terreur.

Je lutte pour ne pas bouger dans ce magma de noirceur. Soudain, je le sens, qui vient à ma rencontre. Son corps vient se placer devant le mien, barrière infranchissable que je n'ai pas l'intention de forcer. Sa voix résonne, envoûtante, presque dans le creux de mes tympans.

Je ne comprends pas ses paroles. Pas le seul sur le coup? Il n'est... pas seul? Y aurait-il d'autres vampires, rôdant en ce moment même dans les lugubres soupirails, tout prêts à se repaître des restes qu'il voudra bien leur laisser? L'idée me fait frémir, mais je la chasse rapidement. Non. Lui, c'est un solitaire. J'en suis sûre. Il ne chasse pas en meute. Il s'approprie ses proies, il les domine et veut les posséder toutes entières, pas question de partage. Mais alors...


- Que veux-tu dire?

Il étouffe ma question d'une pression de lèvres. Je tiens bon. Je tiens bon. Les miennes restent closes. Scellées, mais souples, élastiques, elle accueillent ce baiser sans le rendre. Si proche, son odeur envahit mes narines que l'absence de lumière a rendues plus sensibles. Des effluves qui chatouillent jusqu'aux tréfonds de mon ventre et projettent des flashs en négatif dans mon esprit. Je tiens bon, encore, jusqu'à ce que le contact se rompe.

Seul indice de mon trouble intérieur, mes mains, au bout de mes bras ballant contre mes flancs, qui se crispent en deux poings téméraires. Ses derniers mots cherchent à creuser un sillon de sel dans mes plaies rouvertes.

Son jeu est grossier. Mais il ne fait que commencer... Il me teste. Je sais qu'il peut faire mieux. Pire. Il n'est pas assez naïf, assez arrogant pour penser sérieusement qu'il aurait pu me manquer. Je l'espère. Le contraire signifierait que sa folie va bien au delà de ce que j'imaginais. J'offre un mince sourire à la nuit.


- Bien sûr. Tu as hanté mes rêves.

Je vais dans son sens, alors qu'il sait très bien ce qu'il en est. Ce n'est pas un mensonge, ni même la moitié d'un. Quel besoin de préciser la nature de ces fantaisies de l'esprit? Celles dont je me réveillais en sueur, tremblante, suffocante, avec l'impression d'avoir encore ses doigts poissés de sang au fond de ma gorge. Celles dans lesquelles un rôdeur éthéré, une ombre insaisissable me pourchassait sans relâche, jusqu'à épuisement.

Celles, plus tard, après le début de cette thérapie libératrice, dans lesquelles je ripostais enfin, parfois aussi faible qu'un nourrisson, d'autres plus forte qu'un démon. Tout cela, il en a parfaitement conscience. Ce serait le faire jouir un peu plus que de lui opposer cette véhémence. À mon tour maintenant de m'exprimer sur ce qui a éveillé son attention, et par conséquent la mienne.


- Arrête de tourner autour du pot. Pose ta question, au lieu de disséquer mon cerveau. J'y répondrai.

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MessagePosté le: Dim 13 Nov 2011 - 23:45    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant



    Troublé, je l`étais. Ce n`était pas seulement à cause du véritable plaisir de la retrouver enfin, après de trop nombreux mois. Cela donnait plutôt lieu à une excitation palpable - un (quasi-)enchantement alors que la confrontation débutait de la pire façon. Qu`on se le dise, cette rencontre était bien meilleure que celle que j`avais imaginée dans de rares moments d`égarement. Tout était là. Ce nouveau « moi », libre autant physiquement que spirituellement, qui ne demandait à connaître que consécration en tuant cette victime laissée pour compte - symbole véritable portant les traces invisibles d`une monstruosité décuplée. Et cette femme qui se battait bec et ongles contre la mort certaine. Moi, j`avais tant espéré sentir une nouvelle fois cette violence ardente, cette passion déchirante qui subsistait entre nos deux entités.

    Et mon vœu s`exhaussait dès à présent de la plus parfaite manière, néanmoins, une insatisfaction naissait en moi telle une insoutenable angoisse; les affres d`un échec fortuit.

    Voilà une bien grande désillusion. L`instant galvaudé à cause de cette humaine qui (on ne sait comment) toujours trouvait le moyen de gâcher le plaisir que je prenais à rendre sa misérable vie plus capiteuse et stimulante. C`était un effort que je m`étais efforcé de faire et à présent, je me voyais récompensé par un flop intégral. Et puis, était-ce lui demander la lune, un peu de reconnaissance? Après tout, je l`avais laissée vivre, certes par intérêt, mais vivre tout de même. Avec cette force supplémentaire qu`était l`expérience d`un mal acquis. Elle devait relativiser et apprendre à tourner la page - en outre, je n`étais plus le même être. Car mis-à-part ce corps consistant, était-ce bien le même sang qui coulait dans mes veines? Était-ce bien la même révolte qui me poussait à agir..?

    Il fallait se l`avouer. Les règles du jeu avaient changé depuis la dernière fois. À l`époque, tout s`était déroulé dans un contexte autrement différent. Dans le fond, elle n`avait pas tord de penser que mon objectif premier avait été, en la laissant en vie, de lui faire connaître un calvaire que nulle-autre ne pouvait imaginer. Ce qui avait visiblement été une réussite puisqu`elle me considérait comme les stigmates au creux de ses mains. Et si une part de moi semblait se délecter de ce fait, la majorité de mon être n`y portait, aujourd`hui, qu`un intérêt trop réduit.

    Je n`étais pas pour autant indifférent à la femme qui me faisait face. Non, puisque même si elle l`ignorait à présent, elle avait entretenu un lien très fort avec celui que nous, traditionnalistes, avions pour ambition de détruire. Elle le savait, peut-être inconsciemment, mais j`allais finir par trouver le moyen de faire remonter en surface ce qu`elle savait au sujet de ce confrère ennemi. Elle était mon opportunité, mon atout. Alors je lui portais toute l`attention du monde. À elle. À son regard qui soutenait courageusement le mien et qui fouillait, fouillait comme je pouvais le faire - espérant probablement trouver réponses.

    Mais à quelles questions? Ais-je peur que tu les trouves, ces réponses? Est-il possible d`imaginer une seconde que tu puisses me percer à jour? Par le biais d`un simple regard... Car jusqu`à aujourd`hui, tu as toujours fait preuve d`une grande perspicacité, et je te reconnais au moins cette qualité. Tu sais très bien que je vagabonde dans tes pensées, que j`entre par effraction dans les fractions les plus gardées de ton être. Et toi, que me caches-tu? Quel arcane dissimules-tu dans... L`obscurité soudaine qui la confortait dans ce sentiment d`insécurité. Un sursaut incontrôlé. Les débris de son téléphone mobile qui crissaient sous mon talon. À croire que je n`avais jamais eu pour solution que la violence. (Regrettable.)

    Provocation, recherche éternelle de la vérité. Je laissais libre cours à mon instinct, n`imposant aucune limite alors que j`étais conscient que tout pouvait déraper d`une seconde à l`autre. Des dérapages comme ce baiser qui ne portait pas la moindre signification. Preuve seule de ma bêtise. Mais j`avais -de mon côté- la réponse que je cherchais; ma précédente intervention l`avait interpellée. Comment était-ce possible - quel genre d`être pouvait manier aussi parfaitement l`art de faire oublier aux hommes des épisodes entiers de leur vie? Et si elle ne se souvenait plus de sa relation avec le baron de Navarre, comment pouvait-elle se souvenir d`un être tel que moi? Je n`avais pas l`arrogance de croire pouvoir marquer les esprits de manière aussi importante que cet être infâme.

    Mal-être. Crispation. Alors c`est tout ce que je t`inspire? Tu te crispes et puis c`est bon, on oublie? (Ne va pas croire que ça atteigne mon égo). Passons. Je suis las de ces enfantillages, et allons jusqu`à dire que je suis d`accord avec toi sur le fait que ce jeu est grossier. Nous tombons dans la parfaite désuétude. Mais tu as tord quand tu penses que ce n`est que le commencement. Non, Pandore, c`est la fin. L`entracte dans le meilleur des cas, car il est grand temps de faire une trêve.

    Mon visage reprenait un air sobre et pour la première fois, je me montrais sérieux face à elle. Chose dont elle ne se doutait pas encore lorsqu`elle répondait à mes précédentes questions. Non, c`était avec un certain humour qu`elle me sous-entendait tous les bons sentiments qu`elle avait eu pour moi pendant ces deux années, tous les bons souvenirs qu`elle gardait de notre première confrontation. La douleur physique -bien qu`à l`origine purement instantanée-, providentiellement réitérée et cela nuit après nuit, cauchemar après cauchemar. Quelque chose dont j`étais secrètement fier mais sur laquelle je préférais me taire, me concentrant plutôt sur l`ironie de ses paroles, j`avais laissé un sourire noble gagner mon visage - un rire remontant dans ma gorge, presque inaudible.

    Un moment de distraction qui s`offrait à moi et pourtant, resté aux aguets, entre deux paroles, ses pensées avaient été trop loin. Un « tilt » dans ma tête et la sensation d`avoir emporté le jackpot. Je faisais le lien entre tous les éléments qu`elle m`avait offerts; ce trou béant dans sa mémoire consciente, cette thérapie dont je venais de découvrir l`existence, etcetera. Tout cela me menait à croire qu`un être l`aidait à se mentir à elle-même - à oublier la relation entretenue avec l`un des êtres les plus influents du monde moderne. Et elle, dans son innocente naïveté, ne se rendait compte de rien. Je criais à la manipulation mentale, à l`influence sectaire. Non, que dis-je? - l`influence djinnesque.

    Je n`arrivais pas à y croire. Ou plutôt, je ne voulais pas. Il était évident que je m`étais fait doubler par l`un de ces êtres répugnants - autrement, comment expliquer cette perte de mémoire? Avait-elle subi des électrochocs ou autres tortures dont les humains avaient le secret? Peu probable. Oh non, Seigneur, faites-moi grâce... Le trouble s`installait un peu plus et finalement, je me rendais compte de la chance que j`avais. Si djinn il y avait, elle prenait en valeur et gagnait aussi en intérêt. Alors finalement, peut-être allait-elle survivre. Sa vie reposait entre mes mains et il ne tenait qu`à moi de l`écraser comme un insecte ou de l`adorer comme la clé d`un trésor inestimable.

    Je mettais un terme à cette logorrhée intérieure pour me concentrer un tant soit peu sur ce qu`elle m`avait demandé de faire pour elle et je ne m`étais pas fait plus attendre pour répondre : « Excuse-moi, je sais combien c`est désagréable de savoir nos pensées connues... c`est une mauvaise habitude que j`ai prise avec le temps. » Autant dire que j`utilisais les armes que la nature m`avait fournies et elle le savait, donc inutile de démentir. Mais mieux encore, mes dits s`étaient faits sincères (ça aussi elle le savait) et c`était sûrement la première fois que ma voix prenait cette tonalité en sa présence. Imposant un silence, je sortais de la poche internes de ma veste une cigarette que je coinçais directement entre mes lèvres, craquant une allumette qui pendant un instant éclaira nos deux visages.

    Quelques secondes. Seule une légère fumée subsistait dans l`obscurité recouvrée. Alors je reculais d`un pas, lui laissant un champ d`action plus important, me montrant aussi moins oppressant. Les mots qui allaient suivre me poussaient à une rapide réflexion; il n`était pas question de jouer mon joker directement, j`allais la laisser mariner dans son ignorance (qui, entre nous, était finalement bénéfique à son état mental). Alors on vit un cercle rougeoyant apparaitre dans la nuit et le temps d`une expiration, je prenais un ton plus léger : « Je me demandais ce que tu choisirais entre un précipice et moi. Mais en fait, je crois que je connais déjà la réponse. »

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MessagePosté le: Mer 16 Nov 2011 - 01:51    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

Mais à quoi joue-t-il, à la fin? J'en ai déjà assez. La première fois, il m'avait baladée comme ça pendant un bon bout de temps, oscillant entre menaces explicites et fausse séduction. Compte-t-il recommencer le même manège aujourd'hui? Cette nuit, je ne vais pas m'enfuir. C'est une résolution que j'ai prise en me relevant lentement, et qui s'est raffermie lorsqu'il m'est apparu, il y a seulement quelques instants. je me la répète comme un mantra.

Je ne serais pas une victime.

Pas comme la dernière fois. Il me regarde, soudain sérieux, toujours préoccupé de quelque chose qui m'échappe encore. Voilà, il me regarde, je le regarde, on se regarde en chiens de faïence pendant un temps indéterminé qui pourrait durer des heures, comme quelques secondes. Finalement, il lâche quelques excuses comme une poignée de petits cailloux blancs, d'un ton neutre que je ne lui connais pas.

Un silence. Quoi? C'est tout? Je hausse un sourcil perplexe. Pas de suite? Pas de sarcasme, pas de menaces voilées, pas de réponse laconique? Des excuses, et puis voilà? Je n'aurai pas ma réponse, ça je m'y attendais, mais je pensais qui allait... Je ne sais pas. Flegmatique, il s'allume une clope. L'espace de quelques secondes, la flamme de son briquet fait danser une lueur chaude dans ses yeux. Je choisis de continuer sur le même ton, pour voir où ça va nous mener.


- Je t'en prie... Faute avouée, à moitié pardonnée.

Ce n'est pas de la simple curiosité. Pour l'instant, rien dans son attitude n'a réellement fait preuve d'hostilité. Un peu d'intimidation, un baiser rapidement volé... Et rien de plus. Oh, je ne me fais pas d'illusions. S'il est ici ce soir, ce n'est certainement pas pour « faire la paix ». Mais tant qu'il ne m'agresse pas ouvertement, il est hors de question que je rentre dans un quelconque jeu de provocation.

Et puis, par la même occasion, j'en profite pour commencer à tâter mes limites, délicatement. Mon esprit palpe prudemment les contours de mes plaies, évalue leur état de cicatrisation, leur résistance, et ce qu'il faudrait pour les rouvrir complètement. Pour l'instant, je m'en sors plutôt bien. J'ai réussi sans trop de problème à supporter sa voix, puis sa présence, et même son contact, jusque sur mes lèvres. Je ne me suis pas encore roulée en boule, j'arrive à conserver une attitude ouverte, une insouciance savamment cultivée.

Je me force à essayer de le considérer... Non, je n'irai pas jusque là, mais de réagir comme je le ferais en présence d'une personne normale, et pas d'un monstre sanguinaire. Je me doute qu'il ne faudrait pas pousser beaucoup sur mes résistances pour que l'on doive à nouveau me ramasser à la petite cuillère, mais j'ai la ferme intention de repousser mes limites aussi loin que je le pourrai. Pour ne pas être à nouveau ce pathétique martyr...

La mort en soi n'est rien. Elle ne m'a jamais fait peur, même si je ne l'attends pas avec impatience. La mort, c'est juste l'aboutissement funeste, l'embêtant c'est tout ce qui vient avant. J'essaie donc de percer l'obscurité pour déceler les intentions de mon interlocuteur, entreprise qui se serait probablement soldée par un échec même en pleine lumière.

La forteresse dressée de son corps tout près du mien se déplace finalement dans une exhalaison de fumée. Je respire un peu mieux. Il reprend finalement d'une voix... douce? Désinvolte, en tout cas, en éludant ma précédente question pour une autre. Dans un froncement de sourcils, je penche la tête légèrement de côté, attentive. Ah, la voilà. La menace voilée. Elle s'est faite attendre, non? Et elle n'est pas si terrible.

J'hésite quelques secondes, puis esquisse un pas presque léger dans sa direction, réduisant la distance qu'il m'avait gracieusement accordée. Mon intrusion dans son espace n'est pas une agression, bien au contraire. C'est une interaction.

Je me hisse sur la pointe des pieds afin de grignoter quelques centimètres sur notre différence de taille, et de me rapprocher témérairement de son oreille, au creux de laquelle je lui livre finalement mes sentiments d'une voix dénuée de toute hostilité.


- Vraiment? Et que crois-tu savoir? C'est pas parce que tu m'as baisée que tu détiens les clés de mon âme. Enfin... Tu veux quand même que je te dise ce que je choisis? Toi. Sans hésiter. Et tu veux savoir pourquoi? Parce que s'il me reste ne serait-ce qu'une microscopique chance de survie, je suis prête à tenter le coup. Après tout, tu ne m'as pas tuée, la dernière fois... Le précipice, c'est définitif, c'est la facilité. Tandis qu'avec toi... Qui sait? La galerie pourrait tout à coup s'écrouler sur toi, et me laisser l'opportunité de m'échapper, ou bien... Je me repose sur mes talons, perdant de la hauteur pour compenser d'un regard franc dirigé vers les contours sombres ébauchés par le rougeoiement de sa cigarette. Ma joue frôle la sienne dans le mouvement. Dans un élan de gentillesse, ou de pitié, appelle ça comme tu voudras, tu pourrais décider que ma mort n'en vaut pas la peine, après tout... On n'est jamais à l'abri d'un miracle.

N'allez pas imaginer que j'essaie de l'amadouer. Ni que j'aie l'espoir qu'il connaisse seulement le sens du mot pitié. On est au delà de ça. Et il sait que je suis sincère, que je préfère me jeter sous ses crocs que du haut d'une falaise, parce que quelque part, tout au fond, il subsiste toujours une chance qu'il dérape. J'achève d'une voix posée, teintée d'un intérêt véritable, sans reculer d'un pouce.

- C'est ce que tu voulais entendre? Ou es-tu déçu de ne pas m'avoir inspiré assez de crainte? Ce n'est plus qu'un murmure... Dis-moi... Veux-tu que je hurle? Que je te supplies? Que je t'adule?



- Que je me taise?

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MessagePosté le: Mer 22 Fév 2012 - 17:16    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant



    J`aurais très certainement aimé savoir où tout cela allait nous mener. Et si le jeu allait reprendre de plus belle. S`il en valait seulement la chandelle. Oh, je ne pouvais m`en prendre qu`à moi-même, car j`étais bien à l`origine de cette traque infinie. Ce que je cherchais réellement? Difficile à savoir. Je n`étais plus celui à qui elle avait eu à faire lors de notre première et mémorable rencontre. Moins pervers, mais plus fin stratège. Allais-je jouer avec elle aussi longtemps, et la laisser partir de nouveau? Ou pour une fois, arrêter de tourner autour du pot - aller directement à l`essentiel et lui imposer une vérité que visiblement, elle avait décrétée fausse. Quelle valeur ma parole aurait-elle à ses yeux? Probablement aucune.

    Mais tenais-je vraiment à la voir m`adorer comme n`importe quelle autre femme (sensée) pouvait le faire? Perdre mon temps à tirer sur les fils invisibles de ce pantin désarticulé qu`elle faisait pour finalement tendre à un seul et même but; servir mon orgueil et mes intérêts? Je n`étais pas aussi primaire. Non, brûlais en moi ce désir de creuser toujours plus en profondeur dans sa chair - de tout mettre sans dessus dessous pour découvrir jusqu`aux plus sombres recoins de sa personnalité même si rien de tout cela ne me préoccupait. Rien, sauf peut-être ce qui se trouvait enfouie dans son subconscient.

    Rien ne m`obligeait -mis à part ma triste nature- à la torturer de la sorte. J`aurais très bien pu la laisser en paix, cependant quelque chose me forçait à rester sur ma position de prédateur. Peut-être était-ce cette étrange équation à laquelle j`avais à faire: le dit-plus puissant vampire au monde, une humaine comme les autres, un djinn (ou quelque chose du genre). Il était évident le rapport qu`il existait entre ces trois entités en présence, mais pour ma part, je ne savais pas trop où me placer. Et elle, comment pouvait-on porter autant d`intérêt à une femme qui n`en méritait pas tant? Elle était loin d`être le plus belle, loin d`être la plus intelligente, loin d`être la plus distinguée, loin d`être la plus charismatique… non, c`était une gamine comme les autres.

    À un détail près, bien entendu. Je lui avais laissé la vie sauve.

    Malgré moi, si j`avais essayé de la détendre, je devais avouer que c`était peine perdue. Mais elle s`était dangereusement approchée de moi pour répondre à mon interrogation. Alors, je sentais son souffle battre contre ma peau, puis sa voix se loger dans mon oreille. Je comprenais qu`elle n`avait plus rien à perdre et que pour cela, elle était prête à tenter le tout pour le tout. Au fond de moi, j`appréciais sa démarche. Sa réponse que j`entendais comme passionnée. Je n`entendais pas la moindre hésitation dans ses mots, ni plus aucune crainte - ni plus aucune peur. Et alors qu`elle délirait, je l`écoutais sans perdre une miette de ses paroles, comme un enfant écouterait un conte de fée.

    Ton corps chaud se laisse confronter à mes mains froides. Je les glisse dans ton dos - je frôle la galbe de tes hanches. Ta voix meurt dans la triste obscurité. Puis le silence.

    − Je salue ta témérité.

    Je lui souriais. Oui, et c`était même avec une sincérité dorénavant récurrente que je lui souriais. C`était probablement ce qui différait le plus de notre rencontre. Nous n`avions de cesse de dire les choses comme elles étaient. Tout cela n`allait pas, c`était totalement contre nature. Où étaient passé tous les sous-entendu, les apparences, les subterfuges? Certes, j`avais changé et elle aussi, mais j`étais toujours un vampire et elle était un corps débordant de sang se promenant dans des couloirs sombres, là où personne ne viendrait lui porter secours. Mais visiblement, cela ne me suffisait plus.

    Alors, mes lèvres se posaient dans son cou et je laissais pour quelques secondes seulement son odeur m`inspirer les pires pensums. Puis je l`approchais un peu plus de moi pour lui démontrer par x ou y que j`escomptais bien jouer un petit moment encore. Parce que nous n`avions jamais pris le temps de finir ce que nous avions entrepris ensemble et que je restais sur ma faim. Je voulais aller jusqu`au bout avec elle, finir cette danse - oui, j`y tenais. D`une main, j`attrapais ses doigts et les menais à mon épaule, prenant à mon tour la parole.

    − Je me demande soudainement quelle bonté m`est passé par la tête, il y a un an. Mais comment dit-on déjà..? On apprend de nos erreurs? Fais ce que tu veux tant que tu en as l`occasion. La mort est, dit-on, imprévisible. Peut-être que tu te rendras compte que c`est ta vie qui n`en vaut pas la peine, Pandore. On n`est jamais à l`abri d`un miracle, n`est-ce pas? Mais oublions, Amour..! Allons boire jusqu`à l`ivresse, faisons l`amour ! Je te ferais immortelle et on vivra ensemble pour l`éternité. N`est-ce pas ce dont tu rêves, toutes les nuits?

    J`aurais probablement aimé savoir où tout cela allait nous mener. Et je craignais que...

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MessagePosté le: Mer 29 Fév 2012 - 02:13    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

Jouer le jeu jouer le jeu jouer le jeu jouer le jeu jouer le jeu. Jusqu'au bout. Sans un frisson, sans un sursaut, sans un regard en arrière. J'ai franchi la ligne, je suis délibérément entrée dans son espace, je dois continuer. Mon corps repose presque contre le sien. Je ne frémis pas. Ses doigts glissent le long de mon échine. Je ne recule pas. Ses paumes viennent se lover au creux de mes hanches. Je ne m'enfuis pas.

Témérité? J'appelle cela de la folie pure. Qu'importe le nom qu'on lui donne, le résultat sera le même... J'avance inexorablement vers une fin quelle qu'elle soit. Il me sourit encore, et je n'arrive pas à définir si c'est une blague macabre qui le ravit tant, ou s'il se moque de moi, ou s'il apprécie réellement mon audace. Je ne sais pas non plus si ça y changera quelque chose. Probablement pas.

Il approche ses instruments de mort de ma gorge découverte. Je ne bronche toujours pas. Je pourrai supporter cette douleur, je la connais maintenant. Elle n'est pas si terrible. C'est juste... la sensation de la vie qui s'écoule hors de mon corps qui est insupportable. Mais il semblerait qu'il m'accorde encore un répit. Tu prendras son temps jusqu'au bout, n'est-ce pas? Il me le confirme en m'attirant plus étroitement contre lui. C'est presque avec aisance que je contiens mes muscles et les empêche de se crisper... Seule ma mâchoire reste contractée à m'en faire souffrir.

Les battements de mon cœur également se chargent de me trahir ; ils sont trop rapides, et résonnent jusque dans mon crâne. La témérité n'exclut pas la peur, et la peur prouve que je n'ai pas encore totalement basculé dans la démence. Tant pis, je devrai faire avec. Il pose ma main gauche sur son épaule. Avance avance avance avance avance avance avance... Ma main droite vient rejoindre sa jumelle et l'enlace dans la nuque du vampire. Un pas après l'autre, un pas. Après l'autre.

Il s'interroge à haute voix, peut-être qu'il attend une réponse? Et puis quelle bonté? Tu voulais juste t'en laisser un peu pour plus tard... Simplement savoir que j'étais là, quelque part, à redouter ton retour, que tu m'offres maintenant parce que les meilleures choses ont une fin. Il continue, imperturbable, jusqu'à ce que ses paroles n'aient plus aucun sens. Qui est le plus fou de nous deux? Etrangement, je me sens l'âme assez légère pour ne pas réprimer un éclat de rire fugitif.


- Ma vie n'en vaut pas la peine... C'est un oxymore, quand on est mort, il n'y a plus de peine de toute façon. Mais c'est ça, noyons cette peine dans l'alcool et le sexe, tant qu'elle est encore là! Enfin, qu'est-ce que tu as encore à noyer, toi... Quant à l'immortalité? Tu te trompes, qu'est-ce que je pourrais bien en faire? Si ma vie n'a aucune valeur, quel intérêt de la prolonger indéfiniment... Mais tu sais déjà tout ça. Tu joues encore...

Je me tais un instant, et recule d'un pas, une main toujours sagement posée sur son épaule. Je le considère en silence, calmement. Ce n'est qu'un homme... Et il n'a même plus l'air aussi prodigieusement terrifiant qu'autrefois. Ce qu'il peut commettre m'effraie encore, mais plus lui. Je rumine cette nouvelle pendant quelques secondes, avant de reprendre la parole dans un élan spontané.

- Bien, allons-y. Il nous faut des litres d'alcool, et de la musique. Et pourquoi pas même de la drogue... Je n'en ai jamais pris. Il faut que ma dernière nuit soit inoubliable, hein? Ramène-moi à la fête et fais-moi boire et danser, avant que je ne te saoule de mon sang!

Déterminée, je saisis sa main et le tire dans les ténèbres, vers ce que je pense être le boyau que nous avons emprunté plus tôt. Je voudrais me fondre dans une foule, côtoyer des corps chauds et vivants, m'abrutir de musique à m'en faire péter les tympans, danser et boire jusqu'à m'écrouler. Je ressasse ce qu'il m'a soufflé à l'oreille... “Fais ce que tu veux tant que tu en as l'occasion.”

Je veux faire n'importe quoi.

Je veux repousser toutes les limites, pour la bonne raison qu'il y en a encore. Et s'il est vraiment joueur, il saura prendre ce que je nous offre. Une dernière bêtise, un dernier chaos, une dernière fête. Tout à plus de saveur lorsque l'on sait qu'on ne le revivra plus jamais. Et s'il doit être le bourreau qui me tendra la dernière cigarette du condamné avant de me guillotiner, alors j'espère qu'il a du bon tabac, et qu'il aura le bon ton de le couper avec n'importe quelle substance illicite.

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MessagePosté le: Jeu 8 Mar 2012 - 02:47    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

    Nightcall

    L`inconscience. Ce devait être le maître mot de cette soirée - encore n`avait-elle pas véritablement déjà débutée. Mais les retrouvailles étaient faites, les corps entrelacés. Ils dansaient l`un contre l`autre, dans un ballet morbide et étrangement lent. Des flux incessants de mots extravagants, des paroles insanes, des propositions profanatrices - de délicats mensonges. Oui, tout n`était que fabulation puisque les promesses articulées ne seraient en aucun cas tenues. Cela va sans dire. À la vue de cet amas de chair fraîche, il n`était à mon goût pas plus question d`immortalité que de sentiments. Car quand même les battements de son cœur se trouvaient sous mon contrôle, cette douce sensation de puissance provoquait inexorablement le joueur que j`étais.

    Inconsciente. Elle devait l`être pour oser répondre comme elle le faisait à tous mes semblants de provocations. Mes précédentes questions n`avaient pas pour but de faire naître une nouvelle réflexion, un quelconque autre débat. En réalité, je n`escomptais sous aucun prétexte la laisser me démontrer toute la valeur que pouvait avoir sa vie. Étant donné que seule, elle n`en avait aucune à mes yeux. Pour l`heure, je la laissais s`exprimer infructueusement sans pour autant prendre note de ses propos. Je me contentais d`attendre - d`adorer son désespoir, l`étincelle d`une rage profonde qui jamais ne s`enflammerait. Non, jamais. Car je me frayais un passage au plus profond de son esprit, lui soufflant ses rares espoirs de survie.

    Alors, à ton avis, qui est le plus fou d`entre nous?

    Elle se taisait, prenait des initiatives malgré le risque que je représentais pour elle. Non, elle préférait feindre la crédulité, se dire que je n`étais qu`un homme - infâme, certes, mais homme tout de même. Ma moquerie se faisait attendre, je lâchais prise et attendais sagement. Au plus profond de cette obscurité malsaine, même les animaux semblaient avoir déserté ces boyaux souterrains, assimilables à l`Enfer terrestre. Si quelques irréductibles rats y avaient élu domicile, trouvant à leur goût l`insalubrité des lieux, seuls quelques fous osaient à présent y descendre. Et moi j`attendais, dans ce climat de terreur, de la voir succomber à la peur pour qu`enfin elle s`abandonne pleinement à moi. Et enfin te prouver que je suis loin d`être un homme.

    J`envahissais ses pensées, je me délectais de ses désirs (im)prévisibles. Elle semblait certaine de déjà connaître la fin de l`histoire, de cette triste histoire dont elle était le personnage central. Refusant toutes autres possibilités - toutes autres versions, c`était avec déception que je constatais qu`elle venait de choisir le plus pathétique des dénouements possibles et semblait déterminée à s`y résoudre. De mon côté, je préférais garder le silence et respecter ses dernières volontés. Après tout, si tel était son choix, je voulais bien la voir consommer - se consumer lentement le temps d`une première exhibition qui lui serait vraisemblablement fatale. Personnellement, cela m`importait peu. Elle pouvait absorber à outrance, se rendre pitoyable si seulement cela pouvait la rendre un peu plus agréable.

    Je ne pouvais pas lui reprocher de vouloir rendre ses dernières heures aussi plaisantes que possible, bien qu`elle était la seule à avoir décrété que cette nuit serait sa dernière. Bien sûr, j`avais déjà tout imaginé; rien n`était plus beau qu`un corps nu, pâle et inerte - vidé de toutes substances, écorché, déchiqueté, démembré, dépecé, puis les entrailles semées avec précision à ses côtés. Alors, quand sa main avait -presque naturellement- saisi la mienne me tirant à sa suite sans mon consentement, j`étais resté dans ma bulle léthargique, impassible comme j`avais l`habitude de l`être. Seulement songeur. Je ne lui étais redevable de rien, mais après tout, n`était-ce pas une belle manière d`ouvrir le bal de nos âmes damnées? Une corruption en perspective, séduisante et alléchante. Une indicible jouissance car le pire reste à venir.

    Les bruits engendrés par notre marche rendaient aux lieux une effervescence soudaine et pesante. L`obscurité humide nous accueillait au plus sombre de cette nuit sans lune dont le silence se trouvait perturbé par nos mouvements incessants. Ce n`était pas de la lâcheté que d`avoir peur, face à une telle situation. Non, puisque n`importe qui aurait perdu son sang-froid en recevant une telle dose d`adrénaline en plein cœur. Par-là, je ne cherchais pas à me justifier de quoique ce soit, mais plutôt à mettre les agissements -ma foi imprudents- de l`humaine sur le compte de l`audace. Ou de la pure folie. Car peut-être demeurait-il encore une part de lucidité en elle, derrière l`épaisseur des Ténèbres, lui faisant croire par un quelconque espoir que son cauchemar laisserait tantôt place à une plaisante réalité.

    Espérer est insuffisant.

    Mes doigts enlaçant les siens, je me laissais guidé par l`instinct de survie de la pauvre mortelle. La lumière ne daignait toujours pas faire acte de présence et pour cela, je pouvais en conclure qu`elle ne savait absolument pas où se diriger. Elle était aveugle, quand ouvrir ou fermer les yeux revenaient au même. Mais si ce n`était par chance, j`avais sous-estimé son désir de subsister car déjà l`on entendait un bruit lointain, sourd - quelque chose qui ressemblait en fait à de la musique. Dès l`or, j`étais sorti de mon état de torpeur pour me rendre compte que déjà, on apercevait à quelques mètres de nous une lueur qui aurait pu être métaphoriquement assimilée à une nouvelle espérance. Alors notre marche s`accélérait sans raison.

    Sans raison? Elle avait sûrement mille et une putains de raisons de vouloir se retrouver au plus vite là où quelques lumières artificielles lui procureraient une douce sensation de sécurité. Là où la chaleur humaine, pour une fois, la rendrait ivre autant que l`alcool et les drogues qu`elle ingurgiterait. Déjà apparaissaient quelques couples nouvellement formés, s`embrassant, se caressant, s`abandonnant à l`ivresse de l`amour éphémère - un amour qui ne durera probablement que le temps d`une soirée. Mes yeux étaient seuls témoins de cette étrange comédie, de ce théâtre maudit où tout se jouait alors. Et plus nous avancions, plus s`agglutinaient ces centaines de cœurs battants - ces proies faciles qui dansaient hystériquement dans un endroit exigu, à la fois édénique, orgastique et cependant terrifique quand on savait ce qui s`y trouvait.

    Des humains transcendés, contrôlés par une force supérieure, connue ou non - incapables de résister à l`appel du vice. Et au contact de ces imprudents, une dizaine de jeunes immortels avides de plaisir sexuel et de sang. Aîné de l`assemblée, je sentais quelques regards se poser sur moi, glissant promptement vers la femme qui se trouvait encore à mes côtés. Je défiais les plus ambitieux de bien vouloir s`approcher pour confirmer ma position, mais voyant que tous tombaient comme des mouches avant même qu`il y ait eu affrontement, je pouvais être assuré que le sort de Pandore reposait toujours entre mes mains et qu`à moins d`être morte, personne ne la laisserait sortir d`ici. Alors j`attrapais la bouteille du premier ivrogne venu, goûtant son contenu avant de la glisser entre les mains de ma captive.

    Les mouvements de foule rendaient impossible les pratiques monogames. Pour garder une certaine proximité, mes bras avaient enlacé son corps, mes lèvres s`approchant de son oreille, pour lui adresser quelques mots: « J`espère que tu ne comptais pas survivre à cette soirée. Profite, mon amour - tant qu`il t`est possible de le faire ». Puis écartant brusquement les bras pour la libérer de mon étreinte, un sourire éclatant était apparu sur mon visage. Amusé, j`avais même été jusqu`à la pousser dans les bras d`un garçon plein de « bonnes intentions », me retrouvant, pour ma part, enfoui dans la gorge d`une femme voluptueuse, des plus désirables au sein de cette petite sauterie.

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Dernière édition par Alistair Haarp le Mar 3 Avr 2012 - 20:53; édité 2 fois
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MessagePosté le: Lun 26 Mar 2012 - 01:38    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

Il fait noir comme dans un four et le boyau s’étire à l’infini. Le temps lui aussi est élastique. J’ai l’impression que nous marchons pendant des heures, sa main glacée refusant de se réchauffer au contact de la mienne, envoyant même quelques frissons électriques le long de mon bras, qui vont se perdre dans mes épaules. Je ne suis pas assez couverte pour me balader dans ce genre d’endroit.

Lui, il se tait. Il me suit comme un automate, comme si rien n’avait d’importance, comme s’il daignait consentir à mon caprice, mais du bout des lèvres, comme à reculons. Je trouve ça un peu ingrat de sa part. Après tout ce qu’il m’a fait subir, et après ce qu’il s’apprête encore à me faire, il pourrait au moins montrer un peu plus d’enthousiasme pour ce qu’il m’a lui même proposé, même s’il ironisait. Il ne cherche absolument pas à m’aider à retrouver la fête, comme je le lui ai demandé. Ça doit probablement l’amuser de me voir errer à tâtons dans le noir, en m’accrochant à sa main comme s’il était mon sauveur. L’ironie de la situation ne m’échappe pas, à moi non plus.

En cet instant, je repense à Alice et à son Ambroise… Comment peut-on rêver d’être le calice d’un vampire? Ses désirs m’ont toujours échappés. Elle avait beau me répéter qu’Ambroise était différent, qu’ils ne sont pas tous des chasseurs cruels et sans pitié, que certains sont bons, ou ont su rester proches de leur humanité… Bla, bla… bla. Alors certes, mon sentiment ne se base que sur l’expérience d’un vampire, mais ça me suffit là, j’ai pas envie d’en voir plus. Enfin… Je n’aurai pas l’occasion d’en voir plus, de toute façon.

Alors que je songe à renoncer, une faible rumeur parvient finalement à mes oreilles. La fête! Elle est là, pas encore proche, mais plus inaccessible. Je presse le pas, et Alistair me talonne de son pas docile et dépourvu d’entrain. Mais remue-toi un peu, merde! Ah ça, quand il s’agit de me foutre les jetons, de me tripoter ou de me menacer, là tu y mets du cœur hein… Peu importe, nous arrivons.

La clameur enfle et enfle jusqu’à devenir assourdissante. Les corps se multiplient jusqu’à former un flot humain mouvant et frénétique. Une chaleur vivante et étouffante. Du bruit. Des rires. Des odeurs. J’y plonge avec délices, mais il me retient un moment. Une bouteille de vodka apparaît comme par miracle entre mes mains, tandis que ses bras se referment autour de ma taille. C’est bon, je vais pas m’échapper… Tant pis.

Je me laisse aller en arrière, contre son torse. Il me chuchote quelques inepties, auxquelles je n’oppose qu’un roulement d’yeux agacé. M’as-tu jamais laissé le moindre espoir? Qu’est-ce que tu crois que je suis en train de faire… Mais à peine ai-je eu le temps de me formuler ces mots amers, que je me retrouve brusquement projetée contre un jeune homme, qui me réceptionne entre ses bras dans un éclat de rire. Je m’écarte légèrement de lui pour jeter un coup d’œil en arrière et apercevoir mon cavalier disparaître dans le décolleté d’une plantureuse créature. J’imagine que c’est sa façon d’inaugurer les festivités… Parfait.

Je me retourne et fais face à mon nouveau prince charmant pour lui lancer un regard circonspect. Grand, brun, des yeux très sombres, un visage énigmatique et charmant… Oh, il fera tout à fait l’affaire, il va même au delà de mes espérances. Je me hisse sur la pointe des pieds pour l’embrasser à pleine bouche, pendant un long moment, avant de retrouver le sol.


- J’ai soif.
- On dirait bien, oui… Et tu as une bouteille dans la main.
- C’est de la vodka. Je n’en veux pas.
- Alors cap sur le bar !

Il se fraie un passage dans la marée humaine, et m’entraîne dans son sillage. Je perds Alistair de vue, mais je sais qu’il doit veiller, quelque part, à ce que je ne prenne pas la poudre d’escampette. Ne te donne pas cette peine, va.

Le bar est pris d’assaut par une nuée de consommateurs qui s’agitent contre le comptoir en tendant leurs billets dans l’espoir optimiste d’attirer l’attention d’un barman.
C’est une petite jungle dans laquelle il faut éviter les coups de coude et les talons aiguilles, mais mon chevalier servant semble bien entraîné. En quelques minutes, il réussit à s’arrimer d’une main au comptoir, et à m’attirer de l’autre pour que je le rejoigne.


- Qu’est-ce que tu prends ? Me hurle-t-il par dessus la musique infernale.
- Un whisky ! Double. Et le plus cher !
- Eh ben, tu sais ce que tu veux, toi…

Malgré sa remarque, il ne semble pas s’offusquer outre mesure de mon caprice… On vit encore dans un monde où les hommes sont persuadés que l’amour d’une femme s’achète et s’entretient. Pour ma dernière nuit, je n’ai pas l’intention d’essayer de changer ce monde. Quelques instants plus tard, nous replongeons dans le cœur du cyclone, nos boissons à la main.

Mais ce n’est qu’une nouvelle traversée, car nous nous dirigeons vers la seconde salle, plus calme, dans laquelle des fauteuils et des canapés éventrés mais confortables ont été installés devant de grosses caisses en bois retournées qui font office de tables. Là, nous rejoignons un groupe de jeunes gens bien sapés, qui me reluquent de haut en bas.


- Les gars, je vous présente… Hum, comment tu t’appelles en fait ?
Ricanements complices du côté des mecs, soupirs faussement agacés du côté des filles.
- Pandore.
- Pandore ! Voici Lisa, Jimmy, Bethany, Albane et Charlie. Et… moi c’est Ethan.
- Enchantée… J’ai déjà oublié leurs noms.

Nous nous affalons contre les autres, qui se pressent pour nous faire de la place. Je bois une gorgée de whisky. Décidément, même quand ça coûte un bras, ce truc est vraiment dégueu. Mais qu’à cela ne tienne, je répète mon action. Ethan passe un bras autour de mes épaules et m’attire contre lui. J’avale une troisième gorgée du breuvage.


- Alors, Pandore, qu’est-ce que tu fais ?
- Je vis l’instant.
- Haha ouais, carpe diem et tout ça, hein ? T’as raison, on est là pour s’éclater !

Pour appuyer son propos, il juge opportun de poser sa main sur mon sein d’un air entendu. Ben voyons. Je vide le reste de mon verre d’un trait, en grimaçant alors que le liquide me brûle l’œsophage. Finalement, pas question que je m’encroûte avec ce groupe de débiles. Si sexe il y a ce soir, ce sera plus tard, et moins prémédité que ça.

Je me relève et propose au mec d’aller danser, dans l’idée de me débarrasser de lui à la première occasion. Il semble moyennement emballé, mais accepte, prêt à tous les sacrifices pour obtenir un hypothétique accès à mon vagin. Nous nous engouffrons une nouvelle fois dans la foule dense. Je danse avec enthousiasme sur une musique indéterminée, dont la mélodie se perd de toute façon dans les basses sursaturées. Je sens mon cœur vibrer à l’unisson de ces centaines d’inconnus qui bougent au même rythme. Je me noie dans la masse.

Je perds mon prétendant. J’en trouve d’autres. Ils font tourner un joint. Je tire dessus. C’est dégueulasse. Il me faut du liquide. Je me fais offrir un coup, des coups, par n’importe qui. De la bière, du champagne, un autre whisky, coupé avec du soda. Je commence à être ivre, et quelqu’un me propose un ecsta. Je l’accepte, mais décide de le garder pour plus tard...

Il ne faut pas que j’aille trop vite... La nuit est encore longue, n’est-ce pas ?

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Alistair Haarp
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MessagePosté le: Mar 3 Avr 2012 - 20:53    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

    Sweet Dreams.

    Cette promesse soufflée au creux de son oreille, j`allais la tenir. Ou du moins, en partie. Cette soirée allait être inoubliable, pour sûr, mais pour ce qui était du reste, mes mots dépassaient de beaucoup ma pensée. Pour autant, j`en restais l`ombre silencieuse dans son obscurité pesante - le cauchemar de ses nuits. Si elle essayait de presser le pas pour me fuir, j`étais le boulet attaché à sa cheville - la plaie dont elle ne pouvait pas se défaire, dont elle souffrait avec frénésie. Et au final, j`avais bien eu raison de croire qu`elle préférait le précipice à ma douce présence, car c`était bien dans les profondeurs de l`Enfer que son instinct la dirigeait.

    Son esprit troublé lui faisait dire n`importe quoi, je m`en rendais bien compte, mais je voulais absolument découvrir l`origine de son trouble et reprendre le contrôle de son âme. Non, redonner à mon pire ennemi l`occasion de régner dans le cœur de cette humaine pour l`atteindre lui et avoir une chance de le détruire. Alors, c`était à moi de jouer les bonnes cartes, de mettre fin à cette amnésie loin d`être pathologique. Ses doigts serrant les miens, ses pas la menant droit à la mort, je me demandais ce qui la motivait à vouloir ruiner ses dernières heures en agissant de la sorte. Mais après tout, je ne pouvais pas aller contre son choix et je m`étais engagé à la faire vivre pleinement.

    Non, il n`était pas question de la tuer, mais seulement de la menacer de le faire.

    Oh, je sais très bien ce que vous pensez... je n`étais pas et j`étais d`ailleurs très loin d`être un homme de parole mais égoïstement, j`étais plutôt curieux de découvrir jusqu`où elle était capable d`aller en sachant qu`elle n`avait plus rien à perdre - ou du moins, c`était ce qu`elle pensait. Mais je me fous bien de ce que tu penses, et de tout ce que tu peux ressentir. Jeune fille, tu ne connais encore rien de moi, pas le quart des choses que je suis capable de te faire subir, puisque ma chère, tu es bien loin de devoir mourir. Entrevois donc le plaisir douloureux, l`orgasme indécent et malsain que je peux t`offrir si tu le veux vraiment…

    Allons Pandore, ne te presse pas, nous avons toute la nuit devant nous pour y réfléchir.


    -----

    Dans ces salles souterraines se déroulaient les fêtes les plus estimées de tout Seattle. En s`y invitant, chacun devait accepter les divers risques encourus; aucune intervention policière ni médicale. Vous pouvez vous faire tabasser que personne ne lèvera le petit doigt - vous pouvez faire un malaise cardiaque que l`on piétinera votre cadavre avant même que vous n`ayez succombé. Vols, agressions physiques incluant souvent des pratiques sexuelles de toutes sortes étaient démultipliés. Mais si tous étaient au courant et avaient probablement déjà vu de leurs yeux toute l`horreur de ces lieux sombres et ensevelis, ils étaient prêt à prendre le risque, à payer le prix cher pour seulement avoir l`impression de vivre.

    Vivre, c`était bien ce pourquoi elle m`avait attiré au milieu de cette foule. Elle voulait que je lui donne la possibilité de profiter d`une chose qu`à mon goût elle ne connaissait même pas. La vie. Elle me faisait bien rire avec son envie de vie. N`était-elle pas cette petite conne qui avait l`arrogance d`aimer le traître d`une espèce à part entière? Pauvre fille... Elle que je tenais fermement dans mes bras pour une seconde à peine, que j`adorais. Et mes lèvres tentées par la fragrance délicieuse de sa peau qui dissimulait quelques veines regorgeant du liquide tant convoité - mais je refusais d`aller à l`encontre du règlement, même si au milieu de cette foule, personne ne pourrait remarquer le filet de sang qui coulerait jusqu`au creux de ses seins.

    Elle était une humaine. Une fragile et manipulable humaine. Et en tant qu`immortel assoiffé de son sang, je savais que toutes les humaines que je côtoyais finissaient un jour ou l`autre par mourir. Pas que cela me gêne dans son cas, cela dit j`en avais déjà souffert plus qu`elle ne pouvait elle-même l`imaginer. Alors contrairement à elle, j`avais inexplicablement hâte que tout cela se termine. De la torturer, de lui faire cracher le morceau - de l`attirer lui, pourriture régnant à la surface, au cœur même de la résistance pour le provoquer à armes égales. Détruire ce parasite qui contaminait nos espèces de ses obscénités, de sa soif insatiable de pouvoir.

    Mais sa mémoire faisait défaut et déjà elle jouissait d`une nouvelle liberté. Moi aussi, dans un sens puisque je ne me gênais pas pour embrasser la peau des femmes que je trouvais les plus attirantes. La chaleur insupportable, les corps en transe, le sexe, l`alcool à volonté et la drogue sous toutes ses formes - c`était un aperçu du paradis de ceux qui prônaient en faveur des vices, des plus grands pêchés. L`Enfer dans sa définition la plus noble; un lieu de débauche et de déboires pour le plaisir du plus grand nombre.

    Et comme il s`agissait pour elle de profiter, je savais que ma présence n`était pas désirée. Il n`était pour moi pas question de me poster dans un coin à l`observer toute la soirée, de peur qu`elle ne m`échappe. Non, déjà je volais de lèvres en lèvres, de corps en corps en me laissant tenter par les plus belles créatures, mais je connaissais mes limites et si homme j`étais, je me refusais même à l`idée de tromper celle que je disais aimer avec des filles aussi faciles que celles-ci. Alors je me contentais de l`amusement, de la simple compagnie quand Pandore, elle, semblait faire la même chose. Je repérais mes confrères, des regards se croisaient et du sang coulait sans que personne ne s`en aperçoive.

    Repoussant sans délicatesse la femme qui se trouvait avec moi depuis quelques secondes, je fixais dorénavant celle pour qui je me trouvais ici. Je l`avais vu garder l`une de ces petites pilules pour bienheureux dans sa main.

    J`observais la scène ; les couples se brisaient, se reformaient - les âges se mélangeant, les milieux sociaux, les races. Tout ceci n`était encore une fois que synonyme de fric et de sang. Des profiteurs, des échangistes, des prostitués. Un véritable commerce qui accueillait des pires prédateurs. Il n`était pas rare de voir un type verser une fine poudre blanche dans un verre d`alcool pour l`offrir à sa future prétendante qu`il laisserait plus tard pour morte sur le sol crasseux de l`un des tunnels qui menaient à la surface ou ailleurs. Et cette fille, ce pourrait bien être elle, ma petite protégée, ma Pandore... Elle qui était assez stupide pour s`autodétruire ou laisser les autres faire le sale boulot à sa place.

    Attrapant le bras d`un garçon d`une apparente vingtaine d`années qui avait jusqu`alors le visage plongé dans la gorge d`une jeune mortelle, je me penchais vers son oreille pour lui ordonner quelques mots : « Tu vois cette fille, rends-toi utile et occupes-toi d`elle. Mais pas de bêtises, elle appartient à Théobald ». Le vampire me regardait droit dans les yeux, sans crainte - arrogant qu`il était, se demandant probablement la raison qui m`avait poussée à le choisir lui et non un autre. Il acquiesçait néanmoins quasi-directement pour traverser la foule à ma suite en direction de Pandore qui semblait s`amuser auprès de nombreux compagnons. Je la regardais, souriant, sachant que le monstre qui allait bientôt lui être présenté était sûrement des pires tueurs que l`on pouvait trouver dans l`assemblée, après moi, bien entendu.

    Je poussais sans ménagement celui qui essayait alors de se rapprocher d`elle pour coller mes propres lèvres aux siennes et m`emparer de sa main dans le but de confisquer le cadeau qu`on lui avait fait. Mon autre main se glissait contre ses fesses, remontant le long de son échine jusqu`à me saisir de ses cheveux assez brusquement. Entre mes doigts, une petite capsule bleue que j`approchais de sa bouche, lui adressant un sourire confiant. La glissant entre ses lèvres, je défaisais déjà légèrement mon étreinte, me montrant plus doux, plus délicat. La regardant dans les yeux, mes doigts caressaient sa joue alors que je lui allouais un simple baiser. Peut-être celui d`un adieu. Et je disparaissais dans la foule, laissant place au jeune meurtrier qui attendait à un mètre ou deux.

    Si je suis conscient qu`il la tuera une fois que j`aurais le dos tourné?

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Dernière édition par Alistair Haarp le Ven 18 Mai 2012 - 21:23; édité 1 fois
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Pandore Liddell
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MessagePosté le: Mar 15 Mai 2012 - 19:39    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

La vie. Ces ficelles invisibles, impalpables, inconcevables, qui animent nos membres de pantins et font tourner les petits moteurs de nos esprits. Certains pensent qu’il y a quelqu’un, en coulisses, qui tient ces foutus bouts de rafia et dirige la comédie de notre existence. Peut-être bien, après tout. Un instant immobile au milieu de cette foule frénétique, j’ai l’impression d’avoir disparu. Si je ne bouge pas, alors que tous ces gens s’agitent en tous sens, peut-être que je n’existe pas du tout. Peut-être même que je suis déjà morte, et que je n’en sais rien. Mais à présent, même la Mort n’a plus aucune signification.

Les vampires affirment s’en être affranchi, et pourtant ils pensent, ils parlent, ils se meuvent, et surtout, ils ont toujours des besoins vitaux. Que se passerait-il si l’on privait l’une de ces créatures de sang ? Est-ce qu’elle mourrait une seconde fois ? Est-ce qu’elle se dessècherait et se ratatinerait comme une plante que l’on a oublié d’arroser ? Quelle différence y a-t-il entre eux et nous, finalement ? Ils sont juste plus… résistants, en quelque sorte. Mais en ce qui me concerne, je ne vois pas de grande divergence entre notre forme de vie et la leur, même s’ils appellent cela la mort.

S’ils sont déjà morts, que deviennent-ils lorsqu’on les brûle ou qu’on les décapite ? Non, je commence à croire que l’on veut simplement nous manipuler, en nous effrayant avec de vieilles idées qui nous ont toujours terrifiées. On nous fait voir de la magie là où il n’y a rien de plus étrange que notre propre existence. Ils sont capables de choses que nous ne pouvons réaliser, voilà tout. Et leur régime alimentaire est différent du nôtre, la belle affaire.

Toutes ces pensées se forment et se défont dans un magma indifférencié, en une poignée de secondes, alors que je fixe Alistair qui avance vers moi à grands pas, bousculant sans ménagement un jeune homme qui se trouvait sur son passage. Il arbore un air décidé, ce qui signifie probablement qu’il a une idée en tête. Moi, je reste immobile, je l’attends. Il arrive sur moi et n’hésite pas une seule seconde lorsqu’il s’empare presque férocement de mes lèvres.

Qu’est-ce qui lui prend, encore ? Croit-il vraiment pouvoir me troubler avec ça ? Près de moi, j’entends le sifflement mi-amer, mi-admiratif du type avec qui je faisais semblant d’avoir une conversation quelques instants plus tôt. C’est sûr qu’il doit rêver de pouvoir faire ce genre de chose avec le même aplomb ; foncer droit sur une fille et l’embrasser à pleine bouche. Dans un sourire intérieur, j’imagine me reculer et coller à Alistair une baffe magistrale, avant de l’embrasser à nouveau avec encore plus de fougue, comme dans les films. Nul doute que l’autre type en ferait dans son froc, les gens aiment tellement ce genre de sorties dramatiques.

Heureusement, le vampire ne me laisse pas l’occasion d’exercer mes talents d’actrice, puisqu’il a clairement décidé de mener la danse : l’une de ses mains glisse sans pudeur le long de mon corps, tandis que l’autre se saisit de la mienne, en force l’ouverture et récupère la friandise que je me réservais. Quoi, il ne veut pas que je m’abime la santé, c’est ça ? C’est vrai, les drogues, c’est mal. J’étouffe un cri lorsqu’il me tire en arrière par les cheveux, je ne m’y attendais pas. Je suis sûre qu’un cercle s’est formé autour de nous, et contemple avec avidité cette saynète sado-masochiste. Ça les excite.

Alistair glisse entre mes lèvres le bonbon bleuté, avec cette fois une certaine douceur, avant de m’embrasser légèrement. Puis il disparaît. Fin de la scène. Un peu sonnée, je me redresse, comme au sortir d’un rêve. La Réalité reprend ses droits. Le Temps aussi. Je le cherche du regard, mais il s’est bel et bien volatilisé.

Je hausse les épaules.

Les gens se sont déjà désintéressés de tout ça, peut-être attirés par quelque chose de plus exaltant. Bon. Voilà, je suis droguée. Combien de temps cela va-t-il prendre ? Quelqu’un interrompt le cours de mes pensées en me tapant sur l’épaule. Je me retourne, c’est le blondinet de tout à l’heure, qui me parle d’un air détaché.


- C’était ton mec ?
- Non.
- Et ben… En tout cas, tu ferais bien de t’y accrocher, parce que ça c’est un vrai mec !

Pour toute réponse, j’éclate de rire. Tape-te-le s’il te plaît tant… Je lui lance un clin d’œil et décide de m’éclipser pour pouvoir réfléchir. Je finis par trouver un fauteuil éventré dans un coin et je m’affale dessus. Ok, donc dans quelques dizaines de minutes, je ne serai plus vraiment consciente de ce que je ferai. Euh, l’ecstasy, ça fait quoi déjà comme effets ? C’est un euphorisant, non ?

Bon, au moins je m’éclaterai durant mes dernières heures. Pas de panique, de toute façon je peux bien faire n’importe quoi, ça n’a plus aucune espèce d’importance. Je me détends. En relevant la tête, j’aperçois un grand type tout fin s’approcher de moi comme en glissant. Ses yeux d’un bleu délavé sont enfoncés dans deux orbites sombres et semblent luirent faiblement. Deux gemmes dans un écrin de basalte. Ses cheveux, bruns, retombent en mèches fluides contre ses tempes, et sa bouche fine est barrée d’un mince sourire qui ne véhicule aucune joie. Chemise noire coupée dans une matière fine et visiblement coûteuse, jean noir, mocassins de cuir rouge. Le ton est donné.

Il se courbe au dessus de moi, ce qui paradoxalement, accentue encore son impression de hauteur. Puis, délicatement, comme au ralenti, il déroule une main osseuse dans ma direction, qu’il finit par tendre, paume vers le ciel.


- M’accorderiez-vous cette danse ?

Statufiée, je prends le temps de le détailler consciencieusement. Il ne laisse planer aucun doute sur sa nature, on pourrait même dire qu’il l’arbore fièrement… Ou alors, c’est un excellent imitateur. Ce mec compte entièrement sur son charme antique pour faire de l’effet, et cherche probablement ses proies parmi les adorateurs de vampires.

Il m’a sûrement vue en compagnie d’Alistair et en a tout naturellement déduit que je me classais dans cette catégorie. Oui, maintenant que j’y pense, c’est même sûr : c’est le mec qui s’est fait bousculer tout à l’heure… Il a forcément assisté à la scène qui a suivi. Bien bien bien. Je fais quoi ? Au point où j’en suis, Alistair ou un autre, qu’est-ce que ça peut bien foutre… Je lui retourne son sourire, avec tout autant de chaleur, et saisis les doigts qu’il me présente. Glacés. Pas un imitateur, donc.


- Mais bien entendu.

Il me relève en souplesse et enlace ma taille, je me laisse entraîner au milieu des autres fêtards. Il impose un rythme lent, en décalage total avec les accents presque sauvages du morceau qui hurle à nos oreilles. Mais ça fait partie du personnage : il n’a pas besoin d’accompagnement pour dicter sa cadence intérieure, il l’impose avec un naturel désarmant, et le monde peut bien s’écrouler autour de lui qu’il ne se désaccorderait pas. Ce mec a tout compris. Il a certainement dû se nourrir de toute la littérature vampirique de ces dernières années, faire une étude de marché, et ajuster son personnage en conséquence.

Nous nous balançons doucement pendant plusieurs minutes, sans parler. Je sens qu’il cherche mon regard, probablement pour faire agir plus vite son charisme animal…

Quel poseur.

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Alistair Haarp
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MessagePosté le: Sam 19 Mai 2012 - 06:48    Sujet du message: Les Anges ont peur, ici-bas. Répondre en citant

    9 Crimes.

    Aux yeux de tous, j`apparaissais comme l`invétéré menteur - celui qui ne parlait qu`à demi-mots et dont on doutait quelques étaient les circonstances. J`excellais dans ce domaine plus que dans n`importe quel autre au point où toutes mes paroles conduisaient à confusion - même les plus claires. Mentir aux autres étaient un moyen de garder mes distances, de me rendre l`illusion d`une nature fantomatique. Cependant rien n`était aussi simple que de se mentir à soi-même et pour cela, j`étais sûrement l`un des meilleurs. Mais la vérité s`imposait toujours d`une manière ou d`une autre. Et moi, à cet instant-là - moi, qui vivait dans une réalité parallèle à toutes autres, je regardais désespérément mon mensonge s`évanouir au contact de ses lèvres.

    Même si ce trouble ne faisait pas consensus au regard de mes songes. Et même si j`avais jusqu`alors refusé de le concevoir en tant que tel... je connaissais les conséquences de mes choix à son sujet et la cause paraissait évidente. Je ne m`étais pas attaché à elle de la manière dont je m`étais épris de Lily; elle n`était vraisemblablement rien en comparaison de cette dernière. Cela dit, dans cette histoire, la haine avait bon dos. La motivation était bien réelle mais les prétextes étaient pour la plupart faux. Du moins, je nous prescrivais une vérité qui se voulait arrangeante. Pour moi. Pour elle aussi. Mais la réalité s`imposait d`elle-même: c`était différent de tout ce que je voulais bien croire.

    Que tu le comprennes ou non, c`est différent, un point c`est tout. Mais ne crois pas que je ne puisse pas donner de définition à cela. - Je sais. Je sais tout ce que tu ressens et dans le fond, tu dois sûrement te faire des idées sur quelle sorte de sentiments j`éprouve de mon côté, n`est-ce pas? Haine, dégoût,... tout cela tu le sais déjà - mais aussi un étrange désir de te garder captive auprès de moi. Tu sais, j`ai beau te regarder et me laisser appâter par ta désinvolture naturelle - on sait tous les deux que si tu dois mourir, je porterais le nom et le visage de ton assassin.

    Je trouvais amusant cette situation et ne voulais en aucun cas la voir prendre fin. Était-ce ce qui m`empêchait de la tuer? Très certainement. Son amnésie m`était étrangère - quoique je me doutais de ses origines. Personne n`avait la faculté de faire oublier à quelqu`un une chose aussi importante que l`amour - personne d`humain ou d`anciennement du moins. Je ne connaissais aucun vampire - ni même le plus puissant de tous - capable d`un tel exploit et pourtant, Pandore avait bien oublié celui qui n`était autre que le traître d`une espèce entière - ainsi que son amant. Mais pourquoi pas moi? Le rôle de celui qui hantait ses nuits les plus cauchemardesques devait bien me revenir après tout.

    Théobald de Navarre ne pouvait pas rivaliser avec moi sur ce point. Quoiqu`il était plus fin manipulateur, pas après tout ce que je lui avais fait subir. Bien sûr il devait avoir des arrière-pensées plus sombres encore que ce que je pouvais moi-même imaginer, mais était-il un jour passé à l`acte? Avait-il fait le tiers de ce que moi j`avais fait pour elle? J`avais pour souhait de la faire souffrir, de lui montrer la vraie valeur de la vie avant que de détruire la moindre de ces petites illusions. Punir sa naïveté en toute impunité. Car même si c`était grâce à sa relation avec le comte que je m`étais intéressé à elle, ce jeu malsain auquel nous jouions n`avait plus rien à voir avec lui.

    Plus rien? Non, pas vraiment puisque viendrait le jour où elle ne serait à mes yeux plus qu`un pion et si ce jour devait arriver, je savais pertinemment qu`elle retrouverait la mémoire d`une manière ou d`une autre et qu`elle me ferait assez confiance pour m`avouer tout ce que je voudrais savoir au sujet de ce type. - Je sais que tu me préfères à lui. Je sais que tu m`adores. Oui, tout cela je le sais et si tu prétends le contraire - et si même ce n`est pas encore le cas, crois-mois Pandore, bientôt tu verras que nos chemins ne se sont pas croisés pour rien. - Mes lèvres contre les siennes dans un ultime baiser, je savais qu`elle appréciait le geste à sa juste valeur.

    La drogue n`était qu`un moyen de rendre les choses moins tristes - cela faisait partie du jeu et bientôt, elle me remercierait pour l`aide apportée. Elle m`avait demandé - supplié de rendre sa mort inoubliable et malgré moi, c`était bien ce que j`escomptais faire. Cela allait bien au-delà de la morale, de ce qui était acceptable ou non. Les limites n`existaient plus et cela bien au péril de nos vies et des leurs. On s`amusait de tout cela, de cette mort qui rôdait, menaçante. Pour le divertissement offert, j`avais senti des regards me suivre un instant avant que je ne disparaisse et que les événements reprennent leur cours. Je me détournais de ce spectacle pour, moi aussi, profiter de la soirée à ma manière.

    Un sourire carnassier était collé à mon visage alors que j`attrapais la main d`une blonde refaite de partout pour l`entraîner dans un coin de la salle. Je n`avais pour ma part pas besoin de droguer pour enivrer. Mon regard plongé dans celui de la proie, je la poussais contre un mur alors que mes crocs longs et acérés effleuraient délicatement sa peau pâle. Mais la fille était faussement pudique et me repoussait pour m`inviter à errer ailleurs - à rendre mon crime plus intime quand l`appel infâme de la soif et du sexe m`aurait fait aller à l`encontre même de mon principe d`anonymat. Je la suivais en oubliant presque l`humaine qui m`appartenait, abandonnée là en présence d`un confrère assoiffé.

    Je marchais dorénavant le long d`un couloir peu éclairé, tirant le bras à la fois retissent et consentent de celle qui allait subir les assauts d`une frustration gigantesque. Je ne me montrais pas délicat, au contraire. Je la tirais comme on tirerait sur un objet et à mes yeux, c`était bien ce qu`elle était. Je me fichais de son existence et n`allais sûrement ressentir aucun plaisir à la tuer. Elle était pétrifiée face à mon regard, et cela avant même que je ne décide de la vider de son sang. Je sentais la peur grandir en elle et le soudain regret de ne pas être resté au milieu de la foule salvatrice. Je m`en moquais.

    J`aimais - oui j`adorais ce regard empli de crainte. La voir à la fois me résister et se donner corps et âme. Parce que j`étais la pire chose qui pouvait lui arriver ainsi que la meilleure. Et ma bouche à présent contre sa gorge. Et mes doigts qui glissaient contre son corps désirable. Je pénétrais ses chairs comme personne ne l`avait encore fait, je me délectais de sa douleur et du plaisir démesuré qui l`envahissait pour la première fois. Cela sans me douter qu`à quelques mètres, la même scène était sur le point de se dérouler avec mon humaine.

    Mes doigts étouffaient les cris de la blonde, l`empêchaient simplement de respirer. Je gardais un sourire prédateur, l`observant dans sa course vers le néant. Elle ne m`était de plus aucune utilité et à mes yeux, recevait de ma part bien plus que ce qu`elle méritait. Elle n`avait été qu`une gorge de plus, qu`un corps que je n`avais aucunement désiré. Un corps qui dorénavant reposait sur le sol, dans un coin d`obscurité. Aucun remord ne pouvait être perçu dans le pétillement de mes pupilles alors que je revenais sur mes précédents pas avant de m`arrêter, poings serrés - spectateur d`une scène qui avait le don de me déplaire.

    − Je t`avais pourtant dit de ne pas la toucher.

    Bientôt ton cœur s`arrêtera de battre, ton âme m`appartiendra et ta vie ne sera plus que l`ombre de ce qu`elle était. Ils t`oublieront vite ceux qui disaient t`aimer, et si tu penses qu`ils te manqueront, détrompe-toi. Nous sommes ainsi faits, solitaires noctambules. Alors pourquoi as-tu si peur d`oser aimer le mal quand il peut te donner tout ce que tu n`as jamais désiré? Je te promets Pandore, bientôt tu verras que nos chemins ne se sont pas croisés pour rien...

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